Haïti, le chaos/Racines historiques d’un effondrement durable

Le pays a été colonisé dès le débarquement de Christophe Colomb en 1492, qui l’a nommé Hispaniola, par les Espagnols.
Pour exploiter l’or de ce pays, les Espagnols ont soumis les populations locales à des travaux forcés, provoquant la décimation presque totale d’une grande partie des Taïnos, habitants autochtones de l’île.

 Par Malika Azeb

Vers 1697, la France récupère officiellement la partie occidentale de l’île appelée Saint-Domingue, transformée en premier producteur mondial de sucre et de café grâce à l’importation d’esclaves africains utilisés comme main-d’œuvre.
En 1804, les esclaves mènent une révolte sous la direction d’un ancien esclave affranchi nommé Toussaint Louverture, qui se solde par la défaite de l’armée de Napoléon Bonaparte, et Saint-Domingue devient Haïti, la première république noire indépendante au monde.
Prenant cette défaite militaire comme un affront, la France refuse de reconnaître l’indépendance de la jeune nation pendant plus de vingt ans, et Haïti vit sous la menace d’une nouvelle invasion.
Le président haïtien Jean-Pierre Boyer, sous la menace d’une guerre et d’un isolement économique, fut contraint de signer en 1825, sous le règne du roi Charles X, une ordonnance royale exigeant le paiement de 150 millions de francs-or afin d’indemniser les anciens colons esclavagistes pour la perte de leurs biens en Haïti, en plus d’une réduction de 50 % des taxes douanières pour les navires de commerce français.
Cette dette a causé le sous-développement de ce pays, contraint de rembourser durant 122 ans en transférant ses richesses vers les banques françaises et américaines.
Selon une enquête menée par le New York Times en 2022, les sommes d’argent, si elles étaient restées en Haïti, auraient représenté environ 21 milliards de dollars pour l’économie du pays aujourd’hui.
Malgré les voix qui s’élèvent en Haïti pour réclamer la restitution de cet argent qualifié de dette odieuse et immorale, la France refuse toute discussion sur un remboursement financier, bien qu’elle reconnaisse le caractère moralement injuste de cet épisode.
Actuellement, le pays fait face à différentes violences générées par la pauvreté, le chômage et l’effondrement des institutions de l’État, entraînant le règne des groupes criminels qui prennent le contrôle de l’économie et du territoire.
En raison du vide politique provoqué par l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti vit sans dirigeant élu et sans Parlement, tandis que le Conseil présidentiel de transition installé pour stabiliser le pays demeure bloqué. Même l’élection présidentielle est reportée au-delà d’août 2026 en raison de l’insécurité persistante.
Les violences auxquelles fait face Haïti ne sont ni d’ordre religieux, ni politique, ni ethnique, mais liées à des motifs exclusivement financiers, lorsque l’on sait que le pays est devenu une plaque tournante pour les trafiquants de drogue.
En effet, les contrebandiers tirent des revenus colossaux du transfert de drogue d’Amérique du Sud vers les États-Unis.
Ces gangs, utilisés initialement par les politiciens pour contrôler les votes, se sont autonomisés. Actuellement, ils contrôlent près de 90 % de la capitale Port-au-Prince et ont, en quelque sorte, remplacé l’État en gérant l’économie par la terreur.
Ils imposent leur loi partout en rançonnant les populations à travers les péages routiers, le contrôle des ports et même celui des centres de santé.
Cette situation a provoqué une pauvreté extrême qui affecte plus de la moitié des Haïtiens, laissés sans perspective d’avenir face à la faim et au désespoir.
Pour obtenir de la nourriture, de nombreux jeunes et enfants sont contraints de rejoindre les rangs des gangs.
Le week-end dernier, les habitants ont manifesté dans le quartier de Cité Soleil pour réclamer davantage de sécurité et de protection de la part du gouvernement, après que des affrontements ont contraint plusieurs familles à fuir leurs maisons.
Plusieurs d’entre elles ont été obligées de se séparer dans le désespoir d’échapper aux attaques. C’est le cas de Dorsaint, qui erre depuis dans les rues en essayant de retrouver ses enfants portés disparus.
Certains manifestants ont déclaré avoir vu des personnes se faire tuer dans ce quartier ainsi que des voitures brûlées.
Les autorités haïtiennes n’ont communiqué aucun bilan des victimes tombées lors des affrontements.
La police nationale d’Haïti a également constaté l’extension des pillages, des enlèvements, des agressions sexuelles et des viols vers les zones rurales.
Mais face à la situation de plus en plus dramatique du pays, les forces de sécurité se retrouvent dans l’incapacité de faire face aux gangs lourdement armés et en position de force dans pratiquement tout le pays, notamment dans la capitale.
Dans ce contexte, la communauté internationale a récemment déployé la Force de répression des gangs (FRG), sous commandement kényan, en raison du manque d’effectifs dans les rangs de la police nationale, estimés à 8 000 agents contre 30 000 membres des groupes de contrebandiers armés.
À la suite des violents affrontements, une organisation humanitaire a annoncé l’évacuation de son hôpital de Cité Soleil.
En avril, les premières troupes étrangères rattachées à une force de l’ONU sont arrivées en Haïti pour aider à mettre fin aux violences en cours.
Fin septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé un plan visant à autoriser une force de 5 550 membres, qui n’est pas encore entièrement déployée dans cette nation insulaire. Un nombre indéterminé de soldats tchadiens a été envoyé jusqu’à présent.
Un rapport publié plus tôt cette année par l’Organisation internationale pour les migrations a révélé que la violence des gangs a déplacé plus de 1,4 million de personnes en Haïti, dont environ 200 000 vivent désormais dans des sites surpeuplés et sous-financés de la capitale.

MA

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