Le monstrueux vieillard (Un récit du Sud algérien)

Il ne faut pas écouter n’importe qui. Pourquoi ? Vous le saurez en lisant l’histoire ci-dessous.

 On racontait autrefois qu’un jeune voyageur entra dans un marché où un vieillard l’aborda pour lui dire, après les salutations d’usage :

– Je possède chez moi un sac bourré d’or et j’aimerais te le donner en échange d’un travail que tu effectueras pour moi !

Le jeune homme, qui était pourtant de nature très méfiante d’habitude, accepta sans l’ombre d’une hésitation. Pour un sac d’or, il déplacerait les montagnes s’il le fallait!

Les deux hommes quittèrent le marché et em­pruntèrent un chemin que nul pied humain ne semblait avoir foulé tant il était parsemé de charognes et de broussailles épineuses. Ils arrivè­rent au pied d’une montagne.

– C’est au sommet de cette montagne que j’habite, dit le vieillard.

– Au sommet de cette montagne ?  Mais comment faire pour l’escalader? Elle est si haute et si abrupte!

Le vieillard sourit, prononça quelques mots incompréhensibles et aussitôt un énorme oiseau descendit de la montagne pour se poser à côté d’eux.

– Pour arriver au sommet de la montagne, dit le vieillard, il nous suffit de grimper sur le dos de cet oiseau.

Le jeune homme, en voyant l’énorme oiseau et la manière avec laquelle le vieil homme l’avait appelé eut très peur. Il voulut s’enfuir mais se ravisa lorsqu’il se fut rappelé le salaire qui lui avait été promis : un sac bourré d’or !

En arrivant au sommet de la montagne, le jeune voyageur s’extasia devant ce qu’il avait vu. Il y avait, à quelques pas de l’endroit où le grand oiseau les avait déposés, une maison conçue entièrement avec de l’or et, autour d’elle, se dressaient à perte de vue des arbres aux branches desquelles pendaient toutes sortes de savoureux fruits connus et inconnus. Il sentit une immense joie pénétrer son cœur et pensa qu’avec un peu de chance, il parviendrait à gagner deux sacs d’or au lieu d’un ! Qu’est-ce que deux sacs d’or pour qui possède un tel paradis ?

Soudain, une main se posa sur son épaule. II se retourna et vit que c’était le vieillard.

– Vite, vite, dit-il alors le jeune homme, j’ai hâte de travailler et de mériter le salaire que tu m’as promis!

Pour toute réponse, le vieillard balbutia quelques mots incompréhensibles et se transforma en un être monstrueusement hideux. C’était un ogre! Le malheureux voyageur avait marchandé avec un ogre ! Il tenta de s’enfuir mais en vain. Où qu’il allât, il se retrouvait devant un profond ravin ! N’était-il pas au sommet d’une montagne ? Il regarda autour de lui et son sang se coagula dans ses veines. La maison en or était devenue une caverne et les arbres fruitiers, des arbres rabougris et dénudés sur lesquels pendaient des crânes humains! Le malheureux voulut sauter dans le vide mais le vieillard l’attrapa, le dévora et son crâne alla s’ajouter à ceux qui se trouvaient déjà suspendus aux arbres.

Les sages qui racontent cette histoire disent que le jeune voyageur n’aurait jamais connu une aussi triste fin s’il n’avait été aveuglé par la cupidité.

Nasser Mouzaoui

 

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