L’univers romanesque d’Amel Kasdali est toujours décapant et aux antipodes de ce à quoi on s’attend. Le Monde de UZ (et non d’UZ comme seraient certainement tentés de corriger les gardiens du temple syntaxique) ne déroge pas à la règle. On vous entrouvre une porte pour le découvrir. Une toute petite porte.
Par Yakout Abina
L’histoire tourne autour du personnage de Zahra, une fillette de sept ans qui aime passer ses étés à la campagne chez sa grand-mère. Ses journées se résumaient à s’amuser avec les animaux de la ferme que possédait sa grand-mère. Puis, le soir venu, après le dîner, venait son moment sacré : écouter les récits enchanteurs du monde d’UZ racontés par sa tendre mamie.
Cet été-là, sa grand-mère tombe malade et Zahra doit rester chez elle. Attristée, elle pense avoir perdu la chance de découvrir le monde d’UZ. Mais sa mamie lui confie au téléphone qu’on pouvait y entrer de n’importe où, à condition de prier. À force de prier, Zahra voit sa chambre se remplir de brume et fait la rencontre de Riad, le gardien de ce monde, qui lui offre la possibilité de réaliser sept rêves en une seule nuit, accompagnée de sa maman.
L’aventure de Zahra et de sa maman commence par la dégustation de glaces à l’infini, puis par la conduite d’une voiture rouge décapotable semblable à celle de leur voisin, l’incarnation d’une héroïne, l’invitation dans le rêve d’un autre enfant en pleine partie de paintball, la nage avec des raies manta, le voyage dans l’espace et, enfin, la transformation en princesse. Mais à cause de formulations imprécises, chacun de ses rêves tourne au désastre. Heureusement, Zahra peut toujours compter sur sa maman, qui intervient à chaque fois tel un ange gardien pour la sauver.
À son réveil, Zahra demande à sa maman si elle aussi a vécu une nuit aussi extraordinaire. Sa maman, mystérieuse, évite de répondre, laissant planer le doute sur la réalité de ce voyage enchanté.
Y.A
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Destinée d’une auteure sensible, prolifique et originale
Rien ne la prédestinait à l’écriture. Ingénieure en génie civil de formation, Amel Kasdali a traversé le monde du BTP puis celui de la finance et du marketing avant de trouver sa véritable vocation : l’écriture romanesque.
Tout commence lorsqu’elle ouvre son propre commerce. Située à deux pas d’une école, sa papeterie est rapidement devenue bien plus qu’une simple boutique. Elle s’est transformée en un lieu d’échange où les écoliers, lors de leurs visites quotidiennes, lui confiaient leurs rêves et leurs anecdotes. C’est précisément cette immersion dans l’univers enfantin qui a déclenché en elle l’étincelle créative. En écoutant ces jeunes clients raconter leurs histoires, Amel a ressenti le besoin de leur donner vie par l’écrit. C’est ainsi qu’est né son premier ouvrage en 2017, Sarah et le labyrinthe magique.
Par la suite, elle s’est investie davantage en suivant des formations spécialisées en ligne, dont le programme « Writing for Young Readers » (Écrire pour les jeunes lecteurs). Ce cursus a constitué un véritable tremplin, lui permettant de structurer son imaginaire et de maîtriser les codes de la littérature jeunesse. Il lui a également ouvert la voie à une production abondante de treize histoires, rédigées avant même d’envisager l’édition. Et depuis 2021, l’autrice a franchi une nouvelle étape en publiant quatre romans simultanément, affirmant ainsi sa place dans le paysage de la littérature jeunesse.
Pour nourrir ses récits, Amel confie qu’elle puise dans tout ce qui l’entoure : son environnement, ses proches, ses lectures personnelles et même les films qu’elle regarde à la télévision. Elle confie d’ailleurs que l’écriture a transformé son regard sur le monde, la rendant beaucoup plus observatrice et attentive aux moindres détails du quotidien. Cependant, son moteur principal demeure l’imaginaire infini des enfants, qu’elle considère comme une source inépuisable de créativité.
Amel ne se contente pas d’aligner les mots : elle est une artiste complète. Écrivant par pure passion, elle joint l’utile à l’agréable en réalisant elle-même les illustrations de ses ouvrages. Aujourd’hui auto-éditrice, elle défend avec ferveur le livre papier — son toucher, son odeur — et s’impose comme une figure incontournable du paysage littéraire de la jeunesse. Cette démarche indépendante l’a emmenée à la rencontre de son public lors des quatre précédentes éditions de la Foire du Livre, de 2022 à 2025.
S’adressant à une large tranche d’âge allant de 8 ans jusqu’à l’âge adulte, les œuvres d’Amel créent de véritables ponts entre les générations. Parmi ses publications, La Couturière de la reine reste sa favorite. Elle avoue avoir pris un plaisir immense à l’écrire, y injectant une bonne dose d’humour à travers des personnages attachants qui enchaînent les bêtises. Ce titre s’est rapidement imposé comme l’un de ses best-sellers, aux côtés de l’incontournable Zina el Korsana. Le retour le plus marquant pour l’autrice a été lors de la FIBDA 2025 : « Un papa est venu me voir pour me dire que sa fille, en lisant “Tante Sawsan”, venait le voir chaque minute pour lui demander le sens des mots, créant ainsi une merveilleuse interaction entre le père et sa fille », se souvient-elle.
Et l’aventure continue. Toujours à l’écoute de ses lecteurs, et sur la suggestion d’un lycéen passionné, Amel travaille actuellement sur le tome 2 de Zina el Korsana. Et pourquoi pas une trilogie ? Notre auteure a largement l’imagination nécessaire.
Y.A