
Vénéré depuis l’Antiquité pour ses vertus médicinales, l’olivier ne couvre pourtant qu’une infime partie des forêts mondiales. Face aux géants que sont les épicéas et les pins, quel est l’arbre vraiment utile ? Enquête sur un paradoxe végétal.
Par Chaimaa Sadou
Considéré dès la haute Antiquité comme un trésor médicinal et sacré, l’olivier occupe une place singulière dans notre écosystème. Entre ses vertus millénaires et sa modeste représentativité sur la surface forestière mondiale, cet article analyse le poids de cet arbre miracle face aux essences qui dominent très largement les paysages de la Terre.
L’huile d’olive n’est pas un simple ingrédient de nos cuisines. Depuis l’aube des civilisations, elle est perçue comme un véritable miracle de la nature. Ses propriétés médicinales et ses bienfaits nutritionnels étaient célébrés avec ferveur en Phénicie, en Égypte ancienne et à travers toute l’Afrique du Nord, où elle servait à la fois de remède et de source de lumière. Le Saint Coran la cite à plusieurs reprises, renforçant cette image d’arbre béni dont l’utilité dépasse largement le cadre alimentaire pour toucher à la santé physique et à la symbolique spirituelle des peuples. Pourtant, au-delà de cette aura sacrée, quelle place réelle cet arbre millénaire occupe-t-il dans le grand inventaire vert de la planète ? Une question fondamentale s’impose : quelle surface les oliveraies occupent-elles réellement dans l’immensité des forêts mondiales ? La réponse mérite que l’on s’y arrête.
Pour comprendre l’échelle de notre environnement, il faut d’abord observer les chiffres globaux avec précision. La surface totale des forêts sur Terre est estimée à environ 4 milliards d’hectares, soit 31 % des terres émergées. C’est une superficie gigantesque, équivalente à près de trois fois la taille de l’Afrique. En comparaison, la culture de l’olivier, bien que très présente culturellement dans le bassin méditerranéen et en expansion sur de nouveaux continents comme l’Australie ou l’Amérique, couvre environ 10,5 à 11 millions d’hectares. Une différence d’échelle vertigineuse.
Le constat est saisissant : l’oliveraie mondiale ne représente qu’environ 0,27 % de la surface forestière totale. Une infime présence géographique dans un océan de verdure, malgré un impact économique, social et culturel immense pour l’humanité. À l’opposé de cette discrétion spatiale, certains géants naturels dominent le paysage mondial. L’arbre qui occupe la plus grande surface au monde est l’épicéa (genre Picea), suivi du mélèze de Sibérie. Ces résineux façonnent à eux seuls des panoramas infinis. Les forêts de conifères de la taïga, qui s’étendent sur des milliers de kilomètres en Russie et au Canada, constituent la plus grande réserve de biomasse forestière de la planète.
Une question légitime surgit alors : l’arbre le plus répandu est-il forcément le plus utile ? La réponse mérite une réelle nuance. Si l’on s’en tient à la régulation du climat et à la captation massive du dioxyde de carbone, les vastes forêts boréales et tropicales sont des poumons indispensables à l’humanité. Elles absorbent chaque année des milliards de tonnes de carbone.
Cependant, l’utilité ne se mesure pas uniquement à l’hectare ou à la masse de bois produit. L’olivier, par sa capacité remarquable à stabiliser les sols arides, à résister aux sécheresses les plus sévères et à fournir des graisses saines irremplaçables pour l’alimentation humaine, possède une valeur qualitative exceptionnelle. Là où les grandes forêts de pins servent majoritairement l’industrie du bois et de la papeterie, l’olivier demeure un pilier de la biodiversité agricole, un rempart naturel contre la désertification et un habitat précieux pour de nombreuses espèces animales et végétales.
Ainsi, si l’olivier est géographiquement minoritaire, il reste un géant par la profondeur de ses bienfaits. La valeur d’une espèce végétale ne réside pas dans son hégémonie territoriale, mais dans sa capacité unique à nourrir, soigner et protéger les populations locales depuis des siècles. Préserver ces arbres, c’est aussi garantir un refuge aux oiseaux migrateurs et maintenir l’équilibre fragile d’une nature qui cache souvent ses plus grands trésors dans ses plus petites surfaces. En définitive, la vraie richesse écologique ne se compte pas toujours en hectares.
C.S
