Forêts/Comment les préserver ?  

Deuxième poumon vert de la planète, les forêts d’Afrique centrale subissent une pression toujours plus forte. Pourtant, la récente hausse des cours du bois pourrait être une opportunité inespérée pour concilier économie et écologie. Selon la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), les prix des produits forestiers ont grimpé de 2,9 % au premier trimestre 2026, portés par une flambée spectaculaire des grumes.

Par  Chaimaa  Sadou 

 

Selon l’Indice composite des cours des produits de base publié par la BEAC, les prix des produits forestiers exportés par les six pays de la CEMAC ont progressé de 2,9 % au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Cette hausse, bien plus forte qu’au quatrième trimestre 2025 (+1,5 %), est tirée par les grumes (bois brut) dont les prix flambent de 23,5 %, contre 12,2 % pour les sciages. Ces données fiables reflètent une demande mondiale soutenue.

 

Mais cette flambée des prix ne doit pas faire oublier l’impact de l’exploitation intensive : déforestation et dégradation des écosystèmes. Les forêts de la région, qui couvrent environ 240 millions d’hectares, jouent un rôle crucial dans la capture du carbone et la régulation du climat mondial. Elles captent une grande partie du CO₂ responsable du réchauffement, mais subissent les effets de l’agriculture, de l’exploitation forestière et des infrastructures. Face à ces menaces, les autorités régionales ont décidé d’interdire les exportations de grumes au plus tard en 2028.

 

Au Cameroun, par exemple, la part des grumes dans les exportations a déjà été réduite de moitié entre 2019 et 2023. Des arrêtés récents interdisent l’exportation de nombreuses essences précieuses comme l’Iroko ou le Doussié sous forme brute, obligeant à une transformation locale. Cette mesure, soutenue par la RD Congo, vise à réduire la pression sur les forêts primaires, à préserver la biodiversité et à créer des emplois dans la filière de transformation, tout en limitant les coupes illégales.

 

Du point de vue environnemental, ce choix crucial est indispensable. Transformer le bois sur place permet de mieux exploiter la ressource, de limiter les volumes exportés et d’encourager une gestion forestière certifiée et durable. Elle contribue à la lutte contre le changement climatique et protège les habitats de nombreuses espèces menacées. Les experts soulignent toutefois la nécessité d’accompagner cette transition par des investissements dans des usines respectueuses de l’environnement et un suivi rigoureux des concessions forestières.

 

La flambée des grumes est une opportunité, pas une fatalité. Si les pays de la CEMAC transforment cette manne en investissements durables, la forêt d’Afrique centrale pourra rester le poumon vert de la planète tout en faisant vivre ses populations. La transition est engagée, mais le chemin reste long.

C.S

 

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