L’histoire sombre de l’Humanité / Vie des Esclaves Africains dans les Colonies Anglaises d’Amérique (2e partie)

 

 

 

 D’autres cabanes étaient construites en rondins et n’avaient ni fenêtre ni porte – seulement un tissu ou une fourrure au-dessus de l’entrée – avec un foyer et une cheminée. Il n’y avait pas de meubles, peu de lumière, et les espaces entre les rondins laissaient passer la pluie ou la neige.

 

Par Babeth Étiève-Cartwright

 

En Nouvelle-Angleterre, les Puritains prenaient mieux soin de leurs esclaves que les propriétaires de plantations du sud, car ils adhéraient davantage à l’exemple biblique des esclaves de l’Ancien Testament qui mangeaient et dormaient avec la famille. Dans les Colonies du centre, les esclaves étaient nourris principalement de maïs et de patates douces qui étaient distribués le dimanche alors que, dans le sud, le riz était la nourriture de base.

Les esclaves étaient parfois autorisés à planter et à entretenir des jardins privés qu’ils devaient travailler sur leur propre temps libre, qui était uniquement le dimanche ; le reste de la semaine était considéré comme le temps du maître. Les esclaves n’étaient bien sûr pas autorisés à posséder d’armes à feu ou toute autre forme d’armement et ne pouvaient donc pas chasser pour se nourrir. Ils recevaient rarement de la viande, et toujours à la discrétion du maître.

Les “nègres de maison” qui s’occupaient des enfants, cuisinaient, nettoyaient et servaient de majordomes étaient toujours bien habillés, tout comme les esclaves qui accompagnaient régulièrement leurs maîtres en ville. Dans les colonies du Sud, les esclaves des plantations étaient presque nus pendant la majeure partie de l’année, les hommes comme les femmes ne portant guère plus qu’un pagne.

Mariage et famille

Les esclaves étant considérés comme des biens sans droits, le mariage – comme le logement, la nourriture et les vêtements – était défini par un maître qui pouvait autoriser une union, la dissoudre ou vendre un partenaire et le séparer de l’autre. Reiss commente :

Les mariages d’esclaves avaient tendance à être instables et étaient souvent de courte durée. En tant que groupe, les seuls esclavagistes qui prenaient les mariages d’esclaves au sérieux étaient les puritains. L’adultère était un péché grave et le mariage une institution sanctifiée, même chez les esclaves. Une cérémonie de mariage était célébrée et les participants étaient censés rester ensemble pour la vie. Si des esclaves étaient vendus, le propriétaire essayait de les vendre en tant qu’unité familiale. Parmi les autres groupes, seul un maître profondément religieux essayait de promouvoir la moralité et d’éviter le libertinage parmi ses possessions. (53)

Les esclaves étaient encouragés à épouser ceux de leur propre ferme ou plantation car, sinon, ils perdaient leur temps le dimanche à aller rendre visite à leur conjoint. En outre, les enfants nés de cette union appartenaient au maître de la mère, de sorte que l’esclave qui avait des enfants avec une femme esclave qui appartenait à un autre enrichissait ce dernier et appauvrissait le maitre de l’homme.

Les enfants esclaves étaient pris en charge par des frères et sœurs plus âgés, des enfants plus âgés ou des femmes plus âgées car la mère et le père travaillaient six jours par semaine et, dans le sud, de l’aube au crépuscule. Les maîtres considéraient les mariages d’esclaves comme ayant pour seul but de produire davantage d’esclaves et les couples qui n’avaient pas rapidement d’enfants pouvaient voir leur mariage dissous et étaient alors mariés à d’autres personnes.

Au sein de la communauté des esclaves, les liens familiaux étaient étroits et les gens s’occupaient les uns des autres, d’autant plus que deux familles ou plus partageaient souvent une seule cabane. La communauté dans son ensemble s’occupait souvent des enfants jusqu’à ce qu’ils aient cinq ou six ans et qu’ils ne soient mis au travail par le maître en tant que messagers, porteurs d’eau ou assistants d’écurie.

Travail et loisirs

Comme nous l’avons vu, un esclave travaillait six jours par semaine, 365 jours par an, les congés n’étant accordés qu’à la discrétion du maître. Un esclave pouvait travailler, et le faisait, à n’importe quel poste ne nécessitant ni alphabétisation ni la possession une arme à feu. Un esclave sachant lire et écrire était considéré comme une menace et l’apprentissage de la lecture était interdit dans la plupart des colonies, mais pas dans toutes. En Nouvelle-Angleterre et dans les colonies du centre, les esclaves travaillaient dans les ports, dans les petites exploitations agricoles ou pouvaient être des artisans et des commerçants qualifiés. Dans toutes les colonies, les esclaves travaillaient, entre autres, comme cuisiniers, palefreniers, servantes, majordomes, tonneliers (fabricants de tonneaux), forgerons et fabricants de bougies. Dans le sud, les esclaves étaient principalement utilisés pour le travail agricole dans les champs de tabac et de riz.

Outre les dimanches, les seuls congés accordés aux esclaves étaient la pause estivale – la fin de la période de culture sur les plantations – et Noël. À Noël, les esclaves avaient entre trois et six jours de congé et c’était le seul moment de l’année où, en général, ils pouvaient espérer recevoir de la viande et étaient autorisés à jouer d’un instrument de musique.

Le dimanche, les esclaves assistaient à leur propre service religieux ou à celui des Blancs, ils racontaient des histoires, chantaient et dansaient, et travaillaient leur propre jardin s’ils étaient autorisés à en avoir un. Ils pouvaient également être autorisés à fabriquer leurs propres meubles ou à améliorer leur logement et jouaient également à des jeux. Les dimanches et, surtout, Noël étaient également des moments de loisir au cours desquels les esclaves complotaient pour s’échapper ou planifier une insurrection et les maîtres, surtout dans le sud, maintenaient une sécurité plus stricte à ces moments-là.

Dissidence et rébellion

Les esclaves se “rebellaient” de nombreuses façons tout au long de l’année, que ce soit en simulant une maladie, en cassant des outils ou en prétendant qu’ils n’avaient pas compris les instructions d’un maître ou d’un surveillant. Parfois, cependant, des rébellions d’esclaves éclataient et, comme il s’agissait de l’une des plus grandes craintes des colons, toute révolte de ce type était rapidement réprimée et suivie de punitions sévères, même pour les esclaves qui n’y avaient pas participé.

Le premier soulèvement des colonies anglaises, fomenté et dirigé par des esclaves africains, fut la révolte des esclaves de New York en 1712. La ville de New York avait été sous contrôle hollandais en tant que Nouvelle Amsterdam jusqu’en 1664, date à laquelle les possessions hollandaises furent saisies par les Anglais. Les Hollandais avaient accordé aux esclaves de nombreuses libertés qui leur furent refusées par les Anglais qui décidèrent d’instituer des lois sur l’esclavage plus sévères et des restrictions plus importantes. Dans la nuit du 6 avril 1712, 23 esclaves mirent le feu à un bâtiment de Broadway et, lorsque les Blancs vinrent pour éteindre l’incendie, ils les tuèrent avec des armes qu’ils avaient volées. Ils furent attrapés, arrêtés et exécutés mais plus de 70 autres furent également emprisonnés et punis.

La plus grande révolte d’esclaves dans les colonies fut la rébellion de Stono en 1739 en Caroline du Sud. Un esclave nommé Jemmy conduisit 20 esclaves de la rivière Stono vers la colonie espagnole de St. Augustine, en Floride, où ils trouveraient la liberté. Ils dévalisèrent un entrepôt pour se procurer des armes et se mirent en marche, d’autres les rejoignirent jusqu’à ce qu’ils soient plus de 100, puis ils attaquèrent et tuèrent leurs maîtres blancs et détruisirent des propriétés. Leurs attaques ralentirent leur marche et la milice blanche put les bloquer et les disperser. 25 colons blancs furent tués et 30 noirs ; mais beaucoup d’autres esclaves furent pendus ou brûlés au cours de l’année suivante.

Conclusion

Les esclaves furent autorisés à prendre la place de leur maître dans la milice coloniale puis dans l’armée continentale pendant la guerre d’indépendance américaine (1775-1783) en échange de leur liberté, mais cela ne mit pas fin à l’institution de l’esclavage. Les Noirs libres apparaissent dans les recensements dès les années 1640 et le fait que des esclaves gagnèrent leur liberté pendant la guerre n’étaient donc pas considéré comme quelque chose de très spécial.

Entre 1800 et 1850, la Nouvelle-Angleterre et les colonies du centre abandonnèrent lentement l’esclavage à mesure qu’elles s’industrialisèrent et que les abolitionnistes exercèrent une pression plus forte, mais l’esclavage fut maintenu de manière rigide dans le sud. Bien que la rébellion de Stono soit considérée comme la plus grande révolte en raison de la participation de plus de 100 esclaves, celle qui marqua le plus les esprits fut la rébellion de Nat Turner de 1831 en Virginie qui entraîna la mort de 55 à 60 Blancs. Turner et ses partisans furent exécutés, mais plus de 200 esclaves et Noirs libres furent tués par la suite.

Cet événement terrorisa les colonies du Sud à un tel point que des lois plus sévères sur l’esclavage furent instituées, exacerbant encore plus les tensions entre les États du Sud et du Nord, ce qui finit par déboucher sur la guerre civile américaine (1861-1865). La proclamation d’émancipation de 1863 libérait les esclaves des États du Sud en rébellion, mais ne put être appliquée avant la fin de la guerre. Lorsque le Nord remporta la victoire, le 13e amendement à la Constitution abolit l’esclavage aux États-Unis en 1865, mettant fin à une institution qui existait depuis plus de 200 ans et qui avait réduit des millions de personnes en esclavage dans les pires conditions que l’histoire ait connues.

 

BEC (Fin)

 

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