Longtemps cantonnée au rôle de simple exportatrice de matières premières, l’Afrique s’affirme aujourd’hui comme l’un des espaces économiques les plus prometteurs au monde. Avec une population dépassant 1,4 milliard d’habitants et un marché estimé à plus de 3.500 milliards de dollars, le continent se positionne comme un futur pôle majeur de la croissance mondiale.
Par Youcef Hamidi
Ses richesses naturelles et humaines, encore largement sous-exploitées, ouvrent de vastes perspectives pour les investisseurs désireux de participer à son essor et de l’accompagner dans la rupture avec les logiques de dépendance héritées du passé.
Le spécialiste sénégalais Abdourahmane Ba, expert en évaluation des politiques publiques et en stratégie de développement, rappelle que l’Afrique concentre une part considérable des ressources mondiales, qu’elles soient agricoles, énergétiques ou minières. Selon lui, près d’un tiers des réserves minérales connues se trouvent sur le continent, dont plus de 75 % du cobalt, indispensable aux batteries électriques. À cela s’ajoute un potentiel solaire équivalant à 60 % des meilleures ressources de la planète et environ 60 % des terres arables encore non cultivées. S’y greffent d’importantes réserves de pétrole et de gaz, capables à la fois de renforcer la sécurité énergétique, d’alimenter l’industrie locale et de positionner l’Afrique comme fournisseur stratégique sur le marché mondial.
L’argument démographique vient accentuer cet avantage : avec une consommation intérieure projetée à 2.500 milliards de dollars d’ici 2030, le marché africain est déjà l’un des plus dynamiques. Cette poussée s’accompagne d’une urbanisation rapide : plus de 500 millions de nouveaux citadins sont attendus d’ici 2040. Dans ce contexte, le Dr Ba plaide pour des investissements massifs dans l’agriculture, les infrastructures rurales et l’agro-industrie afin d’assurer la sécurité alimentaire mondiale. Il souligne que le continent reste importateur net de denrées pour plus de 50 milliards de dollars chaque année, un chiffre qui pourrait plus que doubler d’ici 2030 si rien n’est fait.
Pour autant, cette abondance de ressources ne doit pas masquer les obstacles persistants. L’économiste Ishak Kherchi, directeur de l’École supérieure de commerce, insiste sur la nécessité de transformer localement les matières premières et de développer une expertise africaine en recherche, en innovation et en enseignement supérieur. Le véritable enjeu, selon lui, n’est pas d’augmenter seulement la production, mais de repenser en profondeur les chaînes de valeur afin de passer de l’export brut à la transformation industrielle. Il évoque, pour ce faire, plusieurs leviers : la création de fonds africains d’investissement, la mobilisation de financements internes moins dépendants des institutions internationales, ainsi que la mise en place d’infrastructures communes dans les domaines du transport, de l’énergie et de la logistique.
Tous deux convergent sur un point essentiel : l’accélération de l’intégration économique du continent. Les échanges intra-africains, qui ne représentent encore que 14 à 16 % du commerce total contre plus de 60 % en Europe, demeurent insuffisants. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), évaluée à 3.400 milliards de dollars, constitue à leurs yeux l’outil décisif pour franchir un cap. En supprimant les barrières tarifaires, en harmonisant les normes et en fluidifiant les procédures douanières, la ZLECAf pourrait accroître les échanges de 33 % et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035.
Au-delà du commerce, l’avenir africain se joue également sur le terrain de l’innovation et du numérique. La diffusion rapide d’Internet et de la téléphonie mobile transforme déjà le quotidien et offre un levier unique pour accélérer l’industrialisation. Pour Ba comme pour Kherchi, c’est en conjuguant ses ressources naturelles, son dynamisme démographique et sa créativité technologique que l’Afrique pourra véritablement s’imposer comme une puissance économique incontournable du XXIe siècle.
Y.H
