La Coupe du monde 2026 sera certainement la plus polluante de l’histoire. Organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada, elle s’impose déjà comme telle selon plusieurs rapports scientifiques fiables, dont ceux du New Weather Institute et de chercheurs de l’Université de Lausanne. Entre distances gigantesques, déplacements massifs en avion et construction de stades, les émissions de CO₂ atteindront un niveau inédit et sans précédent. Jamais une compétition de cette envergure n’aura exigé autant de déplacements sur un seul continent.
Par Chaïmaa Sadou
L’organisation sur trois pays impose des trajets exceptionnellement longs. Entre le stade Aztèque de Mexico et celui de Vancouver, plus de 4 000 kilomètres séparent deux sites officiels. Le Wall Street Journal a calculé les distances que devront parcourir les 48 sélections. La Bosnie dépassera 12 000 kilomètres, Curaçao plus de 10 000, l’Autriche environ 9 000, tandis que les équipes les moins exposées, comme la France, devront tout de même parcourir près de 2 000 kilomètres. À l’échelle du tournoi, ces déplacements généreront un niveau d’émissions inédit. Les supporters, eux, parcourront des distances encore plus grandes pour suivre leur équipe favorite.
Selon les estimations du New Weather Institute, la compétition devrait libérer 9,5 millions de tonnes de CO₂, un record absolu. Les chercheurs suisses avancent un chiffre proche : 9 millions de tonnes. Dans les deux cas, les différentes études aboutissent au même constat : jamais un événement sportif n’aura produit autant de gaz à effet de serre. À titre de comparaison, c’est deux fois plus que les éditions 2018 (Russie) et 2022 (Qatar) réunies. Pour donner une autre échelle, cela représente les émissions annuelles d’un pays comme la Croatie.
Sur ce total, 7,5 millions de tonnes proviendraient uniquement des déplacements en avion. Pendant cinq semaines, les aéroports nord-américains accueilleront des millions de passagers supplémentaires. Équipes, encadrements, supporters et journalistes multiplieront les vols intérieurs, faute d’alternatives crédibles. Les distances sont trop grandes pour envisager des trains ou des bus, et les infrastructures ferroviaires transfrontalières restent limitées. Chaque vol intérieur, même court, émet autant de CO₂ qu’une voiture sur plusieurs centaines de kilomètres.
À cela s’ajoute l’impact des infrastructures. La construction et la rénovation des 16 stades mobilisent des quantités massives de béton, l’un des matériaux les plus émetteurs de CO₂ au monde. Le rapport estime qu’un million de tonnes de CO₂ proviendront uniquement de ces chantiers. Même si la FIFA rappelle que la majorité des stades existaient déjà, les travaux nécessaires pour les mettre aux normes internationales restent considérables. Le choix du géant pétrolier saoudien Aramco comme sponsor principal illustre également les contradictions de cet événement.
La télévision publique suisse RTS souligne que les émissions totales de cette Coupe du monde équivalent à une année entière d’émissions industrielles de la Suisse, une comparaison qui permet de mesurer l’ampleur du phénomène. Les éditions suivantes ne s’annoncent guère plus vertueuses : 6,5 millions de tonnes prévues pour 2030 (Portugal, Espagne, Maroc) et plus de 8,5 millions pour 2034 en Arabie saoudite, où onze stades seront construits dans le désert.
La politique tarifaire de la FIFA joue également un rôle. Les billets très chers attirent un public plus aisé, souvent étranger, qui n’hésite pas à traverser l’Atlantique ou le Pacifique. « Cela favorise les déplacements longue distance au détriment des supporters locaux », explique l’ingénieur climat Laurent Castaignède à la RTS. Face aux critiques, la FIFA assure faire des efforts : promotion des transports publics, optimisation des trajets, engagement à réduire ses émissions de 50 % d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2040. Mais les scientifiques restent sceptiques : les distances géographiques ne peuvent être compensées par des mesures techniques.
Au-delà du football, cette situation rappelle l’urgence de sensibiliser les jeunes générations à l’environnement, y compris à l’école.
La Coupe du monde 2026 restera dans l’histoire comme un événement sportif majeur, mais aussi comme un symbole des limites environnementales de notre époque. Les chiffres, issus de sources fiables, montrent une réalité difficile à ignorer. Entre distances gigantesques, infrastructures lourdes et déplacements massifs, cette édition illustre les contradictions entre spectacle mondial et urgence climatique. Reste à savoir si les futures compétitions inverseront la tendance.
C.S
