Automobiles d’occasion/L’Afrique paradis des vieux tacots

Chaque année, des centaines de milliers de voitures d’occasion quittent l’Europe pour rejoindre l’Afrique de l’Ouest. Le port de Cotonou au Bénin est devenu l’un des plus grands points d’entrée de ce commerce. Sur d’immenses parkings, on peut voir des dizaines de milliers de véhicules alignés, venus de Suisse, de Belgique, d’Allemagne ou encore de France.

Par Rihab Taleb

Ces voitures sont jugées trop vieilles ou non conformes aux normes européennes, mais en Afrique elles trouvent une seconde vie, car elles restent robustes et faciles à réparer.Officiellement, une grande partie de ces voitures est déclarée en transit vers Niamey, la capitale du Niger. Pourtant, cette destination est largement fictive. Le Niger importe très peu de véhicules chaque année et ses frontières avec le Bénin sont souvent fermées. En réalité, la mention Transit Niamey est une astuce administrative. Elle permet aux importateurs de payer des frais de transit réduits, environ 500 francs, au lieu de droits de douane beaucoup plus élevés s’ils immatriculaient directement la voiture au Bénin. Une fois cette formalité accomplie, les véhicules prennent la route vers le Nigeria, le véritable marché.

Le Nigeria est le plus grand acheteur de voitures d’occasion en Afrique. Avec plus de 200 millions d’habitants, la demande y est énorme. Pourtant la loi nigériane interdit l’importation par voie terrestre et refuse les véhicules de plus de douze ans. En pratique, ces règles sont largement contournées. Les voitures passent par des postes de contrôle secondaires, moyennant quelques pots-de-vin. Une fois la frontière franchie, elles sont officialisées pour une somme modeste, ce qui alimente un commerce parallèle florissant.

Les voitures suisses sont particulièrement prisées. Elles sont réputées pour leur bon entretien et leur état plus propre que celles venant d’autres pays. Les statistiques montrent que plus de 13 000 voitures suisses ont été officiellement exportées vers le Niger ces dernières années, alors que vers le Nigeria, le chiffre officiel est bien plus bas. Cela montre la fonction de Niamey comme destination fantôme, utilisée pour masquer le véritable flux vers le Nigeria.

Ce système repose sur une économie parallèle où les frontières poreuses, les contrôles laxistes et la corruption facilitent le passage. Les vendeurs et importateurs y trouvent leur compte, car ils économisent des sommes importantes en évitant les taxes officielles. Les acheteurs nigérians, eux, profitent de véhicules robustes à des prix abordables, même si ces voitures sont souvent bien plus âgées que ce que la loi autorise.

Les mentions Transit Niamey ne sont qu’un camouflage bureaucratique, la réalité est que la majorité de ces véhicules finissent au Nigeria, où ils alimentent un marché parallèle vital pour de nombreux habitants, mais qui échappe largement aux règles officielles. Ce commerce  montre à la fois l’ingéniosité des acteurs locaux et les failles des systèmes de contrôle, tout en posant des questions sur l’impact environnemental et sécuritaire de ces vieilles voitures qui continuent de rouler bien au-delà de leur durée de vie prévue.

Sur le plan économique, ce commerce de voitures d’occasion est une véritable économie parallèle qui fait vivre des milliers de personnes. Les vendeurs européens écoulent des véhicules invendables chez eux, les importateurs béninois profitent de marges confortables grâce aux frais de transit réduits, et les acheteurs nigérians obtiennent des voitures solides à des prix abordables. Autour de ce flux, tout un écosystème s’est développé, mécaniciens, garagistes, transporteurs, revendeurs et même fonctionnaires corrompus trouvent leur part dans ce marché.

                                     R.T

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Journée mondiale de lutte contre la tuberculose/ fléau est toujours là

jeu Mar 26 , 2026
D’après l’UNESCO, la tuberculose est une maladie qui touche principalement les adultes en pleine force de l’âge. Toutefois, toutes les catégories d’âge sont exposées à ce risque. Plus de 80 % des cas et des décès sont enregistrés dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Par Ikram Haou Sous […]

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com