Histoire de notre continent / Les savants musulmans rendent justice à l’Afrique

 

 

 

 L’Afrique est un continent où se sont développées de grandes civilisations que l’Occident s’est attelé à ignorer pour justifier ses conquêtes coloniales qu’il présentait comme des œuvres « civilisatrices ».

 

Par Nasser Mouzaoui

 

L’histoire retient que ce sont les historiens, les savants et les voyageurs musulmans qui ont découvert, les premiers, qu’au-delà du grand désert, au pays des noirs, Bilad essoudane, vivaient non pas des peuplades sauvages, comme l’affirmait l’historien grec Hérodote, mais des civilisations raffinées qui n’avaient rien à envier à celles des autres continents qu’elles dépassaient bien souvent en splendeur.

Il est généralement admis que les auteurs qui ont écrit sur l’Afrique noire étaient au nombre de trois, Al Omari, Ibn Battouta et Ibn Khaldoun. Mais les dernières recherches ont permis de découvrir d’autres auteurs musulmans les ont précédés et qui sont ainsi perçus comme les vrais précurseurs en matière d’histoire africaine même si leurs écrits ne se sont pas imposés comme ceux de ces trois célébrités.

En effet, en 770 AP.JC, un géographe, Al Fazari parlait déjà d’un pays se trouvant sur la côte-ouest du centre de l’Afrique dont tous les habitants semblaient riches en raison des colliers d’or qui ornaient leur cou. Un pays qui sera vite baptisé pays de la cote d’or. Ce pays adoptera par la suite un autre nom susceptible de moins susciter les convoitises et s’appellera Ghana.

Le pays de la côte d’or atteindra une prospérité inégalable à une époque où l’Europe se composait de peuplades primitives. On a découvert dans l’actuel Ghana des traces d’agriculture et d’élevage remontant à au moins 2000 ans avant notre ère. Sa prospérité et sa puissance, il les devait à l’extraction et au commerce de l’or. Mais pas uniquement à cela. Sa grandeur provenait également de l’efficacité de son administration et de la possession d’une armée forte, bien équipée et hautement organisée à l’instar de ce que l’on connaissait par exemple de l’armée romaine. Cette armée, écrivait El Bakri, un géographe musulman du XXIe siècle, dans son célèbre livre Kitab al Masalik Wa’l Mamalik ( Le livre des routes et des royaumes) était utilisée bien sûr contre d’éventuelles attaques venant de l’extérieur du royaume mais aussi pour contenir les troubles qui se produisaient à l’intérieur du pays. Elle était un facteur d’ordre et de cohésion. Il écrivait également que cette armée n’était pas toujours en activité puisqu’elle se composait de personnes ayant d’autres occupations mais que le roi, très rapidement et sur simple ordre de lui, pouvait la réunir en un laps de temps très court. Elle se composait de 200.000 solides guerriers et de plus de 40.000 archers. Elle comportait également des cavaliers dont les chevaux étaient ramenés d’Afrique du Nord.

Selon El Bakri, l’armée du royaume du Ghana était redoutable parce qu’elle était aussi dotée d’un armement sûr et de bonne qualité. Leurs armes et les pointes de leurs flèches étaient conçues avec un fer savamment travaillé par des forgerons et des artisans passés maîtres en la matière. Nous sommes vraiment loin de l’image de l’Afrique sauvage et bestiale tant décrite par les auteurs européens.

En 1067, El-Bakri s’était rendu à Koumbi Saleh, la capitale de l’empire du Ghana où des commerçants arabes avaient l’habitude de se rendre. Il décrit la ville ainsi:

« Ghâna se compose de deux villes situées dans une plaine. Celle habitée par les musulmans est très grande et renferme douze mosquées, dans lesquelles on célèbre la prière du vendredi. Toutes ces moquées ont leurs imams, leurs muezzins et leurs lecteurs salariés. La ville possède des jurisconsultes et des hommes remplis d’érudition. Dans les environs se trouvent plusieurs puits d’eau douce, qui fournissent la boisson des habitants et auprès desquels on cultive des légumes.

« La ville habitée par le roi est à six miles de celle-ci. Le territoire qui les sépare est couvert d’habitations. Les édifices sont construits avec des pierres et du bois d’acacia. La demeure du roi se compose d’un palais et de plusieurs huttes aux toits arrondis et la circonférence est entourée d’une clôture semblable à un mur.

« La ville du roi est entourée de huttes, de massifs d’arbres et de bosquets, qui servent de demeures aux mages de la nation, chargés du culte religieux ; c’est là qu’ils ont placé leurs idoles et les tombeaux de leurs souverains. Des hommes préposés à la garde de ces bois empêchent qui que se soit d’y entrer ou de prendre connaissance de ce qui s’y passe. »

El-Bakri décrit aussi le roi et sa cour :

« Le roi se pare, comme les femmes, avec des colliers et des bracelets, porte pour coiffure plusieurs bonnets dorés, entourés d’étoffes de coton très fin. »

« Quand il donne audience au peuple, afin d’écouter ses griefs et y remédier, il s’assied dans un pavillon autour duquel sont ragés six chevaux caparaçonnés d’or ; derrière lui se tiennent dix pages pourtant des boucliers et des épées montées en or ; à sa droite sont les fils des princes de son empire, vêtus d’habits magnifiques et ayant les cheveux tressés d’or.

« Le gouverneur de la ville est assis par terre devant le roi, et tout autour se tiennent les vizirs dans la même position. La porte du pavillon est gardée par des chiens d’une race excellente qui ne quittent presque jamais le lieu où se tient le roi ; ils portent des colliers d’or et d’argent garnis de grelots. La séance est ouverte par le bruit d’un tambour, nommé déba, formé d’un long morceau de bois creusé. Lorsque les coreligionnaires du roi paraissent devant lui, ils se mettent à genoux et se jettent de la poussière sur la tête pour le saluer. »

On est encore très loin de ces monstres décrits par Pline et Hérodote. Et très loin de ces créatures auxquelles Hegel ne peut pas s’identifier, ainsi qu’il l’écrivait dans La raison dans l’histoire.

Malheureusement, l’or brille et se voit de loin. Et le plus dangereux c’est qu’il suscite des convoitises. Ce qui devait arriver arriva.

Les Européens à partir du XVe siècle eurent vent des richesses du Ghana et entreprirent d’en prendre possession. Cette partie de l’Afrique reçut alors, tour à tour, la visite des Portugais, des Hollandais, des Danois et des Anglais. Ces incursions, on s’en doute n’avaient rien d’amicale.

Les sauvages ne sont finalement pas ceux que l’on croyait. Des massacres eurent lieu.

Entre les XVe et XVIIIe siècles, les Européens ont construit sur les côtes du Ghana quelque quatre-vingts forts et châteaux, dont seul un quart est encore très bien conservé. En 1482, les Portugais fondent le fort Saint-Georges-de-la-Mine qui s’appelle aujourd’hui Elmina, afin de protéger les mines d’or qu’ils se sont mis à exploiter pour leur propre compte bien sûr. Comme si les Africains n’existaient pas. Petit à petit, ces châteaux subissent des modifications pour devenir des lieux où l’on retient les captifs en voie d’embarquement vers le Nouveau Monde. Ces captifs étaient les africains que l’on avait réduits à l’esclavage et qu’on vendait à des négriers, marchands d’esclaves. Parce que pour les « civilisés » qu’étaient les Européens, tout était susceptible d’être vendu, y compris les créatures vivantes qu’ils savaient pourtant moins barbares qu’ils ne cessaient de le prétendre. La destruction de leurs cités et de leur cultures n’avaient qu’un but : faire sombrer dans l’oubli ces civilisations, ces intelligences qui compromettaient leurs plans et leur hégémonie.

Un autre voyageurs et historien a fait connaître la vérité au sujet de l’Afrique noire : il s’agit de Hassan Al-Wazzan qui deviendra par la suite, Léon l’Africain.

Hassan El Wazzan n’avait que trois ans, en 1492, lorsque sa famille fut obligée de quitter Grenade et l’Andalousie pour fuir l’inquisition et le Reconquista de Ferdinand et

Isabelle.

Hassan El Wazzan se retrouve alors à Fès, au Maroc, où il suit des études très poussées. Devenu adolescent, il se met à voyager et à découvrir de nombreuses contrées. Il se rendit à Tombouctou, en Egypte et en Turquie. De retour d’un pèlerinage à la Mecque , il est capturé par des pirates siciliens. Ceux-ci, ayant découvert qu’il était intelligent et instruit, l’emmenèrent à Rome et l’offrirent à Léon X, le pape de l’époque. Le souverain pontife est impressionné par les connaissances du jeune Andalou et il le libère après l’avoir baptisé et lui avoir donné ses propres noms pour devenir, pour l’Histoire et la postérité, Jean Léon de Médicis, dit Léon l’Africain. Il enseigne l’arabe à Rome et dans de nombreuses universités italiennes et rédige, en italien, son œuvre monumentale Description de l’Afrique qui sera pendant quatre cents ans la référence pour tous ceux qui voulaient connaître le continent africain.

Contrairement à Pline et Hérodote, Léon l’Africain n’écrivait pas ce qu’on lui rapportait mais ce qu’il voyait. Et il décrivait, surtout, les pays qu’il avait visités, tout comme Ibn Battouta. Ces deux musulmans avaient appris aux Européens que la géographie ne s’écrivait pas dans les palais mais sur les routes. Mais ils ignoraient, peut-être, que la géographie, pour les Occidentaux, servait d’abord des projets de conquêtes, de pillages et d’enrichissement criminel.

Il y a cependant une certitude que nul ne peut contester : les bases de la connaissance objective du continent africain ont été posées par les Musulmans du Maghreb.

 

N.M

 

 

 

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