Dans le cadre des efforts déployés par l’État algérien pour bâtir une transformation numérique porteuse d’une économie tournée vers le numérique et capable de suivre le rythme des mutations technologiques mondiales, l’opérateur téléphonique Ooredoo a organisé une journée de formation à destination des journalistes, intitulée « L’économie numérique : comprendre les transformations mondiales pour mieux décrypter les enjeux en Algérie ». Cette formation a été animée par l’expert économique international Dr Abdelrahmane Hadef, qui a mis en lumière plusieurs aspects clés de la transformation numérique, élément essentiel de la transition vers une économie numérique.
Par Ikram Haou
En introduction, M. Hadef a évoqué les profondes transformations que connaît l’économie mondiale, soulignant le rôle central qu’occupe désormais l’économie numérique comme pierre angulaire du renforcement de la souveraineté économique, de la compétitivité et de l’innovation. À l’appui d’exemples concrets, il a présenté un aperçu simplifié des mutations les plus significatives qui redessinent le paysage économique mondial, avant de se pencher sur le contexte national et l’importance stratégique de la transformation numérique pour l’Algérie. Il a souligné les opportunités qu’elle offre pour accélérer la diversification de l’économie nationale, renforcer l’indépendance technologique, stimuler l’innovation et créer de nouvelles sources de croissance à forte valeur ajoutée.
Cette conférence a permis aux journalistes d’explorer les tendances majeures de l’économie numérique, les nouveaux modèles de création de valeur, ainsi que les défis liés à la souveraineté numérique, aux investissements technologiques, à l’intelligence artificielle et à la 5G. Le conférencier a rappelé que l’intérêt mondial pour l’économie numérique s’est considérablement accéléré, notamment pendant la pandémie de COVID-19, et que la numérisation joue désormais un rôle plus large que les technologies autrefois cantonnées à des secteurs spécifiques. Les pays s’appuient aujourd’hui sur une économie intégrée englobant l’ensemble des secteurs — commerce, technologies financières, santé, agriculture, transports, administration — avec pour objectif, entre autres, d’instaurer une gouvernance numérique. Selon lui, les données et l’information ont désormais supplanté ce que l’on appelait autrefois l’économie de l’énergie.
Hadef a également indiqué que le principal défi économique de l’Algérie consiste à devenir, d’ici 2030, une nation émergente de l’économie numérique, objectif qui suppose notamment d’atteindre un revenu par habitant supérieur à 16 000 dollars — le PIB servant, à l’échelle mondiale, de référence pour déterminer ce revenu et progresser dans l’ensemble des secteurs. Il a détaillé la transformation numérique à l’œuvre dans le monde à travers plusieurs chiffres illustrant cette tendance : 5,56 milliards d’internautes, 5,31 milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux, 5,78 milliards d’utilisateurs de téléphones mobiles, un taux de pénétration mondial d’Internet de 67,9 % et 181 millions de tonnes de données en circulation — autant d’indicateurs d’une base d’utilisateurs considérable sur laquelle bâtir une économie prometteuse.
Sur le plan financier, il a précisé que l’ensemble du secteur de l’économie numérique générait environ 15 000 milliards de dollars par an il y a trois ans, alors qu’aujourd’hui la seule intelligence artificielle — qui n’en représente qu’une composante — dépasse ce montant. M. Hadef a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer la cybersécurité des bases de données, pilier fondamental de l’économie numérique, aux côtés d’autres piliers indispensables tels que l’intelligence artificielle, le cloud computing et l’Internet des objets. Concernant le développement de ces technologies, il a souligné que les avancées de l’intelligence artificielle reposent largement sur des ressources humaines, dont une part importante se trouve en Afrique : des travailleurs qualifiés qui développent ces programmes pour une rémunération parfois aussi faible qu’un dollar par jour, d’où l’impératif de les protéger.
Il a également mis en avant le rôle des opérateurs mobiles dans l’économie numérique, ceux-ci contribuant à hauteur d’environ 6 % au PIB mondial — un rôle économique déterminant pour faire progresser cette dynamique inéluctable. Ces opérateurs sont ainsi passés du statut de « telco » à celui de « techno », car ils contribuent désormais au développement des technologies et non plus seulement des communications, jouant un rôle majeur dans la transformation du continent africain, qui passe du statut de consommateur à celui de producteur de technologies. L’intelligence artificielle occupe désormais une place croissante dans tous les secteurs — santé, agriculture, entre autres —, tandis que la 5G est devenue un secteur économique à part entière.
En conclusion, M. Hadef a livré une projection mondiale à l’horizon 2030 : l’intelligence artificielle devrait alors atteindre une valeur de 16 000 milliards de dollars, l’informatique en nuage 17 000 milliards, l’Internet des objets 14 000 milliards et la 5G 8 000 milliards. Il a évoqué les défis auxquels l’Algérie doit faire face et la nécessité d’accélérer, de manière sûre et réfléchie, sa transformation numérique, en s’appuyant sur ses talents nationaux prometteurs et ses infrastructures stratégiques récemment mises en place, tout en impliquant les opérateurs de téléphonie mobile et les entreprises de télécommunications pour développer les technologies numériques et faire progresser l’économie nationale grâce à des solutions technologiques innovantes. Il n’a pas manqué d’associer les journalistes, acteurs clés de la diffusion de la culture de la transformation numérique à plus grande échelle, condition du développement économique souhaité. Il a enfin dressé une perspective de l’économie numérique en Algérie à l’horizon 2035, évoquant les défis à relever et le bond qualitatif attendu dans ce domaine.
I.H