Les violences générées par le conflit qui dure depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza ont causé des traumatismes psychologiques, notamment chez les enfants.
Par Malika Azeb
Médecins sans frontières a alerté sur la nécessité d’une prise en charge en matière de santé
mentale, notamment chez les jeunes, soulignant que la majorité d’entre eux ont subi des
traumatismes parfois irréversibles comme la perte d’usage de la parole suite au génocide.
Pour certains, la cause est physique, avec des traumatismes crâniens, des lésions
neurologiques ou des blessures causées par les explosions, tandis que d’autres, bien que ne
présentant pas de blessures visibles, voient leur mutisme être la conséquence d’une
exposition aux différentes violences qui dépassent leur capacité à assimiler ou à parler.
La psychothérapeute Katrin Glatz Brubakk, qui a travaillé à deux reprises avec Médecins
sans frontières (MSF) dans la bande de Gaza, a décrit la situation prévalant à Gaza comme
une souffrance silencieuse, souvent masquée par l’ampleur des destructions.
« Les enfants perdent l’usage de la parole en réponse à un traumatisme extrême », a affirmé
cette psychothérapeute, en ajoutant que « ce sont des enfants qui ont été exposés à un
traumatisme extrême et qui, sans aucune cause médicale, arrêtent de parler ».
Elle a décrit des enfants qui ont perdu des proches, ont été témoins de la mort, ont été
blessés ou ont subi des violences répétées et pour qui le silence est la seule alternative pour
faire face à une situation difficilement gérable.
« À un certain moment, le monde semble totalement imprévisible et l’enfant se trouve en
danger immédiat ; ce n’est pas un choix, c’est une réaction physique », explique Mme Katrin
Glatz Brubakk.
Ajoutant que « même lorsqu’un enfant semble être renfermé, le système nerveux est
toujours en état d’alerte ».
Dans d’autres cas, ces enfants tombent dans une réaction de paralysie physique où le corps
se met en état d’arrêt face à une menace, il est en mode d’alerte, a également expliqué cette
spécialiste.
« Avec le temps, cela a des effets très graves sur le développement », avertit-elle.
Selon Mme Brubakk, l’ampleur et l’intensité des traumatismes à Gaza sont sans précédent
par rapport à tout ce qu’elle a pu observer au cours de plus de dix ans de carrière.
« Je travaille sur le terrain depuis 12 ans, et rien n’est comparable à Gaza. Absolument rien
», affirme-t-elle. « Il n’y a actuellement personne à Gaza qui ne soit touché », déplore-t-elle,
expliquant que Gaza se caractérise par une absence totale de sécurité.
« Des bombes partout, tout le monde est touché et tout le monde est en danger, il n’y a
aucune sécurité et cette situation est exacerbée par l’effondrement des soins de santé et des
services essentiels », a indiqué Mme Brubakk.
« Vous ne pouvez pas obtenir l’aide dont vous avez besoin, physiquement ou mentalement,
et vous ne pouvez pas vous échapper », dit-elle. « Il n’y a nulle part où aller. Et c’est cette
combinaison qui rend les conséquences si graves », regrette-t-elle.
Pour elle, la conséquence la plus souvent négligée ne réside pas seulement dans les
blessures visibles, mais aussi dans ce qu’elle appelle une « conséquence silencieuse à long
terme qui se développe insidieusement ».
À l’hôpital Hamad de la ville de Gaza, les médecins disent que la perte de l’usage de la
parole chez les enfants est en augmentation.
« Le processus de guérison du mutisme lié à un traumatisme est lent et fragile », a expliqué
la psychothérapeute, car les personnes présentant des troubles tels que la perte d’usage de
la parole nécessitent une prise en charge thérapeutique spécialisée et des outils de
rééducation adéquats qui manquent au niveau des structures sanitaires encore debout.
Pour sa part, le docteur Musa El Khorti, chef du service d’orthophonie de l’hôpital Hamad à
Gaza, a déclaré que « ce type de progrès repose sur des soins structurés et réguliers, de
plus en plus difficiles à mettre en place », ajoutant que les enfants atteints de troubles tels
que le mutisme sélectif ou l’aphonie hystérique ont besoin d’outils spécialisés et d’une
rééducation à long terme.
« Ces troubles nécessitent une prise en charge thérapeutique spécialisée et des outils de
rééducation ; nombre de ces outils ont été endommagés ou perdus durant la guerre »,
explique ce médecin.
Les cas varient, mais beaucoup suivent un schéma similaire : une perte soudaine de la
parole après une blessure ou après avoir été témoin de violence.
Les médecins soulignent que, sans prise en charge continue, ces troubles peuvent avoir des
répercussions à long terme sur le développement, en particulier lorsqu’ils sont liés à un
traumatisme psychologique.
M.A
