L’Agence brésilienne de la concurrence (Cade) a récemment annulé un accord conclu en 2006 qui interdisait aux grandes entreprises d’acheter du soja issu de zones déboisées en Amazonie. Cette décision, prise à seulement trois mois de la COP30, a provoqué une vive réaction des ONG environnementales, qui redoutent une nouvelle accélération de la déforestation. Le Cade justifie toutefois son choix en affirmant que ce « pacte de non-concurrence » nuisait au marché, une position soutenue par le puissant lobby agroalimentaire brésilien.
Par Chaimaa Sadou
Le Brésil se retrouve ainsi au cœur d’un affrontement entre impératifs économiques et exigences environnementales. L’organisme de régulation, chargé de garantir une concurrence loyale, a jugé que l’accord limitait excessivement la liberté commerciale des exportateurs. Depuis 2006, celui-ci obligeait les principales multinationales à s’abstenir d’acheter du soja cultivé sur des terres arrachées à la forêt.
La remise en cause de cet engagement a été encouragée par un comité parlementaire dominé par des élus conservateurs liés au secteur agricole. Selon le Cade, l’interdiction fonctionnait comme un pacte anticoncurrentiel, réduisant la compétitivité du soja brésilien sur les marchés internationaux.
Près de trente entreprises, dont des géants mondiaux comme Cargill et Louis Dreyfus, disposent désormais de dix jours pour se retirer formellement de l’accord, sous peine de sanctions financières. Cette annonce a immédiatement suscité l’indignation des défenseurs de l’environnement, qui considèrent que cette décision menace directement les efforts de protection de l’Amazonie.
Cristiane Mazetti, membre de Greenpeace, a dénoncé un « grave recul » et rappelé que les consommateurs perdent ainsi la possibilité de choisir des produits garantis comme durables. Elle a souligné que l’interdiction avait prouvé son efficacité : selon des études menées par plusieurs ONG, la déforestation dans les zones concernées avait chuté de 69 % entre 2009 et 2022. Cet accord constituait donc, selon elle, un outil essentiel pour protéger la plus grande forêt tropicale de la planète.
À l’inverse, l’Association des producteurs de soja du Mato Grosso s’est félicitée de la décision, estimant qu’elle représente une avancée majeure pour la compétitivité agricole du pays.
Cette controverse, qui illustre l’opposition persistante entre la quête de croissance économique et la sauvegarde d’un écosystème vital, pourrait peser lourdement sur les discussions de la COP30, prévue en novembre prochain à Belém. L’enjeu dépasse les frontières brésiliennes : il met en lumière le dilemme mondial entre exploitation des ressources et préservation de l’environnement.
c.s
