Transition énergétique/L’éolien et le solaire ont le vent en poupe

En 2025, les énergies renouvelables ont franchi un cap historique en dépassant, pour la première fois en un siècle, le charbon dans la production électrique mondiale. Portée par l’essor fulgurant du solaire, cette transition s’impose désormais comme un moteur central de la transition énergétique, en particulier dans les grandes économies.

Par Yakout Abina

En avril dernier, l’électricité mondiale a connu un tournant historique. Selon une analyse publiée le 21 mai par le centre de réflexion britannique Ember, l’éolien et le solaire ont, pour la première fois, généré ensemble davantage d’énergie que le gaz. Ces deux sources renouvelables ont représenté 22 % de la production électrique mondiale, contre 20 % pour le gaz.

Ces deux énergies ont atteint un niveau record de 531 TWh d’électricité, dépassant de 54 TWh la production des centrales à gaz (477 TWh). Cinq ans plus tôt, en avril 2021, la production gazière était comparable à celle d’aujourd’hui, mais les deux renouvelables ne généraient alors que 245 TWh, soit moins de la moitié du volume actuel.

D’après les données publiées par l’organisme de recherche Ember, la production mondiale issue des énergies renouvelables éolienne et solaire a progressé de 13 % sur un an. Cette hausse est principalement portée par la Chine (+14 %), l’Union européenne (+13 %), le Royaume-Uni (+35 %), les États-Unis (+8 %) et le Chili (+24 %). Ces chiffres confirment l’accélération de la transition énergétique dans plusieurs grandes économies.

Le dépassement observé en avril reste à nuancer : il s’agit d’un phénomène ponctuel, lié aux conditions saisonnières. Ce mois est particulièrement favorable aux renouvelables. Dans l’hémisphère nord, où se concentre l’essentiel des panneaux solaires, l’ensoleillement est fort et s’ajoute à une bonne production éolienne. Parallèlement, la demande d’électricité atteint son plus bas niveau annuel, dû à la réduction des besoins en chauffage comme en climatisation. Résultat : le recours au gaz diminue mécaniquement.

Selon Ember, le record observé n’est pas attribué uniquement aux turbulences de la crise énergétique actuelle. Il s’inscrit dans une trajectoire de croissance soutenue des énergies renouvelables depuis plusieurs années. « La crise énergétique a renforcé l’avantage économique des renouvelables face au gaz importé, tout en créant une pression politique pour accélérer leur déploiement », analyse Kostantsa Rangelova, spécialiste chez Ember.

Ce constat souligne que la progression de l’éolien et du solaire dépasse le simple effet saisonnier ou conjoncturel : elle traduit une tendance de fond, portée par des choix économiques et politiques qui favorisent la transition énergétique.

Les données annuelles confirment ce tournant historique. En 2025, les énergies renouvelables ont représenté 33,8 % de la production électrique mondiale, dépassant pour la première fois depuis un siècle la part du charbon (33 %). Le solaire s’impose comme le principal moteur de cette évolution. Sa production a bondi de 30 % en un an et a été multipliée par dix au cours de la dernière décennie.

L’Afrique reste en retrait dans cette transition. À la fin de l’année 2025, le continent ne représentait que 1,6 % des capacités renouvelables installées à l’échelle internationale, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). L’Afrique du Sud concentre à elle seule plus de 20 % de ces capacités, soulignant la forte disparité régionale dans le développement des énergies vertes.

Pourtant, le potentiel de développement des énergies renouvelables sur le continent demeure considérable. Selon le rapport « Renewables 2025 » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Afrique subsaharienne devrait doubler son parc renouvelable d’ici 2030, en ajoutant plus de 70 gigawatts (GW).

Mais le continent africain reste confronté à des obstacles majeurs dans le développement de ses projets solaires. Selon le Global Solar Council, les taux d’intérêt élevés, les risques de change et l’absence de garanties financières freinent encore la concrétisation de nombreuses initiatives. Un défi de taille pour une région qui dispose pourtant de l’un des plus importants potentiels solaires au monde.

La transition énergétique n’est plus une hypothèse : elle est en marche. Le record d’avril et les données de 2025 ne sont que les prémices d’un bouleversement global. L’avenir dépendra de la capacité des États, des entreprises et des citoyens à accélérer cette mutation tout en surmontant les obstacles financiers, technologiques et sociaux.

Si les obstacles financiers et réglementaires sont levés, l’Afrique pourrait devenir un acteur majeur de la transition énergétique mondiale. Le solaire, combiné à l’éolien et à l’hydrogène vert, pourrait non seulement répondre aux besoins internes, mais aussi transformer le continent en exportateur d’énergie propre vers l’Europe et l’Asie.

 

Y.A

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