Face à une explosion de la consommation électrique / Le Kenya mise sur le gaz

 

 

Face à une demande toujours plus forte, le gouvernement kenyan lance un vaste programme de développement de ses infrastructures électriques, avec en point d’orgue un projet de centrale au gaz naturel liquéfié. Une stratégie qui vient compléter un mix énergétique déjà diversifié, où le renouvelable occupe une place prépondérante.

 

Par Nawal Bordji

 

Le Kenya connaît une mutation profonde de ses besoins en électricité. Sous l’effet conjugué de l’urbanisation galopante, de l’essor des activités industrielles et de l’élargissement constant de l’accès au réseau électrique pour les ménages, la consommation nationale ne cesse de croître. Les autorités ont ainsi enregistré un nouveau pic historique le 4 décembre 2025, avec une demande de pointe atteignant 2439,06 mégawatts, dépassant le record établi quelques semaines plus tôt. En l’espace de sept ans, cette pointe de consommation a bondi de près de 35 %, une progression portée par des politiques volontaristes de raccordement et une hausse des usages domestiques.

Pour répondre à cette pression croissante sur le système électrique, le gouvernement a enclenché une stratégie de renforcement de son outil de production. L’annonce majeure réside dans le lancement prochain d’un appel à conseillers financiers et techniques pour structurer un projet de grande envergure : la construction d’une centrale électrique au gaz naturel liquéfié (GNL). D’une puissance de 1200 mégawatts, cette installation représentera un investissement de 2,9 milliards de dollars. Implantée dans la zone de Dongo Kundu, près de Mombasa, elle sera développée dans le cadre d’un partenariat public-privé associant la compagnie nationale KenGen et des investisseurs privés. L’objectif est clair : intégrer une nouvelle source d’énergie fossile, importée, pour épauler les capacités existantes et sécuriser l’approvisionnement d’une économie en pleine expansion.

Ce nouveau projet ne signifie pas pour autant un abandon des énergies propres. Le mix électrique kenyan repose aujourd’hui très largement sur des sources renouvelables. Selon les dernières données de l’EPRA, l’autorité de régulation, la puissance installée totale s’élevait à 3840,8 mégawatts en juin 2025. La géothermie arrive en tête avec près de 26 % de cette capacité, suivie de l’hydroélectricité (24 %). Le solaire photovoltaïque et l’éolien représentent respectivement 14,1 % et 12 % du total, témoignant de la dynamique verte du pays. Les centrales thermiques, qui fonctionnent au fioul lourd, contribuent à hauteur de 17,2 % mais devraient voir leur rôle évoluer avec l’arrivée du GNL, une source jugée moins polluante et plus flexible.

Parallèlement à cet effort de production, les autorités ont engagé un chantier tout aussi stratégique : celui du transport de l’électricité. Le réseau, confronté à des pertes techniques et à des coupures récurrentes dans certaines régions, fait l’objet d’investissements majeurs. En décembre 2025, un accord de 311 millions de dollars a été conclu pour construire deux lignes à haute tension. La première, dans le cadre d’un partenariat public-privé entre KETRACO et un consortium réunissant Africa50 et Power Grid Corporation of India, permettra d’évacuer jusqu’à 300 mégawatts d’origine géothermique depuis les champs de Baringo-Silali, une zone clé pour l’avenir énergétique du pays. La seconde ligne vise, pour la première fois, à connecter l’ouest du territoire au réseau haute tension, mettant fin à l’isolement de zones jusqu’ici sujettes à des chutes de tension et des déperditions d’énergie.

En amont de ces grandes infrastructures, le gouvernement a également débloqué des fonds pour moderniser le réseau en profondeur. En février 2025, Kenya Power a annoncé un plan de 7,7 millions de dollars destiné à renforcer la fiabilité de l’alimentation dans onze comtés de l’ouest, dont Kisumu, Homa Bay ou Kakamega. Ce programme inclut l’achèvement de chantiers en cours et la construction de nouvelles lignes, afin de soutenir le dynamisme économique régional.

Le Kenya affiche ainsi une ambition claire : porter sa capacité installée à 15 000 mégawatts à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le pays mise sur une approche pragmatique, combinant exploitation de ses ressources géothermiques, solaires et éoliennes, et recours au gaz comme solution d’appoint pour garantir la stabilité du réseau. Une stratégie à plusieurs volets, destinée à accompagner la transformation économique de la première puissance d’Afrique de l’Est.

 

 

N.B

 

 

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