À Lagos, le « Trashion Show » métamorphose les rebuts en créations artistiques spectaculaires. Cette initiative singulière, portée par l’organisation Greenfingers Wildlife Initiative, démontre qu’il est possible d’allier élégance, créativité et engagement environnemental. Son objectif est clair : sensibiliser le public aux dangers de la pollution plastique, qui menace gravement les océans et les tortues marines.
Par Chaimaa Sadou
Au Nigeria, cette manifestation illustre une approche innovante de la protection de l’environnement. Les tenues présentées ne sont pas conçues à partir de tissus coûteux, mais à partir de matériaux récupérés sur les plages : sacs plastiques, bouteilles recyclées ou filets de pêche abandonnés. Ces déchets trouvent une nouvelle vie sous la forme de véritables pièces de mode, portées avec fierté par de jeunes mannequins.
L’association Greenfingers Wildlife, dédiée à la préservation de la faune, organise chaque année cet événement qui gagne en notoriété. La dernière édition, intitulée « Le retour des tortues marines : nos océans, nos tortues », a mis en lumière la fragilité des écosystèmes marins, constamment menacés par la prolifération des plastiques.
Sous la direction de Chinedu Mogbo, fondateur de l’association, les organisateurs rappellent que les déchets plastiques représentent un danger majeur pour la vie aquatique. Leur ambition est de susciter une prise de conscience collective et d’inciter à l’action. Depuis plusieurs années, Greenfingers s’emploie à secourir les tortues marines blessées ou piégées dans des filets dérivants, tout en menant des campagnes d’éducation auprès des jeunes.
Les créations exposées sont le fruit d’un travail collectif associant adolescents, étudiants et bénévoles. Ensemble, ils ont conçu et fabriqué leurs vêtements à partir de déchets ramassés sur les côtes nigérianes. Pour Chinedu Mogbo, cette démarche vise avant tout à éveiller la conscience écologique de la jeunesse, car « l’avenir de la planète dépend largement de leurs choix et de leurs actions ».
Pour les participants, ce défilé va bien au-delà d’un simple événement artistique. Il représente une tribune pour démontrer que la mode peut devenir un levier de changement social et écologique. La jeune créatrice Okoh Victoria confie éprouver « une joie immense » à l’idée de transformer des matériaux destinés à être jetés en vêtements élégants et porteurs de sens. Son collègue Eze Chidalu partage cet enthousiasme, affirmant que chaque pièce réalisée exprime une conviction : la beauté de la mode ne se limite pas à son apparence, elle peut aussi transmettre une conscience environnementale.
L’action de Greenfingers Wildlife dépasse désormais les frontières du Nigeria. L’organisation conduit des programmes éducatifs dans les écoles et les régions côtières du Ghana, du Bénin et de la Sierra Leone, en mettant l’accent sur le recyclage et la protection des espèces marines menacées.
D’après les données du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le Nigeria produit près de 2,5 millions de tonnes de plastique par an, dont une part importante finit dans les rivières et dans l’océan Atlantique, provoquant des dommages irréversibles à la faune marine et compromettant les moyens de subsistance des pêcheurs.
En définitive, le « Trashion Show » illustre de manière éclatante la puissance de la créativité au service de la planète. Il prouve qu’un simple déchet peut devenir un symbole d’espoir et que la mode, loin d’être frivole, peut incarner un engagement profond pour un avenir plus vert et plus durable.
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C.S
