De récentes études menées par des chercheurs tirent la sonnette d’alarme sur les effets préoccupants de la contamination des sols agricoles par les métaux lourds, tant pour l’environnement que pour la santé humaine.
Par Ikram Haou
Une étude publiée jeudi dernier dans la prestigieuse revue Science révèle que la pollution des terres agricoles par les métaux lourds est un phénomène mondial alarmant : entre 14 % et 17 % des terres cultivables seraient déjà contaminées. Cette pollution affecterait directement la santé d’environ 1,4 milliard de personnes vivant dans les zones les plus touchées.
Les résultats de cette étude proviennent d’une vaste méta-analyse portant sur plus de 796 000 échantillons de sol collectés lors d’études antérieures. Grâce à des algorithmes sophistiqués, les chercheurs ont pu écarter les terres contaminées par d’autres types de polluants afin d’obtenir des résultats plus fiables. L’étude a ainsi ciblé les zones les plus vulnérables à ce type précis de pollution.
L’équipe de recherche, dirigée par le professeur Deyi Hou, spécialiste en sciences environnementales à l’Université Tsinghua en Chine, s’est concentrée sur les zones présentant au moins un des sept métaux lourds analysés. Il en ressort que deux éléments chimiques, l’arsenic (numéro atomique 33) et le cadmium (numéro atomique 48), représentent une menace particulièrement grave pour l’agriculture et la santé humaine.
Les chercheurs n’ont pas pour autant minimisé la toxicité d’autres métaux lourds. Cependant, ils ont souligné que la dangerosité varie selon les doses, les régions concernées et les effets différenciés sur les humains, la faune et la flore.
Il est important de rappeler que les métaux lourds pénètrent dans les sols et les eaux à la fois par des sources naturelles et anthropiques, c’est-à-dire liées aux activités humaines telles que l’industrie, l’agriculture intensive ou l’exploitation minière.
Pour le chimiste Wakene Negassa, spécialiste de l’analyse des sols au James Hutton Institute, bien que cette étude représente une avancée importante, elle reste insuffisante pour proposer des solutions concrètes. Selon lui, il manque encore des données cruciales, notamment sur de nombreuses régions du monde comme l’Afrique, ce qui limite la portée globale de ces résultats. Il estime cependant que cette étude constitue un signal d’alarme essentiel pour les décideurs politiques et les agriculteurs, mais aussi pour les citoyens, afin qu’ils prennent conscience de ce qu’ils consomment.
En guise d’exemple tragique, il rappelle qu’en 2023 au Nigéria, une intoxication massive liée aux métaux lourds a touché 196 personnes
.Face à ce constat, de nombreux scientifiques et professionnels de santé multiplient les prises de parole dans les médias et sur les réseaux sociaux pour alerter sur les risques d’intoxication aux métaux lourds, ainsi que sur leurs effets à long terme sur la santé et les écosystèmes.
Il est donc possible que le nombre de personnes exposées à cette pollution soit bien plus élevé que ce que les estimations actuelles laissent entendre.
I.H
