Vendredi dernier à l’aube, le village de Birnin Zarma, situé dans l’État de Zamfara au nord-ouest du Nigeria, a été pris pour cible par une bande criminelle armée. Dix-huit femmes et enfants ont été enlevés, un homme a été tué et son épouse blessée par balle. L’assaut s’est produit alors que les habitants se préparaient à la prière du matin.
Par Rihab Taleb
Au Nigeria, les enlèvements ne sont pas un phénomène récent : ils remontent à l’époque précoloniale, où ils servaient à réduire des populations en esclavage ou à asseoir le pouvoir tribal. Mais à partir des années 2000, le phénomène a pris une dimension industrielle, notamment dans le delta du Niger, où des groupes rebelles ciblaient les travailleurs du secteur pétrolier.
Le tournant majeur est survenu en 2014 avec l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok par Boko Haram. Ce groupe, qui se revendique islamiste et dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché », a multiplié depuis les kidnappings de masse, ciblant particulièrement les écoles et les communautés chrétiennes.
Aujourd’hui, plusieurs acteurs participent à cette spirale de violence. Boko Haram, actif dans le nord-est, mène une guerre idéologique contre l’État et vise écoles, femmes et chrétiens. Sa branche dissidente, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), partage la même stratégie mais dispose d’une organisation plus structurée et d’ambitions régionales. Dans le nord-ouest, notamment à Zamfara, des bandes criminelles dépourvues de motivation idéologique — appelées « bandits » — pratiquent des enlèvements de masse pour obtenir des rançons, imposent des taxes aux villages et exploitent les ressources locales. Dans le delta du Niger, d’anciens groupes rebelles liés aux revendications pétrolières ciblent encore travailleurs étrangers et infrastructures. Ces entités collaborent parfois entre elles : bandits et cellules djihadistes utilisent les rançons pour financer leurs opérations, constituant une mosaïque de violence difficile à combattre.
L’État de Zamfara est devenu l’un des épicentres de cette crise. En août 2025, plus de 50 personnes y ont été enlevées à Sabon Garin Damri. Le mois précédent, 33 victimes de kidnapping avaient été retrouvées mortes malgré le paiement d’une rançon. Les forces de sécurité, souvent dépassées, peinent à réagir efficacement. À Bukkuyum, par exemple, une rivière en crue avait empêché toute intervention rapide.
Les groupes armés exploitent également les mines locales, imposent des taxes illégales et utilisent les otages comme main-d’œuvre forcée. Livrée à elle-même, la population met en place des milices d’autodéfense, mais celles-ci sont mal équipées et parfois infiltrées.
La recrudescence des enlèvements repose sur des facteurs multiples : pauvreté extrême, chômage massif, prolifération des armes, corruption, impunité, mais aussi affaiblissement des structures traditionnelles, les chefs et émirs perdant progressivement leur autorité morale.
Le gouvernement nigérian a lancé plusieurs opérations militaires, renforcé la coopération régionale avec le Niger et le Cameroun et tenté de sécuriser les zones à risque. Mais les résultats restent mitigés : les agresseurs s’adaptent, se déplacent et exploitent les failles du système judiciaire.
L’enlèvement de dix-huit femmes et enfants à Birnin Zarma illustre une réalité inquiétante : il ne s’agit pas d’un simple fait divers, mais du symptôme d’une crise sécuritaire profonde, enracinée dans l’histoire du pays. Retrouver la paix exigera bien plus que des opérations militaires ponctuelles.
R.T
