Dans une démarche symbolique visant à renforcer la souveraineté numérique et la protection des données, le Parlement européen a choisi de remplacer Google par Qwant comme moteur de recherche par défaut sur ses ordinateurs internes.
Par Yakout Abina
À compter du 4 juin 2026, les ordinateurs internes du Parlement européen auront Qwant comme moteur de recherche par défaut sur Firefox et Edge, remplaçant ainsi Google. L’information, révélée par Politico et Euractiv, a été communiquée par mail interne aux 720 députés et membres de leurs équipes.
La décision s’inscrit au nom de « l’engagement du Parlement en faveur de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles ». Le choix de la date n’a rien de fortuit. Le même jour, la Commission européenne dévoilait son paquet législatif sur la souveraineté technologique, un ensemble de mesures visant à réduire la dépendance de l’Union européenne vis-à-vis des fournisseurs étrangers.
Lancé en 2013, Qwant se présente comme un moteur de recherche français, conçu pour se distinguer des géants américains par une promesse centrale : la protection de la vie privée. Contrairement à Google, il ne trace pas ses utilisateurs et ne collecte pas de données personnelles. Il a déjà été adopté dans plusieurs administrations françaises, notamment le ministère des Armées en 2018 ou encore l’administration publique en 2020, où il est devenu le moteur par défaut des agents.
Sur le plan économique, Qwant repose sur un modèle de publicité contextuelle : les annonces sont liées au contenu de la recherche, sans profilage des utilisateurs. C’est une différence structurelle majeure avec Google, qui fonde son efficacité publicitaire sur la collecte massive de données.
Cependant, le principal défi de Qwant reste sa faible adoption : avec seulement 0,92 % des recherches en France, il se situe derrière Ecosia (1,29 %) mais devant DuckDuckGo (0,73 %). À titre de comparaison, Google domine largement avec près de 90 % du marché européen. Un autre défi, plus sérieux, concerne sa dépendance passée à l’index de Bing. Pendant des années, Qwant s’est appuyé sur l’infrastructure de Microsoft pour générer ses résultats. Mais en août 2025, Microsoft a supprimé son API Bing Search au profit d’une offre centrée sur les agents d’IA. Selon son directeur général, Olivier Abecassis, cette décision a entraîné une chute de moitié des revenus de Qwant, freinant ainsi son ambition de devenir une alternative européenne crédible.
Pour renforcer sa position, Qwant a racheté en mai 2025 le métamoteur solidaire Lilo, puis s’est associé en juin 2025 à l’allemand Ecosia dans une coentreprise baptisée European Search Perspective. Leur but est de construire un index européen nommé Staan, une grande base de données indépendante pour répondre aux recherches, sans dépendre des infrastructures américaines.
La décision du Parlement européen reste avant tout symbolique. Les députés conservent la liberté de modifier leur moteur de recherche par défaut et de revenir à Google à tout moment. Mais, comme le souligne Euractiv, les dépendances vis-à-vis des géants américains demeurent bien plus profondes : smartphones, suites bureautiques, messageries ou encore services de cloud. En novembre 2025, un groupe de 38 eurodéputés avait d’ailleurs demandé à la présidente Roberta Metsola d’engager une sortie progressive des logiciels Microsoft, une requête autrement plus structurante que le simple choix d’un moteur de recherche.
Ce geste n’en reste pas moins significatif. Il s’inscrit dans un mouvement institutionnel plus large, porté par le paquet « souveraineté technologique » présenté hier par la Commission européenne comme pièce maîtresse.
Y.A