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Depuis le règne de Mansa Moussa I (1312-1337), des mosquées commencèrent à être construites à travers l’Empire malien. Une grande mosquée fut construite à Tombouctou, la «grande mosquée», également connue sous le nom de Djingareyber conçue par le célèbre architecte Abou Ishaq es-Sahéli, qui s’était laissé séduire par la visite de Mansa Moussa au Caire. La mosquée fut achevée en 1330 EC. Un palais royal fut également construit dans la ville (mais a disparu depuis), même si Tombouctou n’était pas la capitale. La ville était supervisée par un gouverneur régional nommé par Moussa qui était chargé de rendre justice auprès de la population d’environ 15 000 habitants, de percevoir les impôts sur le commerce et de régler les différends entre tribus. Par la suite, une troisième mosquée fut construite, la Sidi Yahia, en plus de celle de Sankoré (de la fin du XIIe siècle). Mansa Moussa construisit également des murs de fortification pour protéger la ville contre les raids touaregs. En raison du manque de pierre dans la région, les bâtiments étaient généralement construits en terre battue (banco) renforcée de bois qui dépasse souvent sous forme de poutres provenant des surfaces extérieures. Malgré les matériaux limités, les mosquées, en particulier, sont des structures imposantes avec d’immenses portes en bois et des minarets à niveaux. D’autres bâtiments comprenaient de grands entrepôts (fondacs) qui servaient à entreposer les marchandises avant d’être transportées ailleurs et qui comptaient jusqu’à 40 appartements pour les commerçants.
Un centre d’érudition
L’enseignement islamique fut également encouragé, Tombouctou possédant plusieurs universités où des livres étaient accumulés dans de grandes bibliothèques et où les étudiants étaient formés d’abord à mémoriser des textes et, pour les étudiants de niveau supérieur, à produire des commentaires et des œuvres créatives basés sur des textes religieux islamiques. Un intellectuel connu était le saint Sharif Sidi YahIa al-Tadilsi (décédé vers 1464 EC qui devint le protecteur de la ville). Il est peut-être important de noter que les études religieuses étaient plus larges que ce que nous pourrions imaginer aujourd’hui, avec des sujets islamiques traditionnels comme non seulement la théologie, mais aussi les traditions, le droit, la grammaire, la rhétorique, la logique, l’histoire, la géographie, l’astronomie et l’astrologie. La médecine faisait l’objet d’une grande attention, rendant la ville célèbre dans tout le monde pour ses médecins.
Malgré l’accent mis sur les études islamiques et la construction de mosquées, les anciennes croyances animistes indigènes continuaient d’être pratiquées indépendamment de l’islam, et même la forme d’islam qui était pratiquée au Mali était une variante locale de celle pratiquée ailleurs. À Tombouctou, en particulier, une classe cléricale se développa, dont beaucoup étaient d’origine soudanaise. Ces ecclésiastiques, convertis et intellectuels locaux furent souvent envoyés comme missionnaires, répandant l’Islam dans d’autres régions de l’Afrique de l’Ouest, de sorte qu’il n’était plus considéré comme une religion pratiquée par les étrangers blancs, mais bel et bien comme une religion appartenant aux Africains noirs eux-mêmes.
La combinaison des trois mosquées, de la classe cléricale et des universités de Tombouctou firent de Tombouctou la ville la plus sacrée de la région du Soudan. Il est vrai, cependant, que parce que les études religieuses et autres n’étaient pas faites dans les langues autochtones et se limitaient à une petite élite urbaine, l’impact sur l’éducation de l’ensemble de la population malienne fut limité. Pourtant, la réputation durable de la ville en tant que lieu d’enseignement est encapsulée dans le proverbe d’Afrique de l’Ouest suivant : Le sel vient du nord, l’or du midi, et l’argent du pays des Blancs, mais la parole de Dieu et les trésors de la sagesse ne se trouvent qu’à Tombouctou.
Le déclin
L’Empire malien déclina lentement à partir du XVe siècle, à mesure que les routes commerciales s’ouvraient ailleurs et que plusieurs royaumes rivaux se développaient à l’ouest, notamment le Songhaï. Les navires européens, en particulier ceux appartenant aux Portugais, naviguaient régulièrement sur la côte ouest de l’Afrique et les caravanes sahariennes se heurtaient donc à une vive concurrence en tant que moyen le plus efficace de transporter des marchandises de l’Afrique de l’Ouest vers la Méditerranée et le Moyen-Orient. En outre, vers le milieu du XVe siècle, les Portugais avaient un accès direct au champ aurifère de la forêt d’Akan, réduisant ainsi les possibilités commerciales de Tombouctou. Les Touaregs, menés par leur chef Akillu, attaquèrent et prirent le contrôle de la ville à partir de 1433 Il y a aussi eu des attaques sporadiques de la part du peuple Mossi, qui contrôla ensuite les terres au sud du fleuve Niger. Le roi Ali de l’Empire Songhai (r. 1460-1591) conquit Tombouctou.
L’Empire malien en était maintenant réduit à contrôler une petite poche occidentale de son territoire autrefois grand, et même cette petite zone serait finalement absorbée par l’Empire marocain au milieu du XVIIe siècle. Tombouctou, avec une population d’environ 100 000 habitants au milieu du XVe siècle s’en tirera mieux que l’ancien Empire malien et continua de prospérer comme centre d’érudition jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles de notre ère, lorsque la ville comptait 150 à 180 écoles coraniques. De nombreuses chroniques importantes furent produites qui couvrent l’histoire de la région (par exemple le Tarikh al-Soudan c. 1656 et le Tarikh al-Fattash c. 1650). Tombouctou fut utilisée comme capitale par les Pachas qui devinrent des princes pratiquement indépendants du Maroc dans la seconde moitié du XVIIe siècle EC. Le Pachalik de Tombouctou se terminera dans le dernier quart du XVIIIe siècle, lorsque, non pour la première fois, les Touaregs locaux saisirent l’avantage d’un vide politique et prirent le contrôle de la ville en 1787.
Aussi loin que Tombouctou
Tombouctou et l’Empire du Mali en général reçurent une attention internationale au Moyen Age grâce à des descriptions dans les œuvres des voyageurs musulmans. La région fut visitée et décrite par le célèbre explorateur de Tanger Ibn Battuta (1304 – vers 1369 EC), qui voyagea à travers l’Afrique de l’Ouest entre autres endroits dans le monde. Battuta, visitant Tombouctou vers 1352 EC, décrivit la ville en détail, notant le mélange des croyances islamiques et animistes, l’efficacité du système judiciaire, la traite des esclaves et le manque de vêtements portés par les femmes maliennes. Un autre célèbre voyageur musulman, Léon l’Africain (c. 1494 – c. 1554 EC), décrivit aussi Tombouctou à merveille, y compris la grande richesse de la ville. De telles histoires titillèrent les explorateurs européens du XVIIIe siècle, et les difficultés à trouver la ville et la longue recherche de la source du Niger ne firent que renforcer la réputation de Tombouctou comme l’un des lieux les plus mystérieux au monde. Ce n’est pas pour rien que les expressions en langue anglaise «aussi loin que Tombouctou» ou «d’ici à Tombouctou» sont apparues, elles signifient un endroit aussi lointain que l’on pourrait imaginer. En effet, un symptôme de l’éloignement et de la mystique de la ville était l’absence totale d’accord sur la façon d’épeler son nom, sans parler de sa situation géographique. Aujourd’hui encore, la cité légendaire reste un endroit difficile à atteindre, mais si l’on s’y rend, on peut encore voir des éléments de l’apogée de Tombouctou au XIVe siècle, notamment la mosquée de Sankoré avec son immense bibliothèque de manuscrits et de livres médiévaux qu’un programme des Nations Unies s’efforce de restaurer et de préserver.
B.E.C
