Commémoration du 19 mai 1956/Quand les étudiants algériens rejoignaient la plus grande des Révolutions du 20e siècle 

A l’occasion du 70ᵉ anniversaire de la Journée nationale de l’étudiant, célébrant la grève historique du 19 mai 1956, l’Association Mechâal Echahid, en coordination avec le journal El Moudjahid, a organisé une rencontre commémorative consacrée au rôle des étudiants algériens dans la guerre de Libération nationale. Plusieurs anciens étudiants moudjahidine y ont livré des témoignages émouvants sur leur engagement au sein de la Révolution et sur les sacrifices consentis par toute une génération pour l’indépendance du pays.

Par Ikram Haou

Le moudjahid Ibrahim Hasbellaoui a expliqué que les premières campagnes de sensibilisation menées dans les écoles et les universités ont réellement débuté au début de l’année 1955, après la libération d’Abbane Ramdane. Ces actions touchaient les lycées de Ben Aknoun, El Harrach, Miliana, Blida ainsi que d’autres établissements à travers le pays. Selon lui, Abbane Ramdane avait notamment pour mission de structurer le mouvement estudiantin à travers la création d’associations dans les lycées, parmi lesquelles celle dirigée par Abdelrahmane Kiouane.

C’est dans ce contexte qu’est née l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Officiellement présentée comme une organisation culturelle et parascolaire, elle servait en réalité à sensibiliser les étudiants à la cause nationale et à les mobiliser pour soutenir la Révolution du 1er Novembre 1954. Beaucoup furent ainsi encouragés à rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale.

La mobilisation des étudiants fut particulièrement importante à Alger, où les jeunes défilaient en chantant des hymnes patriotiques. Parmi les étudiants engagés dans cette grève figuraient, pour la Kabylie, Mohamed Lounis, Omar Ouchiche, Ali et Mohamed Laomraoui ainsi que Laaboud Hassan. Pour Alger, Amara Rachid, Sassi Boulfaâ, Boudissa, Balou Hmimid et les étudiantes Meriem Ben Mihoub, Safia Baaziz et Fadhila y avaient également pris part. Dans l’Ouest algérien, Ahmed Daoudi et Zoulikha Ben Guezzoul furent aussi mobilisés, tandis que dans le Sahara, Saber Moustafa figurait parmi les participants.

Ibrahim Hasbellaoui a également rappelé les paroles adressées aux étudiants par Larbi Ben M’hidi : « Vous êtes maintenant des hommes parmi les hommes. Vous aurez peut-être de lourdes responsabilités à assumer, et ayez le courage de le faire. Écoutez le peuple dans ces moments difficiles, c’est sa lutte. » Le moudjahid a évoqué avec émotion les souffrances endurées par les étudiants, les nombreux martyrs tombés sous leurs yeux et les crimes commis par le colonisateur, notamment l’usage de gaz toxiques contre les combattants.

Après le Congrès de la Soummam, beaucoup d’étudiants se virent confier des missions correspondant à leur niveau d’instruction. Plusieurs devinrent officiers politiques chargés d’expliquer la situation algérienne à l’opinion publique nationale et internationale. D’autres s’occupaient de la coordination, du renseignement ou de la gestion matérielle.

Le moudjahid Abdelrazak Khachna, ancien élève du lycée de Blida, a raconté comment il avait rejoint la grève alors qu’il était encore très jeune. Un jour, son enseignant lui demanda de sortir de la classe. Il découvrit alors un rassemblement d’élèves de terminale qui participaient au mouvement. Malgré leur hésitation à l’intégrer en raison de son âge, il insista pour prendre part à la mobilisation. Plus tard, après avoir caché un moudjahid armé chez lui, il accompagna celui-ci au maquis et rejoignit à son tour les combattants de la Révolution. Arrêté puis emprisonné durant trois ans, il fut ensuite condamné à mort avant de rester au maquis jusqu’à l’indépendance. Après 1962, il poursuivit ses études et occupa plusieurs postes de directeur d’hôpital en Algérie.

D’autres témoignages ont mis en lumière les difficultés vécues par les étudiants engagés dans le mouvement national. Hassan Amrouche, du lycée de Tizi Ouzou, a rappelé les attentats et les violences qui visaient les étudiants et coûtaient la vie à de nombreux jeunes militants. Belkacem Metidji, ancien élève d’un lycée de Médéa, a indiqué avoir suivi une formation accélérée en soins infirmiers avec le docteur Yahia Fares après avoir rejoint la Révolution. Selon lui, de nombreux étudiants occupaient aussi les fonctions de commissaires politiques chargés de collecter les cotisations et le matériel militaire. Plus de 60 étudiants de cette région sont tombés en martyrs.

Il a précisé qu’à l’époque, l’accès au maquis était strictement encadré et reposait avant tout sur la confiance accordée aux recrues. Lui-même rejoignit le maquis en 1958 à seulement 16 ans. Dans la seule région de Berrouaghia, près de 400 étudiants et étudiantes étaient organisés au sein du mouvement révolutionnaire. Lors d’un affrontement, 27 étudiants, dont plusieurs jeunes filles, tombèrent en martyrs. Arrêté par la suite, il demeura détenu au camp de Morand jusqu’au cessez-le-feu avant de reprendre ses études après l’indépendance.

La moudjahida Saliha Djelfal a, quant à elle, insisté sur le rôle majeur joué par les étudiantes et les lycéennes durant cette période. Elle a rappelé que les élèves des lycées étaient plus nombreux que les universitaires dans les rangs de la Révolution. Elle a notamment rendu hommage à plusieurs jeunes martyres, parmi lesquelles Malika Kharchi, âgée de 17 ans, tombée alors qu’elle récupérait l’arme de son frère martyr. Elle a également évoqué Ziza Masika, responsable d’un poste de soins bombardé par l’armée coloniale, tuée alors qu’elle tentait de sauver un blessé, ainsi que Meriem Bouatoura, infirmière puis fidaïa dans la wilaya de Constantine, tombée les armes à la main face au colonisateur.

La rencontre s’est déroulée en présence de nombreux moudjahidine, responsables et invités, parmi lesquels la présidente d’une association et fille de l’un des fondateurs du journal El Moudjahid, honorée à cette occasion.

I.H

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