Le groupe japonais SoftBank a annoncé un bénéfice net record de 27 milliards d’euros pour l’exercice 2025-2026, un résultat qui marque une transformation dans son histoire récente. Après plusieurs années de pertes liées à des investissements technologiques jugés trop risqués, le conglomérat dirigé par Masayoshi Son a retrouvé une dynamique spectaculaire grâce à ses paris massifs dans le secteur de l’intelligence artificielle. Cette performance, en hausse de 334 % par rapport à l’année précédente, montre à quel point l’IA est devenue le moteur central de la stratégie du groupe.
Par Rihab Taleb
SoftBank a profité de la flambée des valorisations dans l’univers de l’IA, notamment grâce à sa participation dans OpenAI, la société américaine à l’origine de ChatGPT. Le groupe affirme avoir engrangé un gain cumulé de 35 milliards d’euros grâce à cette présence au capital. En février dernier, il a même conclu un accord pour injecter 30 milliards de dollars supplémentaires dans OpenAI, portant son investissement total à 65 milliards. Cette concentration de ressources sur un acteur unique suscite toutefois des interrogations sur la dépendance excessive de SoftBank à une seule entreprise, même si une éventuelle introduction en Bourse d’OpenAI pourrait lui offrir une manne de liquidités considérable.
La stratégie de Masayoshi Son ne se limite pas à OpenAI : le groupe a multiplié les acquisitions pour diversifier ses positions dans l’écosystème de l’IA. Il a racheté Ampere Computing, un concepteur américain de semi-conducteurs, ainsi que la division robotique du géant ABB, qu’il considère comme un pilier de ce qu’il appelle l’IA matérielle. En décembre, SoftBank a également acquis DigitalBridge pour 4 milliards de dollars, une société spécialisée dans les infrastructures technologiques, confirmant son ambition de contrôler non seulement les logiciels d’IA mais aussi les infrastructures qui les soutiennent.
Le groupe a aussi réalisé une opération financière marquante en se désengageant de Nvidia en octobre 2025. Cette vente lui a rapporté 1,83 milliard d’euros et lui a permis de réorienter ses capitaux vers des projets jugés plus stratégiques. Ce choix montre que SoftBank est un acteur structurant du marché mondial de l’intelligence artificielle.
Sur le plan international, Masayoshi Son cherche à étendre l’influence de SoftBank au-delà de l’Asie et des États-Unis. Selon Bloomberg, il a rencontré Emmanuel Macron pour discuter d’un projet de centre de données dédié à l’IA en France. Les discussions porteraient sur un investissement de plusieurs milliards de dollars, et certaines sources évoquent même la possibilité d’un engagement colossal allant jusqu’à 100 milliards.
Les marchés financiers s’interrogent sur la possibilité d’une bulle autour de l’IA, alimentée par des afflux massifs de capitaux et des valorisations jugées stratosphériques. SoftBank, en tant que baromètre du secteur, est directement exposé à une éventuelle correction. La dépendance à OpenAI, malgré les efforts de diversification, reste un point de fragilité. De plus, le groupe n’a pas livré de prévisions pour l’exercice en cours, une habitude qui entretient une certaine incertitude sur sa trajectoire future.
En dépit de ces interrogations, SoftBank apparaît aujourd’hui comme l’un des grands gagnants de la révolution de l’intelligence artificielle. Masayoshi Son, longtemps critiqué pour ses paris jugés trop audacieux, semble avoir trouvé dans l’IA le terrain idéal pour concrétiser sa vision d’un monde où la technologie transforme radicalement l’économie et la société. Reste à savoir si cette stratégie tiendra sur la durée ou si elle sera rattrapée par les excès d’un secteur en pleine effervescence.
R.T
