La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, vient de rejeter la proposition d’une parlementaire britannique selon laquelle les anciennes colonies du Royaume-Uni devraient rembourser Londres pour les investissements et les efforts consentis durant sa présence dans ces pays.
Par Malika Azeb
« Inutile de répondre à de telles absurdités. Dire que nous devrions payer le Royaume-Uni pour nous avoir opprimés, réduits en esclavage et traités comme des biens est inacceptable », a déclaré Mme Mottley, rappelant que, si l’esclavage existait depuis des siècles, le système colonial avait introduit une conception juridique particulière en considérant des êtres humains comme des « biens mobiliers ».
Elle a ajouté : « Je n’arrive pas à croire qu’on nous demande de réagir à cette suggestion selon laquelle les descendants des esclaves devraient payer pour les mécanismes qui les ont opprimés. Les Caraïbes ne doivent rien au Royaume-Uni pour l’esclavage, pour l’exploitation coloniale ou pour les lois qui traitaient les Africains comme des biens mobiliers. Nous ne demandons pas la charité, nous demandons justice, et l’histoire elle-même a déjà révélé la vérité. »
La ministre a en effet réagi aux déclarations de Suella Braverman, ancienne ministre britannique de l’Intérieur et actuellement membre du parti anti-immigration Reform UK, publiées sur le réseau social X le 3 juillet dernier, selon lesquelles l’Empire britannique « avait fait tellement de bien dans le monde ».
Suella Braverman réagissait à la déclaration d’une autre parlementaire qui avait fait remarquer que la Jamaïque prévoyait de déposer une requête officielle de réparation au cours de cette année.
« Si le gouvernement envisage sérieusement cette question, alors les anciennes colonies devraient rembourser le Royaume-Uni pour les investissements, les efforts et la contribution considérables de ce pays, qui ont jeté les bases de nombreuses démocraties florissantes aujourd’hui », a déclaré Suella Braverman.
Mia Mottley, lors d’une réunion des dirigeants des pays des Caraïbes membres du bloc commercial régional CARICOM, cette semaine à Sainte-Lucie, pour discuter de la question des réparations liées à l’esclavage, a également accusé certains élus britanniques de chercher à détourner l’attention des difficultés politiques intérieures du Royaume-Uni. « Les Caraïbes ne doivent pas servir de bouc émissaire dans ce contexte », a-t-elle déclaré, estimant que ceux qui souhaitent intervenir sur cette question devraient d’abord approfondir leur connaissance de l’histoire coloniale.
« Ceux qui souhaitent s’exprimer sur cette question devraient d’abord prendre le temps de se plonger suffisamment dans l’histoire pour la comprendre. Les Caraïbes ne serviront pas de faire-valoir à la politique de qui que ce soit », a encore souligné Mia Mottley.
Le mois dernier, Mia Mottley avait présidé une sous-commission de dirigeants caribéens ayant présenté un nouveau manifeste sur les réparations lors d’une conférence internationale organisée au Ghana. La Première ministre, également reconnue pour son engagement dans la lutte contre le changement climatique, s’est imposée ces dernières années comme l’une des principales voix internationales en faveur de cette cause.
Mme Mottley est arrivée au pouvoir en 2018. Elle a conduit la Barbade à rompre ses liens constitutionnels avec la monarchie britannique en novembre 2021, lorsque le pays est devenu une république après avoir cessé de reconnaître la reine Élisabeth II comme cheffe de l’État. Réélue pour un troisième mandat consécutif en février, elle continue de défendre une approche fondée sur la reconnaissance historique des conséquences de la traite négrière et de la colonisation.
Le Royaume-Uni maintient, pour sa part, qu’il ne versera pas de réparations financières pour son rôle historique dans l’esclavage et l’exploitation coloniale.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué qu’entre 25 et 30 millions d’Africains auraient été arrachés à leurs terres dans le cadre de la traite esclavagiste, dont une grande partie a été envoyée travailler dans les plantations des Caraïbes et des Amériques.
MA
