
Une cérémonie de commémoration du bombardement atomique par les États-Unis s’est tenue dans la ville de Nagasaki, sur le lieu même de l’explosion. Samedi dernier, à l’heure exacte de la déflagration survenue il y a 80 ans, une minute de silence a été observée, tandis que la cloche restaurée d’une église retentissait pour la première fois depuis ce drame.
Par Malika Azeb
Le bombardement d’août 1945 avait causé la mort de plus de 74 000 habitants dans cette ville portuaire du sud-ouest du Japon, s’ajoutant aux quelque 140 000 victimes recensées à Hiroshima. Les habitants de Nagasaki s’efforcent depuis lors de faire de leur cité la dernière au monde à avoir subi une attaque nucléaire.
Shiro Suzuki, maire de la ville martyre, a lancé un appel à la paix :
« Quatre-vingts ans se sont écoulés, et qui aurait imaginé que le monde en arriverait là ? Arrêtez immédiatement les conflits armés »,
a-t-il déclaré devant plus d’une centaine de représentants venus de divers pays. Il a dénoncé l’aggravation des tensions dans plusieurs régions, alimentées par « le cercle vicieux de la discorde et de la division », et rappelé que la menace d’une guerre nucléaire pèse sur l’humanité tout entière. Il a également exhorté le gouvernement japonais à montrer l’exemple en renonçant à la dissuasion nucléaire et en signant le Traité onusien d’interdiction des armes atomiques.
Les survivants des bombardements, malgré leurs blessures et les discriminations subies, poursuivent leur engagement en faveur de l’abolition du nucléaire. Mais beaucoup craignent que le monde ne prenne la direction inverse. Leur nombre a considérablement diminué : il ne reste plus qu’un quart des survivants initiaux, dont la plupart ont aujourd’hui plus de 86 ans. Certains redoutent que les souvenirs s’effacent, les plus jeunes n’ayant pas connu directement la tragédie.
Un rescapé de 94 ans a confié, après s’être recueilli devant le cénotaphe :
« Dans 10 ou 20 ans, il n’y aura plus personne pour transmettre cette triste et douloureuse expérience. C’est pourquoi je veux partager mon histoire autant que possible. »
Une organisation japonaise de survivants, lauréate du prix Nobel de la paix l’an dernier pour son action contre les armes nucléaires, a rappelé dans un communiqué l’urgence de la situation :
« Nous n’avons plus beaucoup de temps, alors que la menace nucléaire est plus grande que jamais. Notre plus grand défi est désormais d’amener, ne serait-ce qu’un peu, les États dotés de l’arme atomique à cesser de nous ignorer. »
Yokoyama, dont deux sœurs sont mortes des suites des radiations, a insisté auprès de l’Associated Press sur l’importance de préserver les archives et les témoignages des survivants. Son organisation s’emploie à numériser ces récits pour les diffuser sur YouTube et d’autres réseaux sociaux, avec le soutien d’une nouvelle génération. Selon lui, il n’y a pas lieu de désespérer :
« Des jeunes commencent à agir, je pense donc qu’il ne faut pas se laisser abattre pour l’instant. »
Vendredi dernier, Nagasaki a également accueilli un forum pour la paix, au cours duquel des survivants de plus de 90 ans ont partagé leurs histoires avec plus de 300 jeunes venus de tout le pays. L’un d’eux, Seichiro Mise, 90 ans, a remis des graines de « fleurs de paix » à la jeunesse, dans l’espoir de les voir éclore.
De son côté, le Premier ministre japonais Fumio Ishiba a réaffirmé l’engagement du Japon en faveur de la dénucléarisation mondiale, par le dialogue et la coopération entre pays dotés ou non de l’arme nucléaire. Cet engagement sera défendu lors de la conférence d’examen du Traité de non-prolifération prévue à New York, en avril et mai 2026. Toutefois, il n’a pas évoqué le Traité d’interdiction des armes nucléaires.
Tous les pays ont été invités à assister à la cérémonie. La Chine a décliné, sans préciser ses raisons. À noter que la commémoration de l’an dernier avait suscité la controverse en raison de l’absence de l’ambassadeur des États-Unis et d’autres représentants européens, après que la ville eut refusé d’inviter l’entité sioniste.
M.A
