La situation des droits humains au Sahara occidental occupé continue de constituer, selon la plateforme « N’oubliez pas le Sahara occidental », l’un des points aveugles majeurs du système multilatéral international. L’organisation déplore l’inaction prolongée et le mutisme qu’elle qualifie de complice de la communauté internationale face aux violations répétées attribuées à l’occupant marocain.
Par Karim-Akli Daoudi
La plateforme souligne en particulier l’inexistence de mécanismes internationaux efficaces destinés à assurer la protection des civils sahraouis. Cette carence est, selon elle, aggravée par une anomalie persistante au sein des Nations unies : la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental demeure la seule opération de maintien de la paix dépourvue de toute compétence en matière de surveillance des droits humains. Malgré les demandes insistantes émanant d’organisations internationales, de juristes et d’acteurs de la société civile, le Conseil de sécurité aurait, en 2025, une nouvelle fois évité d’aborder cette question, se limitant à une reconduction purement technique du mandat, sans progrès concret en faveur de la protection des populations.
Dans ce contexte, la plateforme rappelle que le quotidien des Sahraouis reste marqué par une répression constante et par des poursuites judiciaires qu’elle estime arbitraires. Tout au long de l’année, des organisations locales de défense des droits humains, des médias indépendants et des structures internationales ont fait état d’arrestations sans fondement légal, de peines jugées excessives, de pressions policières répétées ainsi que de restrictions systématiques aux libertés d’expression, de réunion et de manifestation.
Des affaires touchant de jeunes militants, des étudiants ou encore des proches de personnes disparues, notamment des mères réclamant toujours la vérité sur le sort de leurs enfants, auraient une nouvelle fois révélé, selon la plateforme, une répression enracinée qui ne relève pas de dérives ponctuelles, mais d’une politique durable de contrôle et de sanction. À cette réalité s’ajoute, selon elle, un problème central : l’absence quasi totale de reddition de comptes. Quinze ans après la mort de Saïd Dambar et plusieurs décennies après les disparitions forcées documentées depuis les années 1970, aucune enquête indépendante n’aurait été menée et aucune mesure de réparation ou de garantie de non-répétition n’aurait été engagée. Pour la plateforme, cette situation envoie un signal sans ambiguïté : dans le territoire occupé, la violence institutionnelle ne serait pas seulement tolérée, mais banalisée sous couvert d’un silence international persistant.
L’année 2025 aurait également été marquée par un durcissement du contrôle de l’information. Selon des données recueillies par des organisations sahraouies et des ONG internationales, entre vingt-cinq et trente journalistes, observateurs internationaux, militants et défenseurs des droits humains auraient été expulsés, refoulés aux frontières ou empêchés d’accéder au territoire. La plateforme précise que ce chiffre demeure en deçà de la réalité, car il ne prend en compte que les cas rendus publics, excluant les tentatives d’entrée avortées restées inconnues.
Cette politique, loin d’être circonstancielle, s’inscrirait dans une stratégie délibérée visant à maîtriser le territoire et le récit qui en est fait. Parmi les faits marquants de l’année, plusieurs expulsions de journalistes européens venus couvrir la situation des droits humains sont citées. Depuis longtemps déjà, l’accès au Sahara occidental est régulièrement refusé à la presse internationale, aux observateurs indépendants et aux organisations spécialisées, contribuant à faire de ce territoire l’un des plus fermés au monde sur le plan de l’information.
Pour la plateforme, l’objectif poursuivi est clair : empêcher toute observation directe, freiner la documentation indépendante et préserver un discours officiel qui ne résisterait pas à une vérification sur le terrain. Cette opacité généralisée engendrerait un véritable blackout informationnel, alimentant à son tour l’impunité. L’expulsion des observateurs ne porterait pas uniquement atteinte à la liberté d’informer ; elle renforcerait également l’isolement de la population sahraouie et ferait obstacle à tout mécanisme de responsabilité. Dans ce cadre, conclut la plateforme, le silence ne relève pas d’une absence fortuite, mais d’un choix politique assumé.
KAD
