Epidémies/L’Afrique face à une nouvelle flambée d’Ebola

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé vendredi à Genève qu’elle travaillait en collaboration avec la République démocratique du Congo (RDC) pour contenir une nouvelle épidémie d’Ebola déclarée dans la province de l’Ituri. Treize cas ont été confirmés par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa. Des experts de l’OMS sont déjà sur place et d’autres spécialistes, notamment en communication des risques, en prévention et contrôle des infections, en soins cliniques et en logistique, doivent rejoindre l’équipe dans les prochains jours.

Par Rihab Taleb

L’OMS a également acheminé des fournitures médicales et des équipements de protection à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, et a débloqué 500 000 dollars de son fonds de réserve pour les situations d’urgence afin de soutenir la riposte. Tedros Adhanom  Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a assuré que l’organisation continuerait de mobiliser des ressources et des partenaires dans toute la région pour contenir la propagation et prendre en charge les personnes touchées.

Un virus dangereux et mortel

Rare mais mortel, le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 à Yambuku en RDC et à Nzara au Soudan, est l’un des agents pathogènes les plus redoutés. Il appartient à la famille des filovirus et se caractérise par un taux de mortalité élevé, pouvant atteindre 90 % selon la souche et les conditions de soins. Les symptômes  commencent souvent par une apparence grippale, une fièvre soudaine, des douleurs musculaires et une grande fatigue, puis évoluent vers des diarrhées, des vomissements et des hémorragies internes et externes. La transmission se fait par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un animal contaminé.

La dangerosité d’Ebola tient à sa capacité à se propager rapidement dans des contextes où les infrastructures médicales sont limitées vu la situation des pays affectés. Des progrès ont été réalisés, notamment avec le vaccin ERVEBO contre la souche Zaïre et des traitements de soutien qui améliorent les chances de survie. Malgré cela, chaque résurgence rappelle la fragilité des systèmes de santé face à un virus aussi agressif.

Le caractère cyclique des apparitions d’Ebola s’explique par plusieurs facteurs. Le virus a un réservoir naturel dans la faune sauvage, principalement les chauves-souris frugivores, qui ne tombent pas malades mais peuvent transmettre le virus à d’autres espèces comme les primates ou les antilopes. Ces animaux peuvent ensuite contaminer l’homme, souvent par la chasse ou la consommation de viande de brousse. Les activités humaines comme la déforestation, l’expansion agricole et l’exploitation des ressources naturelles, augmentent les contacts entre l’homme et les animaux porteurs du virus. Des survivants humains peuvent garder le virus dans certains fluides corporels pendant plusieurs mois, entraînant de nouvelles flambées longtemps après la fin apparente d’une épidémie.

Après l’infection, il attaque les cellules immunitaires

Il est particulièrement de contenir et d’éviter Ebola pour plusieurs raisons. D’abord, les symptômes initiaux ressemblent à ceux d’autres maladies comme le paludisme ou la typhoïde, ce qui retarde le diagnostic et favorise la propagation. Ensuite, les infrastructures médicales dans les zones touchées sont souvent insuffisantes, avec un manque de personnel, de matériel et de moyens financiers. Les pratiques culturelles, comme les rites funéraires impliquant un contact direct avec les corps, jouent également un rôle dans la transmission. La méfiance des populations envers les autorités et les organisations internationales complique l’application des mesures de prévention. Ces obstacles, combinés à la mobilité des populations et aux conditions environnementales, rendent la maîtrise d’Ebola extrêmement complexe.

Le virus détruit le corps de manière progressive et brutale, car après l’infection, il attaque les cellules immunitaires et perturbe la réponse de défense de l’organisme. Il provoque une inflammation et une fuite des vaisseaux sanguins, ce qui entraîne des hémorragies internes et externes. Les organes vitaux, comme le foie, les reins et le système digestif, sont gravement endommagés. Le virus perturbe également la coagulation sanguine, ce qui aggrave les saignements. Cette combinaison de défaillances immunitaires, de destruction cellulaire et de dysfonctionnement organique explique la sévérité et la mortalité élevée de la maladie.

Les zones de forte biodiversité et de pluviométrie élevée, comme les forêts tropicales d’Afrique centrale et occidentale, sont des foyers naturels du virus. Les pressions écologiques dues à la déforestation, au changement climatique et à la perturbation des habitats favorisent l’émergence de nouvelles épidémies. Chaque apparition d’Ebola est un rappel que la santé humaine est intimement liée à l’équilibre des écosystèmes. La lutte contre ce virus ne peut se limiter aux soins médicaux, elle doit aussi inclure une réflexion sur la protection de l’environnement, la gestion durable des ressources naturelles et la réduction des pratiques à risque.

L’épidémie historique de 2014–2016 en Afrique de l’Ouest en est la preuve. A partir de la Guinée, elle s’est rapidement propagée au Liberia et à la Sierra Leone ainsi qu’à sept autres pays dont les Etats-Unis et l’Italie provoquant plus de 28 000 cas et plus de 11 000 décès. Elle a montré à quel point les systèmes de santé fragiles pouvaient être débordés et a nécessité une mobilisation internationale sans précédent. Les leçons tirées de cette crise ont conduit au développement de vaccins et à une meilleure coordination mondiale, mais elles ont aussi révélé que la prévention reste insuffisante tant que les causes environnementales et sociales ne sont pas prises en compte.

Depuis son apparition dans les années 1970, le virus Ebola a causé plus de 13 000 morts en Afrique et des dizaines des milliers de cas confirmés ou suspects dont 35000 personnes touchés. La nouvelle flambée déclarée en mai 2026 en République démocratique du Congo (RDC) compte déjà 246 cas suspects dont 65 décès.

L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières s’est imposée comme une force de terrain incontournable. MSF a mobilisé des milliers de soignants, construit des centres spécialisés pour isoler les patients et mis en place des procédures d’enterrement sécurisées afin de freiner la transmission. Ses équipes assurent aussi un accompagnement psychologique aux familles et forment du personnel local aux protocoles de sécurité. Lors de la crise en Afrique de l’Ouest (2014–2016), MSF a déployé plus de 5 000 intervenants et pris en charge des milliers de patients, contribuant à limiter une épidémie qui a coûté la vie à plus de 11 000 personnes. Aujourd’hui encore, dans l’Ituri en RDC, l’organisation reste en première ligne face à la souche Bundibugyo, rappelant que la réponse doit avant tout être centrée sur les besoins des communautés.

Ainsi, Ebola n’est pas seulement une crise sanitaire, mais aussi un signal écologique. Il montre que la destruction des habitats naturels et le non-respect des équilibres biologiques peuvent avoir des conséquences directes sur la santé des populations. Comprendre ceci est essentiel pour prévenir de futures épidémies et construire une approche globale qui associe médecine, environnement et responsabilité collective.

     R.T

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