Poursuivant la réflexion sur les crimes du colonialisme français en Algérie, le Forum de la Mémoire s’est tenu hier, comme à l’accoutumée, au siège du quotidien El Moudjahid. L’association Machaâl Echahid a consacré cette journée aux centres de détention durant la Révolution, ainsi qu’à l’hommage rendu à la mémoire de Mohamed Saïd Maâzouzi, victime de l’emprisonnement colonial, détenu pendant 17 ans, de mai 1945 à mai 1962, sous la répression coloniale.
Par Ikram Haou
Dans le cadre de ce forum, l’association Machaâl Echahid et le quotidien El Moudjahid ont rendu un vibrant hommage à Mohamed Saïd Maâzouzi, incarcéré durant 17 années pendant la période coloniale, soit de mai 1945 à mai 1962.
Cette rencontre a été organisée à l’occasion du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 et du sixième anniversaire de la Journée nationale du souvenir. Elle a également été choisie pour honorer la mémoire du combattant et ancien homme d’État Mohamed Saïd Maâzouzi, en coïncidence avec le 6 mai, date de sa libération des prisons coloniales.
Le forum a débuté par la projection d’un reportage réalisé par la télévision algérienne, retraçant des rencontres antérieures avec Mohamed Saïd Maâzouzi et mettant en lumière ses déclarations dans les médias.
À la suite de cette projection, le Dr Aissa Kasmi a présenté une intervention retraçant brièvement la vie de Mohamed Saïd Maâzouzi. Il a choisi de laisser la parole à ce dernier, même après sa disparition, en citant plusieurs extraits marquants de son ouvrage « J’ai vécu le doux et l’amer ». Il a exprimé sa joie d’être présent lors de cette journée dédiée à une figure emblématique de la lutte algérienne. Il a également rappelé avoir rencontré Mohamed Saïd Maâzouzi au début de l’indépendance, ainsi qu’à plusieurs reprises en compagnie de son ami Kateb Yacine, lors de rencontres mémorables.
Un citoyen algérien humble
Selon le Dr Kasmi, Mohamed Saïd Maâzouzi incarnait la simplicité. Malgré ses responsabilités et son engagement militant, il s’adressait à tous avec humilité, y compris lorsqu’il occupait des fonctions ministérielles et assumait des responsabilités politiques au sein du FLN. Il a ajouté qu’il représentait pleinement les valeurs d’un citoyen algérien humble, dans le sens le plus profond du terme. Après 17 années d’emprisonnement par les autorités coloniales françaises, il déclara, lors de sa libération le 6 mai 1962, avoir vu se lever l’aube de la liberté.
Il rédigea également son ouvrage « J’ai vécu le bon et le mauvais », dont la lecture, selon le Dr Kasmi, est essentielle pour comprendre l’histoire de l’Algérie durant la période coloniale et la Révolution. En effet, Mohamed Saïd Maâzouzi y relate notamment la lutte et la résistance menées par les Algériens dans les prisons, aussi bien en Algérie qu’en France.
Aissa Kasmi a également remercié le diplomate Sid Ahsan Moussaoui, qui a recueilli le témoignage de Mohamed Saïd Maâzouzi dans cet ouvrage de 430 pages. Il en a résumé le contenu, en commençant par l’introduction, où l’auteur explique les raisons ayant conduit Mohamed Saïd Maâzouzi à accepter de livrer son témoignage. Il souligne que, lors de chacune de ses rencontres avec lui, que ce soit en tant que ministre ou responsable politique, il retrouvait toujours la même personnalité simple et humble, caractérisée par une force tranquille, une conviction inébranlable et un engagement sans faille.
Sur une vingtaine de pages, Mohamed Saïd Maâzouzi évoque également la manière dont, dès les années 1970 et 1980, Kateb Yacine l’avait encouragé à rédiger ses mémoires. Toutefois, il confie ne pas s’en être senti capable, s’interrogeant : « Qui suis-je pour écrire mes mémoires ? ». Il explique ensuite les raisons qui l’ont finalement conduit à accepter la proposition de Moussaoui, tout en posant une question essentielle : « Qu’ai-je fait de plus que des millions d’autres Algériens pour prendre la parole ? ».
« Je suis une goutte de ce tsunami »
Parmi les propos les plus marquants rapportés dans son livre, et cités par le Dr Aissa Kasmi, figure cette réflexion sur le rôle des prisonniers dans la poursuite de la lutte : « La révolution algérienne était comme un fleuve impétueux ; comment distinguer une goutte d’une autre dans ce tsunami ? Je suis une goutte de ce tsunami. » Il affirmait également : « Je suis un simple Algérien » et « Je ne suis pas un héros, et je ne prétends pas l’être ». Il rappelait avoir été un combattant emprisonné pendant 17 ans, ayant ensuite occupé différentes fonctions après l’indépendance, en fonction de ses compétences. À la fin de son ouvrage, il adresse un message aux générations actuelles, précisant qu’il relate l’histoire vécue par les générations précédentes par amour pour leur pays.
Par ailleurs, plusieurs témoignages ont été présentés par des personnes ayant connu Mohamed Saïd Maâzouzi, que ce soit en prison ou à l’extérieur. Parmi les plus marquants figure celui de Boualem Cherifi, qui l’a côtoyé durant sa détention, ainsi que celui d’Abdenour, qui a souligné sa capacité à apaiser les tensions. Il l’a décrit comme un véritable homme d’État, reconnu pour sa franchise et la fermeté de ses décisions, notamment après la disparition de Boumediene, période durant laquelle il a contribué à une restructuration institutionnelle complexe. Malgré cela, il demeurait reconnu pour sa sagesse.
Si Houassine, emprisonné avec lui entre 1961 et 1962, a également insisté sur son immense humilité. La moudjahida Yasmina Kasmi, qui l’a rencontré en prison après son arrestation à la suite d’un attentat, a raconté comment, même derrière les barreaux, il l’avait aidée en coordonnant ses soins avec un médecin. D’autres témoignages ont unanimement salué son engagement dans les prisons, tout en mettant en avant sa modestie et sa simplicité, qu’il conserva malgré les hautes fonctions qu’il occupa après l’indépendance.
Le forum s’est achevé par un hommage rendu à la famille de Mohamed Saïd Maâzouzi. Le Dr Aissa Kasmi a rappelé que les prisons constituaient de véritables foyers de lutte intense, dont la dureté ne peut être pleinement comprise que par ceux qui l’ont vécue, citant Mohamed Saïd Maâzouzi comme un exemple emblématique de ces héros de la liberté ayant enduré 17 années de souffrance.
En conclusion, Mohamed Saïd Maâzouzi est né le 29 juin 1924 à Dellys, dans la wilaya d’Alger. Il a étudié à l’école de Dellys sous la direction du cheikh Hamza Boukoucha, avant de poursuivre ses études secondaires à Tizi Ouzou. Il rejoint le Parti du peuple algérien en 1943 et figure parmi les prisonniers politiques algériens les plus connus de l’époque coloniale. Arrêté en 1945 pour sa participation à la préparation du soulèvement du 8 mai, il est condamné à la réclusion à perpétuité et passe 17 années dans les prisons coloniales jusqu’à l’indépendance en 1962.
Après l’indépendance, il occupe le poste de wali de Tizi Ouzou, puis plusieurs fonctions ministérielles, notamment ministre du Travail et des Affaires sociales de mars 1968 à avril 1977, puis ministre des Moudjahidine d’avril 1977 à mars 1979. Il décède le 5 avril 2016 à l’âge de 91 ans. En 2025, son nom est attribué à l’Institut national du travail en hommage à son parcours militant et à son rôle dans la construction de l’État algérien.
Il convient enfin de souligner que de nombreux responsables et moudjahidine ont assisté à ce forum, parmi lesquels le représentant des Conseils nationaux populaires, le président du Conseil consultatif de l’Union du Maghreb arabe, la représentante du ministère des Moudjahidine, Mme Saliha Djeffal, membre du Secrétariat national, ainsi que plusieurs autres personnalités et anciens combattants.
I.H
