Parcours d’un homme de savoir et de résilience/Le professeur Saïd Bouizri, entre engagement académique et transmission des valeurs

Dans un nouvel épisode de l’émission « Terre des scientifiques », programme mensuel de la Radio algérienne réalisé en collaboration avec l’institution algérienne Médaille du scientifique algérien, qui met chaque fois en lumière l’un des plus éminents intellectuels du pays ayant accompli, ou accomplissant encore, des prouesses aux niveaux national et international, dont l’influence demeure perceptible aujourd’hui, l’invité de cette édition était le professeur Saïd Bouizri, membre du Conseil supérieur islamique et l’une des figures scientifiques algériennes les plus importantes, aussi bien sur le terrain que dans les médias, puisqu’il conjugue l’enseignement universitaire avec des activités de sensibilisation religieuse et morale.

Par Ikram Haou

Dr Saïd Bouizri est revenu sur son enfance, évoquant la douleur d’avoir été orphelin après le martyre de son père durant la guerre de libération, une épreuve qui a constitué pour lui une première source de motivation.

Il a affirmé que les personnes qui réussissent naissent et grandissent souvent dans l’adversité, et que la souffrance peut devenir un moteur de réussite, à condition qu’elle ne les brise pas. C’est dans cet esprit qu’il a décidé de réussir et de réaliser son rêve. Après l’école primaire, il a étudié au collège Mouloud Amrouche, à M’chedal, une région de la wilaya de Bouira qui, selon lui, a formé douze scientifiques dans divers domaines du savoir, connus sous le nom de M’chedaliens. Il a ensuite poursuivi ses études au lycée Abdel Rahmane Mira de Bouira, avant d’intégrer le Centre universitaire Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, où il est sorti major de sa promotion. Par la suite, il a obtenu une bourse pour étudier à l’Université du Caire, en Égypte, où il a décroché un master à l’Université Aïn Shams. Il est ensuite retourné en Algérie, où il a obtenu son doctorat.

Concernant ses premières inclinations pour son domaine d’études et ses engagements, il a souligné le rôle primordial des enseignants et des professeurs, non seulement dans l’éducation, mais aussi dans le développement de l’élève ou de l’étudiant. Il a expliqué que, dès le début, ses professeurs insistaient sur le fait que le choix d’une spécialisation devait être libre et conforme aux aspirations et aux intérêts de chaque étudiant.

Par ailleurs, parmi les conseils qu’il a reçus, figurait celui de se spécialiser dans plusieurs domaines et de ne pas se limiter à un seul. Il a ainsi relaté une anecdote de ses années d’études durant lesquelles les professeurs ne leur avaient donné aucune précision sur le contenu ni sur la date des examens ; par précaution, ils avaient donc tout lu et tout mémorisé.

Il a ainsi réaffirmé la nécessité d’apprendre et d’acquérir un maximum de connaissances afin d’être prêt à affronter toutes les situations. L’esprit humain, a-t-il souligné, est un miracle qui ne demande qu’à être utilisé à bon escient, et qu’il ne faut surtout pas détruire par des moyens nuisibles.

Motivé par ses professeurs, il nourrissait un profond désir d’étudier la charia, mais cela n’était pas possible, cette spécialisation n’existant pas à l’époque à l’université Mouloud Mammeri. Il a donc suivi les conseils de son professeur et s’est orienté vers le droit, discipline la plus proche de la charia. Il a également évoqué ces enseignants qui, sans diplômes supérieurs, avaient appris à l’école de la vie. Leurs conseils, a-t-il dit, les ont accompagnés bien au-delà du cadre scolaire. Ce n’est que plus tard qu’ils ont pleinement compris la valeur de l’enseignement dispensé : un enseignement constructif, apaisant et bienveillant, a-t-il souligné.

Il a ensuite abordé certaines difficultés rencontrées lors de ses études universitaires après l’obtention de sa bourse. L’un des premiers défis fut l’avion lui-même : c’était son premier vol, et il a ressenti une peur intense durant quatre heures et demie, un temps qui lui a paru interminable. À leur arrivée en Égypte, d’autres obstacles sont apparus : ils devaient obtenir des certificats d’équivalence pour poursuivre leurs études et réussir tous leurs examens, sous peine d’échec. Il ne suffisait pas de réussir, mais il fallait obtenir au minimum 70 % dans chaque matière. De plus, seuls les noms des admis étaient publiés. Dans ce contexte, la persévérance s’est révélée essentielle pour la réussite des étudiants algériens. Il a su surmonter ces difficultés et obtenir un magistère en droit islamique.

De retour en Algérie, il s’est consacré à l’éducation, à l’accompagnement et à l’enseignement religieux, après avoir soutenu sa thèse de doctorat à la faculté de droit. Il a résumé ses objectifs en trois axes principaux. Le premier est la prédication de l’islam, qui constitue son objectif fondamental. Il a expliqué que les institutions algériennes ouvrent leurs portes aux personnes de savoir afin de diffuser les connaissances, contrairement à d’autres pays. Le deuxième axe est l’éducation : comme il l’a indiqué, les écoles ne sont plus l’unique source d’apprentissage. Les mosquées, au-delà de leur fonction de lieu de prière, sont également des espaces d’éducation et d’instruction, où les personnes instruites peuvent s’investir bénévolement pour transmettre leur savoir au profit de la communauté.

Le troisième axe est la réforme, qu’il considère comme une valeur religieuse, sociale et juridique. Il a également évoqué son nouveau projet, « Le Projet de Renaissance des Sciences », expliquant que sa principale motivation réside dans le déclin généralisé de l’usage des livres imprimés, aggravé par le mauvais usage des technologies numériques modernes. Il a estimé que la recherche scientifique traverse une période difficile, d’où l’objectif de ce projet : sensibiliser et orienter les étudiants ainsi que le grand public.

Il a conclu la rencontre par des conseils et des orientations adressés aux étudiants des clubs « Jousour » et « Fodil El Ouartilani », insistant sur l’importance de tirer profit de chaque instant dans la quête du savoir et d’apprendre tout ce qui nous manque encore et pourrait nous être utile. Il a ajouté que l’un des principes fondamentaux de la connaissance est de reconnaître qu’elle provient de Dieu et, par conséquent, de Lui en être reconnaissant.

I.H

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