La ville de Venise abrite, du 9 au 22 mai, la 61e Biennale d’art contemporain, qui cette année met en lumière la scène culturelle africaine.
Par Malika Azeb
La Somalie participe pour la première fois à cette manifestation, dans un pavillon situé au Palazzo Caboto, entre les Giardini et l’Arsenal, et s’étendant sur trois étages aménagés pour ressembler à un salon typique de ce pays, afin d’accueillir des artistes, dont des poètes tels que Ayan Farah, Asmaa Jamaa ou encore Warsan Shire.
Vu la place qu’occupe la poésie dans la société somalienne, Mohamed Mire, conservateur, explique que « la poésie est un moyen extrêmement important de transmettre un message, de donner forme à une idée ; c’est grâce à elle que, de génération en génération, les Somaliens ont pu transmettre leur savoir et leurs récits. La poésie est donc le pilier des structures sociales et de l’histoire somaliennes. »
« J’ai tendance à créer des œuvres calmes, méditatives et sereines. Je n’y pense pas toujours pendant que je réalise, car parfois c’est très stressant, et je m’efforce de puiser mon inspiration dans le lieu même, mais je souhaite qu’elles plongent le spectateur dans cet environnement », déclare Ayan Farah.
« Et comme bon nombre de mes œuvres explorent la manière dont la nature influence l’humain et dont l’humain interagit avec la nature, j’espère que la façon dont je les ai mises en place et les matériaux qui les composent vous plongeront dans cet environnement, même si vous n’y êtes pas », ajoute-t-elle.
Au stand réservé au Sénégal, c’est l’or qui est au cœur de l’événement : les visiteurs sont invités à s’interroger sur la valeur de ce métal précieux, qui est intimement lié à celle du pays.
L’or est ce matériau auquel l’humanité a accordé de la valeur, le transformant en quelque chose d’exclusif. Mais à quoi ressemblerait le monde si cette perception venait à changer ?
« L’art a parfois le pouvoir de renverser les perspectives, car la nature même de l’or réside dans sa valeur, et ce sont ces valeurs qui poussent les gens à se battre pour la préserver », explique Massamba Mbaye, commissaire du pavillon. « Mais pourquoi se battent-ils ? En réalité, ils se battent simplement pour des questions de perception. Peut-être que d’autres peuples, ou même dans un autre univers – qui est un univers possible – auraient des raisons de ne pas se battre pour ce métal, auraient des raisons de l’utiliser à d’autres fins. »
Quant à l’Éthiopie, elle participe pour la deuxième fois avec des œuvres d’art abstrait. L’artiste Tegene Kunbi dépeint le silence comme une condition à la fois sociale et politique, un silence qui s’exprime à travers des toiles abstraites monumentales débordant de couleurs.
« L’idée derrière cette exposition est qu’elle s’inspire de la forme du silence. Comment créer un silence ? Le silence n’est pas une absence, c’est une présence. Vous verrez ces abstractions, ces couleurs, des couleurs d’art silencieux, des formes d’art silencieux », explique l’artiste.
L’artiste sud-africaine Gabrielle Goliath a échappé de justesse à une censure totale de son œuvre, en raison d’un différend avec le ministère de la culture sud-africain, qui lui reprochait l’inclusion d’un hommage à la poétesse palestinienne Hiba Abu Nada dans son œuvre.
Mais, avec la solidarité et le soutien de ses collègues artistes ainsi que du public, Goliath a finalement pu présenter son œuvre à Venise, où elle est exposée à l’intérieur de l’église Saint-Antonin.
Quant à la participation du Bénin, elle est caractérisée par l’exposition « Everything Precious is Fragile ».
MA
