En raison de l’intérêt que porte le gouvernement algérien au développement technologique, le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a reçu pour la troisième fois le chercheur et spécialiste en chimie des matériaux Karim Zeghib, afin de mettre en place une stratégie de transformation des minerais. Ce chercheur influent, expert en batteries (surnommé Maître des batteries), a réalisé plus de 1 000 brevets d’invention et 450 publications scientifiques. Invité de l’émission Invité de la rédaction, diffusée sur la Chaîne III de la radio nationale, il a répondu à plusieurs questions concernant ses travaux.
Par Malika Azeb
Interrogé sur son engagement en faveur des énergies propres, notamment électriques, le professeur a expliqué que son choix était lié à des raisons de santé, étant lui-même asthmatique. Quant à l’objectif de sa présence en Algérie, il a indiqué avoir été sollicité par le gouvernement pour élaborer une stratégie de transformation du lithium.
Il a précisé que son équipe avait développé plusieurs technologies, dont celle du Lithium-Fer-Phosphate (LFP), qui lui a permis de vendre 63 licences aux plus grands constructeurs mondiaux. Cette technologie est utilisée à 70 % par Tesla, Mercedes-Benz et G Infante, et à 100 % par des entreprises chinoises comme Li Cheng, CATL (Contemporary Amperex Technology Co) et BYD.
Concernant l’Algérie, Karim Zeghib a souligné la forte volonté des responsables du secteur énergétique, notamment du ministre Mohamed Arkab, de développer une industrie respectueuse de l’environnement. Il a également été invité à participer à une rencontre, début 2024, consacrée à la planification d’une économie circulaire, sachant que l’Algérie dispose d’un écosystème riche en minerais très demandés, tels que le lithium, le fer et le phosphate.
Lors de cette réunion, il a été question de transformer localement ces matières premières pour fabriquer des cathodes et des cellules, essentielles au stockage d’énergie et à l’électrification des sociétés. La société Sonacom pourrait ainsi devenir le premier client de cette nouvelle technologie avant une éventuelle exportation.
Karim Zeghib a insisté sur l’importance de traiter ces minerais, qui sont sécurisés, disponibles localement et peu coûteux. Cette filière pourrait générer 100 000 emplois à travers le pays, tout en favorisant la création d’écoles spécialisées dans la transformation des matières critiques et la fabrication de batteries.
Le ministère de l’Énergie prévoit un plan d’action à court, moyen et long termes. La première étape consistera à transformer les minerais, puis à fabriquer des cathodes et des cellules, avant de mettre en place une stratégie nationale de recyclage et d’industrialisation.
M. Zeghib a également abordé la question de la transition énergétique, soulignant que l’Algérie, actuellement dépendante du gaz et du pétrole, devrait exploiter son potentiel solairepour sécuriser son avenir énergétique. En utilisant seulement 300 000 km², le pays pourrait couvrir ses besoins et même exporter vers l’Europe, à condition de développer des solutions de stockage, comme les batteries lithium-ion et les panneaux solaires.
Concernant l’exportation des matières brutes, il estime que cette pratique doit cesser, car l’Algérie dispose non seulement de ressources naturelles, mais aussi d’un potentiel humain capable de relever ce défi.
Son plan stratégique prévoit des collaborations avec le ministère de l’Énergie, celui de l’Enseignement supérieur et la société Sonarem. L’objectif est de transformer le lithium, le fer et le phosphate pour produire des matériaux dérivés, comme l’acide phosphorique, essentiel dans la fabrication de batteries, l’industrie alimentaire et la production de cathodes.
Interrogé sur la connaissance du lithium en Algérie, il a expliqué que ce minerai stratégique est principalement exploité par le Chili, la Bolivie et l’Argentine, mais peu au Canada et en Australie. En Algérie, des recherches sont en cours pour exploiter les gisements du Sud.
Le ministre de l’Énergie se concentre actuellement sur les études liées à ce minerai, dont le développement pourrait positionner l’Algérie comme un acteur majeur sur la scène internationale d’ici 2 à 3 ans.
Karim Zeghib a également évoqué la nécessité de former des ingénieurs, des techniciens et des gestionnaires pour soutenir ce secteur. Il a suggéré au Premier ministre la création d’un bureau de propriété intellectuelle afin de vendre des licences et renflouer les caisses de l’État.
Pour accélérer le processus, il propose la création d’un campus spécialisé dans une ville côtière, dédié au traitement, à la transformation et à la fabrication de batteries.
En conclusion, Karim Zeghib a remercié le président de la République et les autorités pour leur soutien dans la réalisation de sa mission.
M.A
