Mémoire musicale amazighe/Colloque national sur la chanson patriotique

À Béjaïa, chercheurs et artistes se sont réunis le temps d’un colloque national consacré à la chanson patriotique d’expression amazighe. Cette rencontre a mis en lumière le rôle du chant dans la mobilisation populaire durant la guerre de Libération, mais aussi son importance actuelle comme vecteur de mémoire et de cohésion culturelle. L’événement a également ouvert le débat sur la place de la culture dans l’éducation et sur la nécessité d’un environnement favorable pour les jeunes générations.

 

Par Chaïmaa Sadou

 

Le campus d’Aboudaou, à l’université de Béjaïa, a vibré au rythme des voix et des textes qui ont marqué l’histoire de l’Algérie. Organisé par le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA), le colloque a réuni universitaires, chercheurs et artistes autour d’un thème central : culture, révolution, chant et rencontre. L’objectif était de revisiter un patrimoine immatériel qui a contribué à forger la conscience nationale et à soutenir la lutte pour l’indépendance.

 

Le co-président du colloque, le Dr Kamel Medjoub, a rappelé que la poésie chantée amazighe a joué un rôle majeur bien avant le déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954. En associant le texte poétique à la musique, ces chants touchaient directement la sensibilité populaire et s’ancraient dans la mémoire collective. Leur rythme facilitait la transmission des mots d’ordre et des messages de mobilisation, bien plus accessibles que les tracts ou les discours politiques, souvent perçus comme éloignés par les populations rurales.

 

Les racines de ce chant remontent aux années 1940, période charnière où l’idée d’indépendance commençait à germer dans les esprits. Parmi les œuvres emblématiques, le public a évoqué « A Yemma Aâzizen urttru » de Farid Ali, cri de résistance, ou encore le texte de Hocine Aït Ahmed, « Tura qrib ad nennay », annonçant l’imminence du combat. Ces créations ont nourri l’idée de liberté et renforcé la détermination des militants. Le colloque a également mis en lumière des figures comme Taleb Rabah, dont les œuvres ont servi à la fois de soutien moral aux familles éprouvées par la guerre et de ciment identitaire pour une société en quête de repères.

 

Les voix féminines ont occupé une place particulière dans les débats. Elles ont constitué une archive vivante, relatant les batailles, les sacrifices et les exactions coloniales, tout en immortalisant les héros de la Révolution, tels que le colonel Amirouche Aït Hamouda. Ces chants féminins, transmis de génération en génération, rappellent que la mémoire de la lutte ne se limite pas aux récits écrits, mais se perpétue aussi par la musique et la poésie, dans une tradition orale d’une grande richesse.

 

Le colloque, organisé en hommage au chanteur de la Révolution Allaoua Zerrouki, s’est inscrit dans le cadre de la célébration du 64e anniversaire de l’indépendance. Les participants ont insisté sur la nécessité d’élaborer une cartographie nationale de la poésie de la résistance et de créer une plateforme numérique pour archiver ce patrimoine menacé par l’oubli. L’institutionnalisation biennale de ce rendez-vous est également envisagée afin de garantir la transmission de ce legs aux générations futures.

 

Au-delà de l’histoire, les discussions ont ouvert une réflexion sur l’actualité. La chanson patriotique amazighe n’est pas seulement un souvenir du passé ; elle demeure un outil de cohésion sociale et culturelle dans une Algérie en mutation. Elle rappelle l’importance de préserver les racines et de valoriser les langues et cultures locales, piliers de la souveraineté nationale.

 

Les intervenants ont aussi souligné le lien entre culture et éducation. Pour que les jeunes générations s’approprient ce patrimoine et en mesurent la portée, il est indispensable qu’elles grandissent dans des conditions favorables à l’apprentissage. De nombreuses études montrent qu’une alimentation saine et équilibrée à l’école améliore la concentration, la mémorisation et les performances scolaires. En Algérie, cette question reste d’actualité, car une bonne nutrition est un facteur essentiel pour former des citoyens conscients de leur histoire et engagés dans la construction de l’avenir.

 

En s’inspirant d’expériences menées dans d’autres pays, les participants ont rappelé que des programmes de soutien alimentaire existent déjà dans plusieurs États où l’école est considérée comme un lieu de transmission culturelle autant que de formation intellectuelle. Associer culture et santé des enfants est un investissement durable. Cela permet à la mémoire collective, portée par des chants comme ceux de Farid Ali ou Taleb Rabah, de continuer à vivre dans les esprits et à nourrir la fierté nationale.

 

Ainsi, le colloque de Béjaïa n’a pas seulement célébré un héritage artistique ; il a posé les bases d’une réflexion sur la place de la culture dans la société. La chanson patriotique amazighe, témoin privilégié de la Révolution, apparaît aussi comme un outil pour penser l’avenir, en reliant mémoire, identité et éducation. Préserver ces chants et assurer aux jeunes un cadre éducatif sain, c’est garantir la continuité d’une identité vivante, fière et résolument tournée vers l’avenir.

C.S

 

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