En Algérie, tout comme au Maghreb et en Afrique noire, on croit en l’existence de génies protecteurs. Dans les montagnes d’Algérie, on les appelle « gardiens » et ils accomplissent des miracles incroyables..
Par Nawal Bordji
A l’instar des pays méditerranéens et d’Afrique noire, le Maghrébin croit en l’existence d’une multitude d’êtres fantasques, invisibles, dont les pouvoirs dépassent tout ce que notre entendement peut accepter. Ces êtres, de plus, sont dotés de pouvoirs surnaturels, car le monde auquel ils appartiennent est différent du nôtre.
Parmi les êtres en lesquels le Maghrébin croit, on peut citer les esprits protecteurs ou les « gardiens » pour reprendre le terme exact qui leur est consacré par les habitants du Djurdjura.
Iassassen ( les « gardiens » ) d’après bon nombre de villageois, sont, à l’origine, des êtres humains de chair et de sang. C’est au cours de leur longue vie de piété et de générosité qu’ils sont élus par le Créateur qui les dote alors de pouvoirs surnaturels. A leur mort, leurs âmes reviennent sur terre et ont pour mission de veiller sur le village et la contrée où ils ont passé leur vie terrestre d’où leur nom de « gardiens ». On les appelle aussi El-laouliya.
Iassassen ou El-laouliya sont donc des saints dont les pouvoirs extraordinaires ne se manifestent qu’à l’occasion d’un événement quelconque.
Dans un village de Kabylie, par exemple, on raconte qu’au cours d’une fête populaire, Timechret, une veuve et ses orphelins ont été oubliés et n’ont pas obtenu leur part de viande du taureau qui avait été immolé à cette occasion. L’imam du village qui s’appelait, selon les dires de quelques vieilles femmes, Sid-Ali Oumoussa, alla de maison en maison pour demander aux gens de partager leur part avec la veuve et ses enfants. Comme personne ne voulait faire preuve de générosité, il se mit en colère et se dirigea d’un pas décidé à Tajmaat ( la place du village ). Là, il frappa le sol avec sa canne et demanda à Dieu que le taureau, dont les morceaux mijotaient dans les marmites du village, ressuscitât. Le miracle alors se produisit. Lorsque les villageois regardèrent dans leurs marmites, ils ne trouvèrent que des légumes ! La viande s’était volatilisée ! Et alors que tout le monde était à chercher une explication à cette mystérieuse disparition, un long beuglement se fit entendre, identique à celui qui avait été poussé auparavant par le taureau qui avait été sacrifié ! Les gens sortirent de chez eux et se dirigèrent vers l’endroit d’où le cri de l’animal avait dû émaner. Arrivés à Tajmaat, ils faillirent tomber à la renverse le taureau noir qu’ils avaient égorgé dans la matinée, était là, bien vivant, tournant autour de l’imam. Un imam qui serait, selon les témoins qui avaient rapporté ce fait, le premier à être étonné de ce miracle. Le taureau fut égorgé à nouveau et repartagé, et cette fois, la veuve et ses orphelins eurent leur part.
Aujourd’hui, dans le village où ce miracle s’est produit, on continue à se rappeler cette extraordinaire scène. Et l’imam Sid-Ali Oumoussa est devenu un Aassass qui a su provoquer un miracle que jusqu’ici seul le Prophète Moïse a pu accomplir en ressuscitant un mort. Et on croit que Sid-Ali Oumoussa est toujours vivant et qu’ils veillent sur de nombreux villages.
N.B
