Rôle du secrétaire général de l’ONU/Garant de la paix mondiale ou juste une illusion ?

La procédure de sélection du prochain secrétaire général de l’ONU vient de s’ouvrir. Les États membres sont invités à proposer des candidats pour succéder à António Guterres à partir du 1er  janvier 2027. Cette annonce relance une interrogation ancienne et persistante : à quoi sert réellement le secrétaire général de l’ONU, à l’heure où les guerres d’agression continuent de marquer l’histoire contemporaine ?

 

Par Rihab Taleb

Depuis la création de l’Organisation des Nations unies en 1945, neuf secrétaires généraux se sont succédé. Chacun, originaire d’un pays différent, a dû traverser des crises internationales majeures. Avant d’évoquer la sélection en cours, il est nécessaire de rappeler que tous ses prédécesseurs ont été confrontés à des conflits armés.

Le Norvégien Trygve Lie, le premier d’entre eux, a vu son mandat marqué par la guerre de Corée. Le Suédois Dag Hammarskjöld a dû affronter la crise de Suez en 1956 avant de mourir en mission au Congo. Le Birman U Thant a géré l’escalade de la guerre du Vietnam et les tensions de la guerre froide. L’Autrichien Kurt Waldheim a été témoin du déclenchement de la guerre civile libanaise en 1975. Le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar a été confronté à la guerre Iran-Irak et à la première guerre du Golfe. L’Égyptien Boutros Boutros-Ghali a dû faire face au génocide rwandais et aux guerres en ex-Yougoslavie. Le Ghanéen Kofi Annan, pourtant lauréat d’un prix Nobel de la paix, a traversé la guerre en Irak en 2003 et de multiples crises africaines. Le Sud-Coréen Ban Ki-moon a été marqué par le conflit syrien et les tensions nucléaires. Enfin, le Portugais António Guterres fait actuellement face à la guerre en Ukraine et à la résurgence du conflit israélo-palestinien.

Cette énumération démontre une constante : malgré les discours et les appels à la paix, le secrétaire général n’a jamais eu le pouvoir réel d’empêcher les guerres. Son rôle se limite à celui d’un médiateur et d’une voix morale, mais il demeure entièrement tributaire des grandes puissances et de leur droit de veto au Conseil de sécurité. Ce mécanisme bloque toute action coercitive d’envergure, réduisant souvent le secrétaire général à un rôle de représentation et de diplomatie symbolique.

À quoi sert donc cette fonction si les guerres d’agression se répètent et que les résolutions sont systématiquement entravées par les intérêts des plus puissants ? Pour certains, croire en son pouvoir relève de la naïveté, tant l’histoire montre que les conflits les plus dévastateurs ont éclaté sans que l’organisation ne puisse les arrêter. Ces tragédies successives attestent d’une impuissance structurelle.

Aujourd’hui, plusieurs noms circulent pour succéder à António Guterres, comme ceux de Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, de Rafael Grossi, directeur de l’AIEA, ou de Rebecca Grynspan, du Costa Rica. Mais au-delà du choix final, la question essentielle demeure : la fonction de secrétaire général est-elle autre chose que celle d’un acteur sur une scène où les grandes puissances dictent leur loi ? Le processus de sélection, malgré ses auditions publiques et ses appels à la transparence, ne change rien au fait que la décision revient in fine aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

L’histoire des secrétaires généraux révèle ainsi une contradiction permanente entre les idéaux affichés de paix et de coopération internationale et la réalité des rapports de force mondiaux. Le secrétaire général peut alerter, dénoncer, proposer, mais il ne peut pas imposer. Il incarne une conscience morale, mais il ne peut arrêter ni les bombes ni les chars.

Cette impuissance nourrit l’idée que l’ONU serait une scène où se joue la comédie de la paix, destinée à rassurer les peuples tandis que les guerres se poursuivent. Il faut rappeler que la fonction est née dans un contexte où les États fondateurs souhaitaient donner un visage humain à une institution vouée à établir la paix. Mais au fil des décennies, elle est devenue principalement symbolique et diplomatique. Le secrétaire général peut lancer des appels, organiser des médiations ou déployer des casques bleus, mais il ne dispose d’aucun pouvoir coercitif face aux grandes puissances qui décident souverainement de la guerre et de la paix.

Le processus de sélection est désormais lancé. Peut-être que le prochain secrétaire général sera une femme, ou qu’il viendra d’Amérique latine. Mais au-delà des symboles, la réalité est implacable : tant que le droit de veto existera, aucune réforme ne permettra à cette fonction de dépasser son rôle de médiateur limité et de porte-parole moral dans un monde dominé par les intérêts stratégiques. Cette vérité dérangeante explique pourquoi l’ONU reste un théâtre diplomatique où l’on parle beaucoup de « paix et sécurité internationales » sans jamais parvenir à les imposer.

 

 R.T

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