Quand on va vite

On raconte autrefois qu’un paysan s’était promis de finir le labourage de son champ bien avant tous les autres.

C’est ainsi que dès le premier jour des labours, il se leva bien avant l’aube et prit la direction de la terre qui le nourrissait et qui avait nourri auparavant ses parents et ses ancêtres les plus lointains.

Quand les autres paysans furent arrivés à leurs champs, ils furent tout étonnés de voir leur voisin déjà tout ruisselant de sueur. L’un d’entre-deux le héla et lui demanda, en riant, s’il avait passé la nuit dans son champ. Ce à quoi celui-ci répondit : ” Tu peux toujours rire ! Mais quand j’aurai fini, j’aurai tout le temps de  me reposer et vous regarder tous, trimer encore sous le soleil ! ”

Au crépuscule, les paysans rentrèrent chez eux, à l’exception de celui qui voulait finir avant tout le monde. Il s’était dit que pour tenir sa promesse, il se devait d’attendre que la nuit soit totalement tombée pour rentrer.

Au bout d’un certain temps, alors que les ténèbres commençaient à envahir les plaines, les fleuves et les montagnes, il se mit à réfléchir : ” Si la nuit tombe complètement et que je me trouve loin du village, je cours un grave danger; je risque d’être surpris et attaqué par quelque fauve nocturne ! “.

A peine cette appréhension avait-elle effleuré son esprit qu’il se mit à courir éperdument dans la direction de son village. Il n’avait parcouru que la moitié du chemin lorsque la nuit avait fini d’envelopper tout le pays de ses ailes noires et lugubres. Et comme il courait très vite et qu’il ne voyait pas où il posait les pieds, il buta contre une pierre et tomba. Il tenta de se relever mais en vain, il s’était foulé la cheville. Il essaya de se relever une seconde fois mais il eut si mal qu’il poussa un cri tellement horrible que les arbres des alentours en frémirent.

Le lendemain matin, ses voisins, en retournant à leurs champs respectifs, le trouvèrent dans la forêt, rampant tel un vulgaire reptile. Ils l’emmenèrent chez lui et appelèrent le guérisseur du village pour soigner son mal dont la guérison nécessita de nombreux jours.

Pauvre paysan ! Il avait couru pour que la nuit ne le trouve pas dans la forêt et finalement ce fut l’aube du jour suivant qui l’y trouva ! Il voulait finir de labourer son champ avant tout le monde et finalement il fut contraint de le délaisser plusieurs jours durant !

Quand il se fut complètement rétabli, il jura de ne plus se presser car il avait compris que dans la vie, à force de vouloir aller très vite, on finit, parfois, par ne plus aller du   tout !

Kamel Aziouali                                            

 

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