Guéguerre entre Disney et le monde de l’IA/ Tel est plagié qui avait… plagié !

NEW YORK – NOVEMBER 09: Mickey Mouse attends the grand opening of the Times Square Disney Store on November 9, 2010 in New York City. Janette Pellegrini/Getty Images/AFP

Le lancement de Seedance 2.0, l’IA de génération de vidéos de ByteDance, a déclenché une vague virale sur les réseaux sociaux. Mais derrière l’engouement des internautes, Disney dénonce un « pillage massif » de sa propriété intellectuelle. L’accusant d’avoir entraîné son modèle en reproduisant à l’identique des personnages emblématiques comme Spider-Man ou Baby Yoda.

 

Par Yakout Abina

 

Quelques jours seulement après le lancement remarqué de Seedance 2.0, un modèle d’intelligence artificielle capable de générer des vidéos, Disney a adressé une mise en demeure à ByteDance. En cause : des séquences virales mettant en scène des personnages emblématiques comme Dark Vador ou Mickey, reproduits avec un réalisme saisissant. Le géant du divertissement, pourtant partenaire d’OpenAI, dénonce un « pillage massif » de sa propriété intellectuelle et entend défendre ses licences face à cette nouvelle vague de contenus générés par IA.

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux X (ex-Twitter) et TikTok sont inondés de vidéos spectaculaires produites par Seedance 2.0, le nouveau modèle d’intelligence artificielle de ByteDance, maison mère de TikTok. Les internautes y découvrent des scènes improbables, comme celle où l’on voit Tom Cruise et Brad Pitt s’affronter sur un toit, des remakes de Star Wars ou encore des parodies visant directement l’IA générative.

Mais derrière l’engouement viral, Disney voit rouge. Selon des informations exclusives publiées par Axios le 13 février 2026, la firme américaine a adressé une mise en demeure à ByteDance. Ses avocats accusent l’entreprise chinoise d’avoir « aspiré » illégalement l’intégralité du catalogue Disney pour entraîner son modèle.

Dans sa lettre, Disney accuse ByteDance d’avoir livré un outil « préchargé avec une bibliothèque piratée des personnages de Disney, Marvel et Star Wars, comme si cette propriété intellectuelle inestimable était un clipart du domaine public ». Le groupe exige que ByteDance supprime immédiatement tout contenu associé à ses personnages piratés.

Dans sa plainte, le géant américain cite plusieurs exemples précis, à l’image de Spider-Man, Grogu (Baby Yoda) ou encore Peter Griffin. Selon l’entreprise, ces personnages apparaissent dans Seedance 2.0 comme des répliques exactes, pixel par pixel, des originaux. Pour Disney, il ne s’agit pas d’une simple ressemblance, mais d’un cas flagrant d’overfitting : il est impossible qu’il s’agisse d’une pure coïncidence. L’IA aurait été entraînée directement sur ses films. Pour rappel, Disney a investi 1 milliard de dollars dans OpenAI en 2025 pour être le partenaire exclusif de Sora, le modèle de génération de vidéos du créateur de ChatGPT. La plainte contre ByteDance ne se limite donc pas à une défense de la création artistique. Elle vise aussi à protéger un accord exclusif qui représente un enjeu financier et technologique majeur. Disney exige donc l’arrêt immédiat des infractions et menace Seedance de poursuites judiciaires si ces pratiques se poursuivent.

 

Objectif : dominer le marché

Au-delà du conflit juridique, le bras de fer entre les deux géants illustre la course mondiale à l’IA générative : chaque acteur cherche à sécuriser ses contenus et ses partenariats pour dominer un marché en pleine expansion.

Depuis près d’un siècle, le nom de Disney est indissociable des contes de fées. Pourtant, derrière la poussière d’étoiles et le château iconique, se cache une réalité plus complexe : l’essentiel du succès de la firme repose sur des récits vieux de plusieurs siècles, nés dans les villages d’Allemagne, de France ou du Danemark. Si certains parlent d’hommage, d’autres dénoncent un véritable hold-up culturel.

L’empire de la souris n’a pas inventé d’histoires, il les a « réinitialisées ». En puisant massivement dans le domaine public, le studio a transformé des récits souvent sobres et moraux en produits de consommation lissés pour le public américain. À l’exemple de Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), qui, à l’origine, a été collecté par les frères Grimm en Allemagne. Dans la version originale, il était d’une violence inouïe : la Reine ne meurt pas d’une chute, mais est condamnée à danser avec des chaussures de fer chauffées au rouge jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ou encore le film Cendrillon (1950), un personnage fortement lié à celui de l’héroïne d’un conte du sud de la Chine, où la beauté de la personne est intimement liée à celle de son pied. Cette tradition a ensuite influencé la version de Charles Perrault en France. L’adaptation cinématographique, quant à elle, évacue les détails sanglants (les sœurs se coupent les orteils et le talon pour entrer dans la chaussure).

Cette « matière première » gratuite a permis à la firme d’économiser des fortunes en droits d’auteur tout en s’appuyant sur des récits déjà ancrés dans l’inconscient collectif. Mais le véritable point de friction ne réside pas dans l’adaptation elle-même, mais dans la propriété intellectuelle. En déposant des marques sur des noms comme « Blanche-Neige » ou « Pinocchio » (issu de l’œuvre de l’Italien Carlo Collodi), Disney a réussi un tour de force : associer définitivement ces personnages à son esthétique, une stratégie que certains analystes qualifient aujourd’hui de « colonisation de l’imaginaire ».

Pendant des décennies, la stratégie de la Walt Disney Company a tenu en une phrase : « Ce qui est à vous est à moi, ce qui est à moi est à moi. » Mais en ce milieu des années 2020, le miroir de la technologie et du droit renvoie au géant du divertissement une image qu’il n’avait pas prévue, celle d’un contributeur forcé au domaine public qu’il a tant pillé.

De prédateur à proie

Pour comprendre l’ironie actuelle, il faut remonter à 1998. Face à l’échéance imminente des droits sur Steamboat Willie (la première apparition de Mickey en 1928), Disney déploie une armée de lobbyistes à Washington. Le résultat est le Copyright Term Extension Act, surnommé avec dédain le « Mickey Protection Act ». Cette loi a gelé l’entrée d’œuvres dans le domaine public pendant 20 ans aux États-Unis. Ce zèle législatif visait un objectif clair : empêcher que le processus de « disneyfisation » ne s’inverse. Disney craignait qu’un autre studio puisse faire à Mickey ce que Walt avait fait au Chat botté de Perrault : le réinventer, le détourner, et surtout, en tirer profit sans verser un centime.

Le 1er janvier 2024 a marqué une rupture symbolique : Mickey Mouse (version 1928) est officiellement tombé dans le domaine public. On a vu surgir presque instantanément des films d’horreur et des jeux vidéo parodiques utilisant la célèbre souris.

Aujourd’hui, le studio ne fait plus seulement face à des concurrents humains, mais à une révolution industrielle sans précédent. Le prédateur de droits d’auteur est devenu à son tour la proie d’une nouvelle ère où la création est instantanée, décentralisée et, surtout, hors de contrôle. Le château iconique n’est plus une forteresse, mais un musée dont les portes ont été forcées par la technologie.

 

Y.A

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