Suppression des droits de douane pour les pays africains/Pour un commerce libre de toute entrave dès mai 2026

La Chine a annoncé qu’elle supprimerait, à partir du 1er mai 2026, tous les droits de douane sur les importations en provenance des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques.

Par Rihab Taleb

Cette décision, annoncé par le président Xi Jinping le 14 février dernier, est censée créer de nouvelles opportunités pour le développement du continent africain. Mais selon plusieurs analyses, cette mesure pourrait surtout profiter aux économies africaines les plus avancées, au détriment des pays les moins développés.

Dans un article publié le 12 mars dans The Conversation et intitulé China’s new tariff‑free regime for Africa : the potential upside and down side, Lauren Johnston chercheuse au China Studies Centre de l’Université de Sydney, explique que les pays africains disposant déjà d’une base industrielle solide et de bonnes performances logistiques sont les mieux placés pour tirer profit de cette ouverture. L’Afrique du Sud, le Kenya pourraient ainsi accroître considérablement leurs exportations vers la Chine une fois les barrières douanières supprimées.

Cette politique de zéro tarif n’est pas nouvelle, elle avait été annoncée pour la première fois en juin 2025, à l’époque, la Chine n’avait pas précisé la date d’entrée en vigueur de la mesure qui visait à rééquilibrer les échanges commerciaux avec l’Afrique.

Jusqu’ici, seuls 33 pays africains classés parmi les moins avancés bénéficiaient déjà d’un traitement tarifaire nul offert par Pékin. Les pays à revenu intermédiaire, comme l’Afrique du Sud, étaient exclus de ces préférences commerciales et continuaient de payer des droits allant de 10 à 25 % sur la plupart de leurs exportations vers la Chine, notamment les fruits, et les produits alimentaires transformés. Avec la nouvelle politique, ces pays à revenu intermédiaire bénéficieront pour la première fois d’un accès au marché chinois en franchise de droits.

Cette mesure risque d’entraîner une concentration de la production destinée au marché chinois dans les économies africaines les plus développée. Ces économies, mieux équipées et plus compétitives, pourraient capter l’essentiel des bénéfices. Les pays les moins avancés, eux, pourraient perdre l’avantage lié au statut spécial dont ils bénéficiaient dans l’ancien régime tarifaire. Ils resteraient handicapés par des obstacles structurels persistants comme le manque de fiabilité de l’approvisionnement électrique, le déficit des infrastructures portuaires et difficultés à respecter certaines normes commerciales.

Il faut aussi noter que l’exemption généralisée des droits de douane ne concernera pas l’Eswatini (anciennement Swaziland), dernier allié de Taïwan sur le continent africain. Tous les autres partenaires africains de la Chine bénéficieront de cette mesure.

Malgré ces risques, l’article de Lauren Johnston estime que les inégalités attendues pourraient être corrigées grâce à la mise en place de chaînes d’approvisionnement transnationales et intra-régionales. Ces chaînes, basées sur les avantages comparatifs, permettraient aux exportateurs africains issus des pays les moins avancés et des pays à revenu intermédiaire de gagner en taille et en compétitivité. Ils pourraient ainsi développer leurs propres exportations vers la Chine, aujourd’hui exemptées de droits de douane.

Les pays les moins avancés n’auraient plus besoin d’exporter directement vers la Chine, ils pourraient s’intégrer dans des chaînes d’approvisionnement régionales, fournir des matières premières ou des produits semi-transformés à leurs voisins plus industrialisés, et profiter indirectement de la nouvelle politique tarifaire. Cette approche renforcerait en même temps le processus d’intégration commerciale en Afrique, en favorisant une coopération plus étroite entre les différentes économies du continent.

La suppression des droits de douane par la Chine représente une opportunité historique pour l’Afrique, mais cette opportunité n’est pas sans risques. Elle pourrait accentuer les écarts entre les pays les plus développés et les moins avancés. La politique du zéro tarif pourrait devenir un levier puissant pour renforcer l’unité économique africaine et améliorer la place du continent dans le commerce mondial.

                         R.T

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Contrôle des importations aux ports/Les nouveaux laboratoires mobiles, un atout majeur pour la protection du consommateur et de l'économie nationale

dim Mar 15 , 2026
Les laboratoires mobiles d’analyse de la qualité des produits importés, mis en service récemment au niveau des ports algériens, ont permis de renforcer considérablement le dispositif de contrôle et de protection de la santé du consommateur et contribuer efficacement à la réduction des délais de traitement des marchandises afin de […]

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com