Les pays de l’Opep+ ont décidé hier, mercredi, de ralentir le rythme des augmentations de production, résistant aux appels du président américain Joe Biden à ouvrir davantage les vannes de pétrole pour tenter d’enrayer la flambée des cours.
Par Yacine Bouabdelli
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), emmenée par Ryad, et ses alliés conduits par Moscou, ont convenu d’une augmentation de production quasi dérisoire pour le mois de septembre: à savoir “100.000 barils par jour”, à comparer aux quelque 432.000 puis 648.000 barils supplémentaires fixés les mois précédents, a annoncé l’alliance dans un communiqué à l’issue de la réunion. Les prix ont aussitôt remonté, “de quoi décevoir le président américain”, a réagi auprès Tamas Varga, de PVM Energy. Edward Moya, d’Oanda, a ironisé sur “la plus petite hausse de l’histoire de l’Opep+, qui n’aidera pas à surmonter la crise énergétique actuelle”. “L’administration Biden ne sera pas ravie”, a-t-il estimé, pronostiquant “un revers dans les relations américano-saoudiennes”. Les 23 membres devaient décider hier d’une nouvelle stratégie, l’accord actuel arrivant à son terme: sur le papier, ils ont retrouvé les niveaux de production pré-pandémie. Dans l’espoir d’influer sur la décision, Joe Biden s’était rendu pour la première fois en tant que président des Etats-Unis en Arabie saoudite mi-juillet. Son objectif: convaincre le royaume de pomper davantage pour freiner l’envolée des prix du carburant. Par sa décision, l’Opep+ démontre qu’elle reste soudée et ménage la Russie, aux intérêts diamétralement opposés à ceux de Washington. Dans le communiqué, elle insiste sur “l’importance de maintenir le consensus essentiel à la cohésion de l’alliance”. La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron était lui aussi à la manœuvre en recevant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Au-delà des enjeux géopolitiques, la récente baisse relative des prix du pétrole, sur fond de craintes de récession, a pu pousser l’Opep+ à jouer la prudence. Depuis leurs sommets de mars dernier à des niveaux plus vus depuis la crise financière de 2008, les deux références du brut ont perdu plus de 26%. D’autant que le cartel profite de la donne actuelle. L’Arabie saoudite a enregistré une forte croissance au deuxième trimestre 2022, dopée par l’or noir. Autre élément, l’Opep+ peine en effet à respecter les quotas affichés, du fait de crises politiques à rallonge ou encore du manque d’investissements et d’entretien des infrastructures pendant la pandémie. La production russe, sous le joug des sanctions occidentales en lien avec le conflit en Ukraine, est également diminuée.
Y.B
