Pollution / En Afrique le plastique est un vrai casse-tête

 

 

 

 

En Afrique, la pollution plastique est un problème majeur à multiples facettes. Les initiatives se multiplient pour réduire l’utilisation du plastique, mais il reste beaucoup à faire.

 

Par Amira Samir

 

Cette année, la Journée mondiale de l’environnement a été célébrée sous le thème « Solutions à la pollution plastique ». Plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde. Moins de 10 % sont recyclés, et 9 à 12 millions de tonnes finissent dans les océans. En Afrique, qui ne produit que 5 % du plastique mondial, les sources d’eau sont encombrées de déchets plastiques, en particulier les plastiques à usage unique et les microplastiques. « Les conséquences de la pollution plastique en Afrique sont graves et à multiples facettes. Elle engendre des impacts négatifs à la fois sur le climat, la santé humaine et la biodiversité. Renfermant des produits chimiques toxiques, les plastiques peuvent aussi s’infiltrer dans l’écosystème marin et finir dans la chaîne alimentaire humaine », explique Omar Al- Husseini Al-Nadi, professeur en ingénierie environnementale à l’Université de Coventry. Alors qu’à travers le continent, il n’y a pratiquement aucune infrastructure distincte de traitement du plastique, plusieurs pays africains tentent de développer des initiatives individuelles et gouvernementales pour lutter contre la pollution plastique. A cet égard, le Rwanda et le Kenya ont fait preuve d’un ferme engagement pour lutter contre la pollution plastique en réduisant leurs déchets en cette matière. Ils ont également interdit les sacs plastiques à usage unique. Le gouvernement rwandais s’efforce de soutenir les usines locales privées pour qu’elles s’orientent vers la production de bambou et de matériaux à base de papier. Le Kenya, où le plastique représente environ 12 % des déchets solides, a été parmi les premiers pays africains à signer, en 2018, l’initiative « Clean Seas », axée sur la gestion des déchets à l’échelle mondiale, notamment dans les zones fluviales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. En Tanzanie, l’utilisation de sacs en plastique peut déboucher sur une amende de 426 000 dollars ou une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 2 ans.

Au Sénégal, les déchets plastiques qui se trouvent sur les côtes et dans les égouts intensifient les inondations en saisons des pluies. S’attaquer aux défis du plastique par l’innovation est un autre outil en Afrique pour trouver des solutions à la pollution plastique. Avec ses costumes de gobelets de café, sachets à usage unique, bouteilles de boisson et toutes autres formes de plastique, Modou Fall, militant écologiste sénégalais, nommé « l’homme plastique », sillonne les rues de Dakar depuis de nombreuses années pour sensibiliser les jeunes aux effets néfastes du plastique. Il réclame également l’élaboration d’un traité mondial contre la pollution plastique.

En Afrique du Sud, l’artiste Mbongeni Buthelezi transforme les déchets plastiques en véritables oeuvres d’art. Buthelezi récolte ces déchets, les découpe en petits morceaux et les fait fondre directement sur la toile. « En tant qu’artiste, je dois être le miroir de la société, je suis sensé refléter ce qui se passe, ce qui se trouve là, sur le terrain, et ce qui s’y trouve, et bien c’est du plastique », a-t-il déclaré aux médias.

Le secteur privé en Afrique a aussi un rôle à jouer dans la lutte contre la pollution plastique. C’est ce que vient de souligner un rapport récemment publié par Le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), « le secteur privé africain voit de plus en plus d’opportunités commerciales sur le marché du recyclage, qui était autrefois dominé par les gouvernements locaux », note le rapport, avant de citer les noms des principaux acteurs du secteur privé dans le domaine du recyclage en Afrique : RecyclePoints au Nigeria, PETCO en Afrique du Sud, EcoPost au Kenya et BanQu qui opère dans différentes parties du continent. Ces initiatives innovantes constituent certes un pas dans la bonne direction vers un monde sans plastique. Mais est-ce qu’elles sont suffisantes ? Beaucoup d’analystes estiment que pour lutter contre les impacts, notamment sanitaires et économiques de la pollution plastique en Afrique, il faut repenser l’avenir des plastiques et améliorer les politiques sur la production, l’utilisation et la gestion des déchets. « Nous ne pouvons pas espérer sortir de cette crise par le recyclage. Tout le monde doit se concentrer sur la refonte des produits. Il faut revoir complètement notre façon d’utiliser, de produire, de recycler et d’éliminer les plastiques et les substances chimiques nocives qui lui sont associées dans les produits et les emballages. Il faut repenser les produits pour utiliser moins de plastique — en particulier les plastiques inutiles et problématiques », résume Andersen Inger, directrice exécutive du PNUE.

 

A.S

 

 

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