C’est désormais officiel : la Tesla Model S n’est plus. Le fabricant américain a stoppé la prise de commandes de sa grande berline électrique. Il est utile de revenir sur le parcours de ce modèle devenu aujourd’hui un précieux souvenir.
Par Salim Nait Ouguelmim
Qui se rappelle encore de la première fois où il a aperçu une Tesla Model S ? Si je ne la possède sans doute plus, je me souviens nettement d’avoir photographié un exemplaire blanc de cette imposante berline électrique il y a de nombreuses années, arborant fièrement ses lignes dans le sud de la France.
S’émerveiller devant une berline ? Oui, mais pas n’importe laquelle. Son style semblait à la fois visionnaire — sans excès — et, surtout, elle roulait entièrement à l’électricité. À une époque où les voitures électriques évoquaient surtout des modèles comme la Nissan Leaf, la Renault Zoé ou la Mitsubishi i‑MiEV (Peugeot iOn/Citroën C‑Zéro), croiser une Model S avait de quoi surprendre.
Pourtant, la Model S a tiré sa révérence. Après un restylage discret partagé avec le Model X, Tesla a annoncé lors de sa conférence sur les résultats en janvier 2026 que ces deux haut de gamme cesseraient d’être commercialisés. Le couperet est tombé le 1er avril 2026, quand Elon Musk a confirmé l’arrêt des commandes via une publication sur X. Numerama en profite pour revenir sur la carrière de la Model S, icône de l’automobile moderne qui a fait passer Tesla du statut de niche à celui d’acteur majeur.
Le saviez‑vous ? La Model S devait initialement être signée par Henrik Fisker. Mais après des maquettes jugées « horribles » par les équipes et des échanges tendus avec Elon Musk, le projet baptisé « WhiteStar » sera finalement dessiné en 2008 par Franz von Holzhausen (toujours en poste), et ce en seulement trois mois.
La berline a tant fait parler d’elle parce qu’elle a repoussé les limites du possible en automobile. Pour compenser le poids considérable du pack batteries et offrir des performances dynamiques, Musk imposa une structure quasi intégralement en aluminium, une pratique rare alors. Après des mois de développement intensif dans l’ancienne usine SpaceX de Hawthorne en Californie, Tesla dévoila un premier prototype de la Model S au public le 26 mars 2009.
Lors de la présentation, le Guardian rapporta les mots de Musk : « Nous espérons que ce modèle montrera à l’industrie qu’il est possible de produire une voiture électrique très désirable à un coût intéressant. » La marque tablait sur une production de 20 000 unités par an, avec la berline proposée en trois capacités de batterie permettant respectivement 257 km, 370 km ou 483 km d’autonomie.
Le développement se poursuivit encore quelques années, jusqu’au 22 juin 2012, date à laquelle la toute première Model S de série quitta l’usine de Fremont.
Tesla Model S (2012‑2016) : l’ouverture d’une ère nouvelle
L’apparition de la Model S provoqua un véritable séisme dans l’industrie automobile et la presse salua unanimement son succès. Le design, parfois comparé à des modèles de Maserati ou Jaguar, fit forte impression. « Si on évoque ces marques prestigieuses, ça me rend très heureux », expliquait Franz von Holzhausen. La berline étonna aussi par son aérodynamisme, affichant le coefficient de traînée le plus bas du secteur (0,24).
On loua également l’habitabilité : la Model S pouvait accueillir jusqu’à sept personnes ! En effet, jusqu’en 2018, deux petites places arrière face à la route, situées dans le coffre, étaient disponibles en option. De plus, c’est bien cette berline américaine qui popularisa le coffre avant « frunk » chez les électriques, ainsi que les poignées de porte affleurantes dans la carrosserie.
Durant cette période, la Model S n’avait pas d’équivalent. Elle fixa les nouveaux standards du luxe technologique et de la sécurité, en obtenant des notes parfaites aux tests Euro NCAP à chaque version.
L’enthousiasme autour de la berline tenait aussi à un tour de force ergonomique et technologique : fini le foisonnement de boutons physiques, tout ou presque était contrôlé depuis un écran géant (17 pouces).
SNO
