Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) s’est réuni mardi, sous la présidence du Nigeria, pour une session consacrée à l’examen approfondi de la situation humanitaire sur le continent. Cette rencontre, placée sous le thème des réfugiés, des déplacés internes et de l’aide humanitaire en Afrique, a été présentée comme une étape indispensable dans la consolidation du système continental de paix et de sécurité, en raison des défis humanitaires immenses qui menacent la stabilité et le développement des États africains.
Par Rihab Taleb
Durant les travaux, les membres du Conseil ont souligné l’urgence de renforcer la coordination et l’action collective face aux flux croissants de populations déplacées. Ces mouvements, provoqués par une combinaison de facteurs — conflits armés persistants, attaques terroristes, crises économiques récurrentes et effets dévastateurs du changement climatique — constituent aujourd’hui l’un des principaux foyers d’instabilité sur le continent.
Le CPS a insisté sur la nécessité de garantir une protection globale et effective aux civils, ainsi qu’aux travailleurs humanitaires, souvent exposés à des risques majeurs dans l’exercice de leurs missions. Il a également rappelé l’importance de faciliter un accès sûr, rapide et sans entrave de l’aide de secours vers les zones sinistrées, afin de répondre aux besoins urgents des populations vulnérables.
Le Conseil a salué les efforts continus déployés à l’échelle continentale pour rendre opérationnelle l’Agence humanitaire africaine (AHA), considérée comme un instrument stratégique pour coordonner et renforcer la réponse africaine aux crises humanitaires. Les membres ont mis en avant l’élan de solidarité historique des pays d’accueil qui, malgré des contraintes économiques et sécuritaires croissantes, continuent d’ouvrir leurs frontières et de partager leurs ressources avec les réfugiés.
Le CPS a rappelé que ces gestes de solidarité doivent être accompagnés d’un respect rigoureux des instruments juridiques fondamentaux de l’UA et des conventions internationales pertinentes, afin de garantir une protection durable et conforme aux normes établies.
Au cours de la réunion, l’Algérie, représentée par son ambassadeur et représentant permanent auprès de l’UA, M. Mohamed Khaled, a réaffirmé son engagement ferme en faveur de solutions durables face à l’exacerbation des crises humanitaires. L’Algérie a exprimé une profonde préoccupation devant les chiffres alarmants contenus dans le rapport 2025 de la Commission de l’UA, lequel fait état de près de 45 millions de personnes déplacées de force sur le continent.
Ce chiffre englobe entre 10 et 12 millions de réfugiés et de demandeurs d’asile, ainsi que 32 à 35 millions de déplacés internes, montrant l’ampleur sans précédent des défis humanitaires auxquels l’Afrique est confrontée.
L’Algérie a également réitéré son appel à dissocier totalement l’action humanitaire des considérations politiques et des marchandages, soulignant que toute instrumentalisation de l’aide met en péril la neutralité et l’efficacité des interventions. Cette position est d’autant plus urgente que le financement international destiné à l’action humanitaire en Afrique reste largement insuffisant, ne couvrant que 45 % des besoins identifiés.
L’Algérie a donc mis en avant ses propres efforts humanitaires constants, rappelant son engagement de solidarité qui remonte à plus d’un demi-siècle. Elle a notamment évoqué l’accueil et le soutien apportés aux réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf, où des mesures concrètes ont été mises en œuvre dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services publics, afin de garantir des conditions de vie dignes à ces populations.
Dans son intervention, l’Algérie a également insisté sur le fait que la seule solution véritablement durable réside dans le traitement des causes profondes des crises humanitaires. Elle a affirmé que le droit inaliénable des réfugiés au retour volontaire dans leurs pays d’origine, dans des conditions de sécurité et de dignité, doit être garanti et respecté.
Cette approche constitue la clé pour mettre fin aux déplacements forcés et rétablir la stabilité à long terme.
À l’issue des travaux, le CPS a lancé un appel solennel en faveur de la mise en place de solutions durables pour soutenir l’action humanitaire en Afrique. Le Conseil a insisté sur le principe du partage équitable des charges et des responsabilités entre les États membres, tout en soulignant l’importance de s’attaquer aux causes structurelles des déplacements forcés. Il a mis en avant la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention des conflits, de médiation et de consolidation de la paix afin de réduire les facteurs générateurs de crises.
Le CPS a également convenu de poursuivre la présentation de rapports périodiques permettant de suivre l’évolution de la situation humanitaire et les tendances des déplacements, et d’orienter les politiques futures.
Les États membres ont proposé un ensemble de recommandations et d’approches stratégiques qui seront intégrées dans le communiqué officiel du CPS destiné à orienter les futures politiques humanitaires du continent.
R.T
