Face à la crise mondiale des semi-conducteurs, l’Union européenne prépare une nouvelle offensive industrielle. Avec le European Chips Act 2.0 , Bruxelles entend réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis et de l’Asie, renforcer son autonomie stratégique et porter la part de la production européenne juqu’à 20 % d’ici 2030.
Par Yakout Abina
L’Union européenne s’apprête à dévoiler une nouvelle initiative baptisée European Chips Act 2.0 , destinée à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis et de l’Asie dans le secteur stratégique des semi-conducteurs. Face à une industrie en crise, l’Union européenne envisage plusieurs mesures.
Le projet prévoit des incitations pour les gouvernements à s’approvisionner auprès de start-ups européennes, l’instauration de sanctions en cas de fausse déclaration et l’assouplissement de certaines contraintes environnementales afin de faciliter l’implantation d’usines sur le continent. Avec cette nouvelle stratégie, Bruxelles entend accélérer son autonomie industrielle et porter la part de la production européenne mondiale de semi-conducteurs à 20 %, contre moins de 10 % actuellement.
L’Europe ne représente aujourd’hui qu’environ 10 % de la production mondiale de semi-conducteurs. En 2022, Bruxelles s’était fixé pour objectif de doubler cette part et d’atteindre 20 % d’ici 2030. Mais cette ambition n’avait pas anticipé la crise actuelle touchant la mémoire vive (RAM) et les SSD. Pour s’adapter à ce nouveau contexte et accélérer sa stratégie, l’Union européenne prépare désormais un « European Chips Act 2.0 », un ensemble de mesures destiné à renforcer l’offre de semi-conducteurs au sein du marché européen.
Avec ce projet de loi, l’Union européenne affiche un objectif explicite : réduire sa dépendance aux États-Unis et à l’Asie, et plus précisément à Taïwan, où le géant TSMC concentre plus de 90 % de la production mondiale de puces modernes. Cette volonté de sécurisation se traduit déjà sur le terrain. Aux Pays-Bas, le gouvernement envisage de prendre le contrôle de Nexperia, un fabricant de puces électroniques néerlandais détenu par un groupe chinois, au nom de la « sécurité économique de l’Europe ».
L’UE considère que l’écosystème européen des semi-conducteurs nécessite un investissement de 120 milliards d’euros. En parallèle de cet effort financier, elle aspire à mettre en place un arsenal de mesures qui contraindrait les entreprises du secteur à réserver une partie de leur production au marché européen et inciterait les gouvernements à s’approvisionner auprès de start-ups locales, afin de renforcer l’autonomie industrielle du Vieux Continent.
Les fabricants de semi-conducteurs pourraient même être contraints de suspendre certains contrats avec des entreprises étrangères afin de prioriser les commandes jugées essentielles en période de crise. De sévères sanctions sont également prévues pour les sociétés qui dissimuleraient ou falsifieraient leurs capacités de production, avec des amendes particulièrement élevées.
L’Union européenne souhaite également centraliser les commandes de semi-conducteurs afin de renforcer son poids dans les négociations internationales. Dans le contexte actuel de crise, certaines règles environnementales liées à l’implantation d’usines seraient assouplies pour accélérer la mise en place de nouvelles capacités de production. Henna Virkkunen, commissaire européenne chargée du numérique, présentera en détail le plan European Chips Act 2.0 le 3 juin prochain.
Y.A
