Prévention des incendies de forêt/La DGF renforce son dispositif pour faire face à une saison estivale à haut risque

Depuis le mois de mai dernier, la Direction générale des forêts (DGF) a mis en place un plan de lutte contre les feux de forêts, une démarche basée sur l’anticipation, la coordination intersectorielle et la participation citoyenne.

Par Malika Azeb

Ce plan intervient dans un contexte particulier marqué par une forte pluviométrie qui a favorisé une croissance importante de la végétation, une situation bénéfique pour les écosystèmes forestiers, mais comportant de possibles risques d’incendies durant cette période estivale.

Si Ali Essaid, directeur de la faune et de la flore à la Direction générale des forêts, est revenu, lors de son passage dans l’émission « L’invité du jour », diffusée jeudi dernier sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, sur le programme de lutte contre les feux de forêts lancé depuis deux mois et toujours en cours.

Il a déclaré que « l’année 2026 est une année exceptionnelle en termes de pluviométrie, qui a favorisé une végétation très importante, notamment des herbes, mais qui, une fois séchée, peut déclencher des incendies. Cette année s’annonce donc très difficile. Toutefois, avec l’aide de tous les secteurs et des citoyens, nous espérons mener une campagne meilleure que celles des années précédentes ».

Si Ali a également souligné que le premier bilan est assez encourageant depuis le lancement de la campagne, sachant qu’à l’heure actuelle, les superficies où des feux se sont déclarés n’ont pas dépassé les 150 hectares, contre 400 hectares enregistrés à la même période en 2025 et 311 hectares en 2024.

Cependant, la période la plus critique concernant les incendies s’étend du 15 juillet jusqu’à la fin août, car la chaleur commence à s’installer et le risque devient désormais élevé. Toutes les dispositions sont déjà mises en place pour y faire face, avec la participation de plusieurs acteurs, dont la Protection civile, les autorités de wilaya et le ministère de la Défense nationale (MDN), a-t-il expliqué.

Évoquant les zones à risque d’incendies, l’intervenant a affirmé que les régions du Nord et du Nord-Est du pays sont les plus vulnérables en raison de la présence de populations habitant à l’intérieur ou à proximité des massifs forestiers.

Tandis que les régions de l’Ouest enregistrent une recrudescence des départs d’incendies cette année, contrairement aux années qui ont connu une relative accalmie en raison de la faible pluviométrie, et donc d’une végétation peu importante, « depuis quatre à cinq ans, la région de l’Ouest a connu très peu de feux à cause de la sécheresse. Mais cette année, avec le retour des pluies et la repousse de la végétation, la situation est différente. Deux importants feux ont déjà été enregistrés, un à Oran, qui a ravagé 25 hectares, et un autre à Sidi Bel Abbès », a expliqué M. Si Ali.

Concernant les causes des incendies, le directeur de la faune et de la flore à la DGF a indiqué que 99 % des cas sont causés par l’être humain à travers la négligence, l’insouciance ou l’imprudence. La canicule est un facteur aggravant, mais non déclencheur des feux. Dans ce contexte, il a lancé un appel aux citoyens pour procéder au désherbage des espaces, notamment autour des habitations, avant même la saison estivale, afin d’anticiper la situation et d’éviter toute utilisation du feu pour nettoyer les champs ou éliminer les résidus végétaux durant la période des grandes chaleurs, ajoutant qu’une loi interdit strictement tout allumage de feu dans les espaces forestiers ou à proximité entre le début du mois de mai et la fin novembre.

Si Ali a précisé que la période durant laquelle il est interdit d’allumer des feux dans les forêts a été prolongée à sept mois, contre six mois l’année dernière. Cette prolongation intervient à la suite du déclenchement d’incendies au mois de novembre dans la wilaya de Tipasa, qui ont détruit pas moins de 700 hectares, ainsi qu’à Tiaret. « Depuis la mise en application de la nouvelle stratégie en 2024, aucune perte humaine n’a été enregistrée », a-t-il ajouté.

À la question portant sur le renforcement du dispositif de lutte contre les incendies en moyens humains et matériels, M. Si Ali a rappelé que « le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et du Développement rural, en collaboration avec plusieurs autres secteurs ministériels, a mis en place, le 14 mars dernier, une Commission nationale de protection des forêts regroupant 13 ministères ainsi que 14 directeurs généraux et présidents-directeurs généraux. Cette commission a pour rôle le suivi des bilans, l’identification des insuffisances et la définition des différentes orientations stratégiques ».

À l’échelle nationale, 40 commissions ont été installées dans quarante wilayas, 471 commissions de daïra ou de circonscription administrative, ainsi que 1.362 comités opérationnels communaux ont été mobilisés. À cela s’ajoute l’installation de plus de 2.500 comités de citoyens participant activement aux opérations de prévention et d’alerte, a détaillé l’invité de l’émission.

Si Ali a également détaillé les différentes missions de la DGF, qui reposent notamment sur les campagnes de sensibilisation, les travaux de préparation et les premières interventions avant le relais assuré par la Protection civile et les autres services concernés. « D’importantes campagnes de sensibilisation sont menées tout au long de l’année dans les écoles, les collèges et les lycées en vue d’inculquer aux jeunes générations la culture de l’environnement et de sa protection, notamment contre les incendies », a encore expliqué ce responsable.

Ajoutant que « des campagnes de sensibilisation sont également menées par la Gendarmerie nationale auprès des usagers des espaces forestiers, ainsi que dans les mosquées, en coordination avec le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, afin de sensibiliser le plus grand nombre de citoyens ».

En ce qui concerne les dispositifs technologiques modernes mis en place pour lutter contre les incendies, M. Si Ali a fait savoir que l’Algérie a procédé à l’acquisition de 80 drones destinés à la détection précoce des départs de feu, au suivi en temps réel de l’évolution des incendies et à l’amélioration de la coordination des interventions sur le terrain. Actuellement, 35 drones sont opérationnels. Ces équipements viennent compléter les dispositifs déjà en place, tels que les postes de vigie, au nombre de 510, répartis à travers les forêts du pays.

À cela s’ajoutent d’autres équipements, tels que les Canadair utilisés par les éléments de la Protection civile en cas de grands incendies, avec l’intervention de l’Armée en moyens matériels et humains.

Si Ali a indiqué que l’Office national de la météorologie joue également un rôle dans la lutte contre les feux de forêts à travers les alertes adressées aux différents acteurs afin de mettre en place un plan d’urgence pour détecter un éventuel incendie, notamment dans les zones à risque.

Il a assuré que la DGF mise particulièrement sur la prévention à travers son dispositif de défense des forêts contre les incendies (DFCI), qui consiste en l’ouverture de pistes forestières, la construction de postes de vigie et la mise en place de points d’eau, précisant qu’aujourd’hui la DGF a ouvert plus de 52.000 kilomètres linéaires de pistes et construit plus de 3.000 points d’eau.

Il a également souligné qu’un travail est actuellement en cours, avec la mobilisation de plusieurs acteurs, à l’image de Sonelgaz, de la Direction des travaux publics, des communes et de la participation des citoyens, afin de limiter les feux de forêts.

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