Sécheresse et stress hydrique // Un thème littéraire récurrent

Le Théâtre régional Mohamed Tahar Fergani de Constantine a accueilli la générale de la pièce « El Ghaïth », produite par le Théâtre régional Mahmoud Triki de Guelma. À travers le récit d’un village frappé par plusieurs années de sécheresse, cette œuvre met en lumière la souffrance humaine, la solidarité et l’espoir. Cette création s’inscrit dans une longue tradition artistique, tant en Algérie qu’à l’étranger, où la sécheresse tient un rôle central.

 

Par Chaimaa Sadou

Le public constantinois a découvert, samedi après-midi, la générale de la pièce théâtrale « El Ghaïth », une nouvelle production du Théâtre régional Mahmoud Triki de Guelma. Présentée sur les planches du Théâtre régional Mohamed Tahar Fergani de Constantine, cette œuvre dramatique a suscité l’intérêt des spectateurs par son approche humaine et sociale d’un phénomène qui continue de marquer de nombreuses sociétés : la sécheresse.

Durant une heure et cinq minutes, la pièce transporte le public dans un village confronté à sept longues années sans pluie. Les habitants, épuisés par le manque d’eau et les difficultés du quotidien, cherchent des solutions pour sauver leurs terres et préserver leur dignité. Entre inquiétude, espoir et solidarité, les personnages tentent de résister à cette épreuve qui menace leur existence même.

Le texte est signé DjallelKhechab, tandis que la mise en scène a été confiée à l’artiste Karim Boudchiche. Ce dernier a expliqué, à l’issue de la représentation, que cette création vise avant tout à provoquer une interaction sincère avec le public autour des questions humaines soulevées par la pièce. Il a également exprimé sa satisfaction de présenter ce travail devant les amateurs du quatrième art à Constantine, ville connue pour son attachement à la culture et au théâtre.

Karim Boudchiche a précisé que « El Ghaïth » représente sa deuxième collaboration avec le Théâtre régional de Guelma après la pièce « Caledonia ». Selon lui, cette expérience est le fruit d’un atelier artistique organisé durant plus d’un mois avec de jeunes comédiens professionnels. Cet espace de formation a permis d’améliorer le jeu scénique, l’expression corporelle et la maîtrise des émotions afin d’offrir un spectacle à la hauteur des attentes du public.

La scénographie signée BoukhariHabbal, la chorégraphie de Toufik Kara et la musique composée par Abdelkrim Khemri donnent à la pièce une atmosphère sobre et intense. Les éclairages, les mouvements des acteurs et les compositions sonores accompagnent avec cohérence la profondeur du texte et la souffrance des personnages.

Au-delà de sa dimension artistique, « El Ghaïth » aborde une réalité toujours actuelle. La sécheresse demeure un défi majeur dans plusieurs régions du monde, notamment dans les zones agricoles. Le manque d’eau entraîne souvent des conséquences économiques, sociales et sanitaires lourdes. Car sans eau, pas de récoltes ; sans récoltes, pas d’alimentation. Or, dans ces régions frappées par la disette, ce sont souvent les enfants qui paient le plus lourd tribut. Une nourriture équilibrée devient alors vitale pour qu’un écolier puisse grandir, apprendre et assimiler ses leçons.

Le thème de la sécheresse a inspiré de nombreuses œuvres culturelles à travers le monde. En Algérie, le film « Chronique des années de braise » du réalisateur Mohammed Lakhdar-Hamina demeure l’exemple le plus célèbre. Cette fresque historique, qui évoque notamment les années de sécheresse et de misère dans l’Algérie colonisée, a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes en 1975, une première historique pour le cinéma africain et arabe.Un chef-d’œuvre universellement salué par la critique.

La littérature mondiale s’est également intéressée à cette question. L’écrivain américain John Steinbeck a décrit les effets dévastateurs de la sécheresse et de la pauvreté dans son célèbre roman « Les Raisins de la colère ». De son côté, l’écrivain algérien Abdelhamid Benhedouga a souvent évoqué dans ses œuvres les difficultés du monde rural et les souffrances liées aux conditions climatiques et sociales.

Avec « El Ghaïth », le théâtre algérien prouve une nouvelle fois qu’il peut traiter de sujets graves avec justesse et sensibilité. Cette pièce rappelle que l’art ne sert pas uniquement à divertir, mais aussi à sensibiliser le public aux défis humains et sociaux qui traversent les générations.

La représentation de Constantine a ainsi permis de mettre en valeur le travail de jeunes artistes algériens tout en ouvrant un débat sur la résilience des populations face aux catastrophes naturelles. Une œuvre qui témoigne de la vitalité du théâtre national et de son rôle dans la transmission des valeurs de solidarité, de patience et d’espoir.

Sur les planches de Constantine, là où la pluie manque depuis toujours dans les cœurs et les mémoires, « El Ghaïth » ne fait pas tomber l’eau du ciel. Mais elle rappelle une vérité simple : les humains, lorsqu’ils résistent ensemble, finissent toujours par trouver le salut dans leurs … intarissables ressources.

C.S

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