Face à la menace récurrente des incendies de forêts et de champs, plusieurs wilayas de l’Est du pays ont lancé des caravanes de sensibilisation. Objectif : rappeler les gestes qui sauvent, responsabiliser chaque citoyen et protéger le couvert végétal. Une mobilisation placée sous le signe de la prévention collective.
Par Chaimaa Sadou
Le feu ne prévient pas. Lui, il dévore, il court, il asphyxie. En quelques minutes, des hectares de forêts centenaires ou des champs de céréales prêts à être moissonnés peuvent disparaître dans une épaisse fumée noire. À l’arrivée des fortes chaleurs, l’Est algérien retient son souffle. Cette année, les autorités locales, en partenariat avec la Protection civile, les services agricoles et la société civile, ont décidé de ne pas attendre les premiers sinistres pour agir. Mardi dernier, plusieurs caravanes de sensibilisation ont été lancées simultanément dans différentes wilayas de l’Est, avec un message clair : mieux vaut prévenir que guérir, et la prévention est l’affaire de tous. L’information, fournie par l’Agence Presse Service et recoupée auprès des responsables locaux, est fiable et vérifiée.
Des conseils adaptés à chaque terrain
Dans la wilaya de Constantine, c’est la commune de Zighoud-Youcef qui a accueilli le coup d’envoi de cette opération d’envergure. Initiée par la Conservation des forêts, en étroite coordination avec la Protection civile, la direction des services agricoles, celle des travaux publics, la Caisse régionale de mutualité agricole et les Assemblées populaires communales, cette caravane ne se contente pas de distribuer des brochures. Elle va à la rencontre des habitants, là où ils vivent, travaillent et cultivent. Ali Zegrour, chargé de communication à la Conservation des forêts de Constantine, a précisé à l’APS que la caravane parcourra l’ensemble des douze communes de la wilaya. Objectif : donner des conseils pratiques, concrets, adaptés à chaque terrain, que l’on soit agriculteur, éleveur, riverain d’une forêt ou simple promeneur.
Mais quels sont donc ces gestes maladroits qui transforment une étincelle en désastre écologique ? Les caravanes insistent sur plusieurs points. Le jet de mégot par la fenêtre d’une voiture, alors que l’herbe est sèche comme de l’amadou. La brûlure de déchets verts ou d’ordures ménagères près d’un champ ou d’un bois. L’étincelle provoquée par une meuleuse ou une tronçonneuse utilisée sans précaution à proximité d’une végétation inflammable. L’oubli d’une bouteille en verre abandonnée au soleil, qui joue le rôle de lentille ardente. Autant d’actes apparemment anodins, souvent accomplis par négligence, qui sont responsables de la majorité des départs de feu. Les caravanes rappellent également l’importance de débroussailler autour des habitations et des infrastructures agricoles, une obligation légale trop souvent ignorée.
À Skikda, l’approche est légèrement différente, mais tout aussi ferme. La direction de la Protection civile a choisi un slogan percutant : « Un été sans incidents, avec conscience continue ». Une formule qui résume bien l’état d’esprit recherché : ne pas relâcher sa vigilance, même après des jours de chaleur accablante. La capitaine Imane Merouani, chargée de communication, a souligné que cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de protection du couvert végétal et de consécration d’une culture de prévention et de responsabilité citoyenne. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’éteindre les feux, mais de faire en sorte qu’ils n’éclatent jamais. Et pour cela, chaque citoyen est un maillon essentiel de la chaîne de sécurité.
Du côté de Bordj Bou Arreridj, le dispositif est encore plus complet. Le coup d’envoi a été donné au siège de l’unité principale de la Protection civile, en présence des autorités locales. La caravane ne se limitera pas aux feux de forêts et de champs. Elle abordera également trois autres périls de l’été : les intoxications alimentaires, les piqûres de scorpions et les risques de noyade dans les plans d’eau non surveillés. Le lieutenant-colonel Rabah Ali Dahmane, chef de la cellule de communication, a rappelé que l’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de consolidation de la culture de prévention. Concrètement, la caravane visitera les trente-quatre communes de la wilaya et s’arrêtera sur les places publiques, dans les établissements scolaires, et même dans les mosquées. Car la sensibilisation doit toucher tous les publics, y compris les plus jeunes.
Les écoliers, justement, sont une cible prioritaire. Les caravanes leur consacrent des sessions spécifiques, avec un langage adapté et des supports ludiques. L’objectif est double : d’une part, leur faire comprendre les dangers du feu et l’importance de ne pas jouer avec des allumettes ou un briquet ; d’autre part, en faire des messagers de la prévention auprès de leurs parents. Un enfant attentif peut rappeler à son père de ne pas brûler les chaumes après la moisson, ou à sa mère de ne pas jeter les déchets organiques près d’un fossé. Ces graines de conscience citoyenne, semées tôt, donnent souvent les meilleurs fruits. La prévention passe aussi par une bonne alimentation des enfants. Un écolier bien nourri assimile mieux ses cours, reste attentif et devient plus réceptif aux messages de prudence. Ainsi, santé et éducation se rejoignent pour former une base solide de citoyenneté responsable.
L’opération se repétera partout
Dans la wilaya d’El Tarf, les services de la Protection civile ont élargi le partenariat aux organismes et administrations concernés ainsi qu’aux acteurs de la société civile. La cérémonie de lancement s’est déroulée sur la place de l’Indépendance, sous la présidence du secrétaire général de la wilaya, Dhiab Bousmaat. Sur place, les citoyens ont pu recevoir des conseils personnalisés non seulement sur les incendies, mais aussi sur les risques de noyade dans les plans d’eau non surveillés et les intoxications alimentaires. Le capitaine Seif-Eddine Medaci, chef de la cellule de communication, a annoncé que cette opération se poursuivrait tout au long de l’été, sur les plages, dans les mosquées, dans les établissements de formation professionnelle, et surtout dans les sites habités par les riverains des massifs forestiers, des mares et des barrages. Car ce sont ces populations-là qui sont en première ligne.
À Ouled Djellal, enfin, la caravane a été lancée en présence du wali lui-même, Abderrahmane Dehimi. Ce dernier a insisté sur un point fondamental : la prévention des incendies n’est pas seulement l’affaire des pouvoirs publics. C’est une responsabilité collective, qui exige la conjugaison des efforts de tous. La sensibilisation, a-t-il dit, est l’outil essentiel pour limiter ces incendies, protéger le couvert végétal et sauvegarder les cultures. Une déclaration qui prend tout son sens quand on sait que les incendies de champs détruisent non seulement la récolte de l’année, mais aussi la fertilité des sols pour les années à venir.
Des arbres résistants au feu
Une question revient souvent dans les discussions avec les agriculteurs et les forestiers : existe-t-il des arbres ou des plantes capables de résister au feu, voire de le repousser ? La réponse est oui, mais avec des nuances. Certaines essences possèdent ce qu’on appelle un pouvoir de résilience au feu. C’est le cas du chêne-liège, très présent dans les forêts de l’Est algérien. Son épaisse écorce le protège des flammes lors des feux de faible intensité, et il peut repousser après un incendie. Le pin d’Alep, lui aussi commun dans notre pays, a des cônes qui s’ouvrent sous l’effet de la chaleur pour libérer les graines, permettant ainsi la régénération naturelle de la forêt. Parmi les plantes, le romarin et la lavande, riches en huiles essentielles, brûlent certes facilement mais leur capacité à repousser rapidement après le passage du feu en fait des alliés pour la reconquête végétale. Lors des derniers reboisements, les services forestiers ont pris soin d’intégrer ces espèces locales adaptées, tout en diversifiant les plantations pour éviter les monocultures trop vulnérables. Mais attention : aucune plante n’est « pare-feu » à elle seule. La véritable barrière, ce sont les ceintures vertes d’essences peu inflammables plantées stratégiquement, et surtout le débroussaillement régulier.
Les caravanes de sensibilisation qui sillonnent ces jours-ci l’Est du pays ne promettent pas de miracles. Elles ne peuvent pas être partout à la fois. Mais elles apportent ce qui manque souvent : l’information juste, au bon endroit, au bon moment. Un agriculteur qui sait qu’un simple dépôt de verre peut embraser son champ ne le laissera plus traîner. Un enfant qui a vu les images de la faune brûlée ne jettera plus son mégot par terre. Un riverain informé des horaires des patrouilles de la Protection civile saura à qui signaler un départ de feu avant qu’il ne devienne incontrôlable.
En cette saison où les risques d’incendie culminent, les caravanes de l’Est algérien incarnent une réponse sobre mais essentielle : aller vers les populations, leur donner les clés pour éviter le drame. Chaque citoyen averti devient un rempart. C’est ainsi, par l’éducation, le dialogue et la responsabilité partagée, que l’on construit un été plus sûr. Les caravanes de prévention dépassent la simple communication. Elles reposent sur l’engagement du citoyen, sa responsabilité et sa vigilance. Protéger les forêts et les champs, c’est aussi préserver l’air, l’eau et les récoltes. Car si le feu naît souvent d’un geste négligent, la prévention, elle, commence toujours par une conscience éveillée.
C.S
