Les vagues de chaleur qui frappent l’Algérie et le bassin méditerranéen en cet été 2026 ne sont ni une invention des médias ni un phénomène purement récent. L’histoire climatique regorge d’épisodes caniculaires dévastateurs, bien avant l’ère industrielle. Mais la fréquence, la durée et l’intensité des phénomènes actuels les distinguent nettement des soubresauts du passé.
Par Chaimaa Sadou
Les températures grimpent à des niveaux records. En ce mois de juillet, l’Irlande frôle les records de 1976, l’Espagne vit sa troisième vague de chaleur estivale avec des températures dépassant les 40 degrés, et 19 villes italiennes sont placées en alerte rouge. La Tunisie, elle, a connu 210 incendies en l’espace de 24 heures. Face à cette actualité, une question revient avec insistance : ces vagues de chaleur sont-elles exceptionnelles ou déjà connues par le passé ?
La réponse est plus nuancée que ce que suggèrent certains discours. L’histoire climatique des deux derniers siècles est jalonnée d’épisodes caniculaires meurtriers, dont certains ont fait des milliers, voire des dizaines de milliers de victimes.
Au XVIIIe siècle déjà, en 1743, une vague de chaleur en Chine, dans la région de Pékin, aurait causé la mort d’environ 11 400 personnes, avec des températures dépassant les 40 degrés. L’été 1757 est, quant à lui, considéré comme l’un des plus chauds qu’ait connus l’Europe depuis cinq cents ans. Ces événements montrent que la variabilité climatique a toujours existé.
Le XIXe siècle n’est pas en reste. L’été 1811 fut particulièrement torride en Europe occidentale, tandis que la période 1877-1878, marquée par le puissant phénomène d’El Niño, provoqua des températures record en Inde, une sécheresse majeure en Chine et des famines ayant causé entre 30 et 50 millions de morts en Asie et en Afrique.
Le XXe siècle compte également son lot de canicules historiques. L’été 1911 en Europe occidentale fut l’un des plus chauds avant le XXIe siècle, avec des milliers de décès attribués aux températures élevées. Les années 1930 et le célèbre « Dust Bowl » aux États-Unis restent dans les mémoires comme une catastrophe climatique majeure, avec des étés dépassant fréquemment les 40 degrés et des tempêtes de poussière gigantesques ayant contraint des centaines de milliers de familles à abandonner leurs terres. L’été 1936 reste encore aujourd’hui l’un des plus chauds jamais enregistrés outre-Atlantique, avec des températures ayant localement approché les 49 degrés.
Plus près de nous, l’été 1976 au Royaume-Uni, ou la canicule de 1987 en Grèce – qui a fait plus de 1 000 morts à Athènes – témoignent de la variabilité climatique de cette époque. En 1995, la ville de Chicago a connu une canicule meurtrière avec plus de 700 morts en quelques jours. Sans oublier la canicule européenne de 2003, qui a causé près de 70 000 décès, ou celle de 2010 en Russie, avec ses 55 000 morts et ses incendies ayant détruit des millions d’hectares.
Une accélération qui change la donne
Si la Terre a toujours connu des épisodes de chaleur extrême, la donne a fondamentalement changé depuis les années 1980. L’accélération du réchauffement global modifie en profondeur la nature de ces phénomènes. La différence ne réside pas dans l’existence d’épisodes chauds par le passé, mais dans leur contexte et leur fréquence.
Les données scientifiques sont claires. Les onze années allant de 2015 à 2025 sont les plus chaudes jamais mesurées depuis le début des relevés instrumentaux, vers 1850. Les vagues de chaleur sont plus fréquentes, plus intenses et plus durables. Elles touchent des régions jusqu’alors épargnées et surviennent simultanément sur plusieurs continents. Les nuits, elles aussi, restent plus chaudes, empêchant les organismes de récupérer et aggravant les risques pour la santé publique.
Les records absolus de température sont régulièrement battus : 54,4 degrés à Furnace Creek aux États-Unis en 2020, 48,8 degrés en Sicile en 2021, ou encore 49,6 degrés au Canada en 2021, dans le village de Lytton, détruit par un incendie le lendemain même. Les scientifiques ont estimé qu’un tel événement aurait été pratiquement impossible sans le réchauffement climatique (d’origine humaine ?).
Une réalité complexe
Cette distinction est fondamentale. Les canicules d’autrefois étaient des phénomènes ponctuels, parfois extrêmement violents, mais qui s’inscrivaient dans un climat global plus frais. Aujourd’hui, elles sont le symptôme d’un réchauffement durable de la planète, qui les rend non seulement plus probables, mais aussi plus dévastatrices. L’effet de serre additionnel, dû aux émissions de gaz à effet de serre, agit comme un amplificateur. Les vagues de chaleur sont plus intenses et plus longues car la température de base de l’atmosphère est plus élevée.
Ainsi, si l’on peut trouver dans le passé des épisodes de chaleur tout aussi meurtriers localement, la situation actuelle est sans équivalent dans l’histoire instrumentale. La simultanéité des records sur presque tous les continents et la hausse constante de la température moyenne sont des marqueurs d’une époque inédite.
Dédramatiser sans nier
L’objectif n’est pas de nier la réalité du réchauffement climatique, mais de remettre les choses dans leur juste perspective. Les vagues de chaleur ont toujours existé. Nos ancêtres ont survécu à des étés torrides, à des sécheresses dévastatrices et à des famines meurtrières. La différence aujourd’hui réside dans la fréquence et la durée de ces épisodes, qui s’inscrivent dans une tendance de fond.
Ce qui était autrefois une anomalie devient une nouvelle norme climatique. Une réalité qui appelle à une adaptation raisonnée, sans céder à la panique, mais sans non plus tomber dans le déni. Comme le soulignent les experts, il ne s’agit pas de savoir si la Terre a déjà connu des périodes de chaleur extrême – la réponse est oui – mais de comprendre que le contexte a changé. La planète que nous habitons aujourd’hui n’est plus celle de nos ancêtres. Les données disponibles illustrent clairement cette réalité.
C.S
