L’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme a dénoncé vendredi une nouvelle méthode utilisée par l’armée d’occupation : le recours à des véhicules piégés pour semer la terreur, contraindre les habitants à fuir et réduire en ruines les quartiers centraux de la ville de Ghaza.
Par Karim-Akli Daoudi
Dans son rapport le plus récent, l’organisation affirme que ces derniers jours, l’armée a intensifié l’usage de blindés transformés en engins explosifs. Chaque véhicule, chargé de plusieurs tonnes de matières explosives, est dirigé vers des zones densément peuplées afin d’y provoquer d’immenses destructions. Ces blindés hors service, auparavant destinés au transport de troupes, sont désormais convertis en engins télécommandés, chacun contenant au minimum sept tonnes d’explosifs.
Pour l’ONG, cette tactique s’inscrit dans une stratégie déclarée : anéantir la ville et forcer ses habitants à l’exil. Elle qualifie ces pratiques d’« étape supplémentaire dans le génocide » en cours contre la population palestinienne, qui subit depuis vingt-quatre mois consécutifs une campagne d’une extrême violence. Alors qu’auparavant ces explosions avaient lieu au petit matin, elles sont désormais déclenchées de jour comme de nuit, augmentant les risques de victimes civiles en plus des destructions massives.
Les habitants témoignent de l’ampleur du traumatisme. « Nous étions plus ou moins habitués aux bombardements aériens et aux tirs d’artillerie, mais ces détonations sont comparables à des séismes. Les gravats sont projetés très loin, la poussière et la fumée envahissent tout, et la dévastation est totale », confie Khalil Islam à l’équipe de l’Observatoire. Une déplacée, Khadija al-Masri, raconte pour sa part : « À chaque explosion, j’ai l’impression que mon âme s’arrache de mon corps. Mes enfants se mettent à hurler sans contrôle, et même si j’essaie de les rassurer, je finis moi-même par crier. »
Selon les experts de l’Observatoire, si ce rythme se maintient, des pans entiers de la ville pourraient disparaître en quelques semaines. Chaque engin a la capacité de raser totalement ou d’endommager gravement une vingtaine de maisons. Plus de 800 000 Palestiniens vivant à Ghaza se trouvent aujourd’hui directement menacés par cette offensive mêlant destruction, famine organisée et déplacements imposés.
L’ONG déplore le silence de la communauté internationale face à ce qu’elle qualifie d’atrocité inédite. Elle appelle l’ensemble des États à agir sans délai, individuellement ou collectivement, afin de mettre un terme au génocide, de protéger les civils palestiniens conformément au droit international, et de contraindre l’armée d’occupation à respecter les décisions contraignantes de la Cour internationale de justice.
KAD
