90e  anniversaire de la naissance d’Assia Djebar/Une rencontre-hommage retrace le riche itinéraire littéraire  de l’écrivaine

Des enseignants-chercheurs et universitaires ont animé, mardi à Alger, une conférence consacrée au cheminement particulier et à l’abondante production littéraire d’Assia Djebar, à l’occasion des 90 ans de la naissance de cette illustre femme de lettres.

 

Par Saïd Slimani

 

Organisée par l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (Anep), cette rencontre commémorative a réuni le professeur Wahid Ben Bouaziz, de l’Université d’Alger 2, Amar Guendouzi, enseignant d’anglais et de littérature anglophone et postcoloniale à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, ainsi que Hakim Miloud, professeur à l’Université de Tlemcen et président du jury de la 8e édition du Grand prix Assia-Djebar.

Durant cette rencontre baptisée “L’écriture au service de la mémoire”, les orateurs ont reconstitué le cheminement de l’écriture et de la critique dans l’œuvre d’Assia Djebar ainsi que ses diverses phases, en partant de son tout premier roman, “La Soif”, rédigé dès l’âge de 20 ans, en pleine Guerre de libération.

Une fois l’indépendance acquise, Assia Djebar s’est consacrée à une entreprise de réécriture de la mémoire collective, visant à défaire le récit colonial forgé sur l’Algérie et son peuple, notamment à travers des textes essentiels comme “L’Amour, la fantasia”, où elle expose les exactions commises dans les massifs du Dahra pendant la période coloniale.

Selon les conférenciers, cette exigence de bâtir un autre corpus historique reposait, chez Assia Djebar, sur “la référence à la mémoire” et au souvenir, dans leur dimension “intime, individuelle et personnelle”, écartant ainsi l’histoire officielle rédigée et diffusée par le colonisateur, jugée porteuse de mensonges et de falsifications.

L’auteure a par ailleurs signé “La Femme sans sépulture”, roman consacré au combat de la martyre Zoulikha Oudaï, “capturée puis torturée avec une extrême cruauté, avant d’être précipitée d’un hélicoptère”.

Les intervenants ont également mentionné d’autres textes de l’écrivaine : “Le Blanc de l’Algérie”, “Loin de Médine”, “Les Nuits de Strasbourg” (qui interroge la coexistence entre le “Moi” et l'”autre”), “Femmes algériennes dans leurs appartements”, ainsi que “Nulle part dans la maison de mon père”, récit autobiographique où elle relate son enfance à Cherchell, son parcours personnel et le lien particulier qu’elle avait avec son père.

Les intervenants ont poursuivi en abordant les multiples domaines culturels et intellectuels investis par Assia Djebar, qui, en plus de la littérature, touchait à l’histoire, à la sociologie, à la critique littéraire, à l’anthropologie, ainsi qu’au théâtre et au cinéma.

La critique littéraire ayant jalonné le parcours fécond de cette auteure a également été rappelée par les conférenciers, tous d’accord pour la considérer comme une “figure incontournable et symbolique des Lettres algériennes”, dont l’œuvre, “reconnue pour sa polyphonie”, mérite d’être honorée “pour avoir rendu à la mémoire nationale un regard profondément algérien”.

Un débat avec le public a ensuite clôturé la conférence, offrant aux membres du jury de la 8e édition du Grand prix Assia-Djebar du roman 2026, présents dans la salle, l’occasion de prendre la parole et d’explorer une autre dimension du parcours de la romancière, en particulier son rapport au théâtre et au cinéma.

Aux côtés de son président Hakim Miloud, le jury de cette 8e édition du Grand prix rassemble : le sociologue Mustapha Madi, le spécialiste en littérature populaire Hamid Bouhabib, l’écrivaine Maïssa Bey, le président de l’Académie algérienne de la langue arabe (AALA) Cherif Meribai, l’écrivaine Meriem Guemache, la romancière Leïla Hamoutène, le poète Ahcene Mariche, le chercheur en langue amazighe Koussaïla Alik, ainsi que le poète et traducteur Idir Belali.

Créé en 2015 en hommage à la grande romancière algérienne Assia Djebar (1936-2015), ce prix distingue la meilleure œuvre romanesque produite en arabe, en amazighe et en français.

 

S.S

 

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