Le Ghana possède environ 1 à 2,5 mille milliards de pieds cubes (Tcf) de réserves prouvées de gaz naturel. Malgré cela, ce pays africain traverse une phase énergétique complexe où ses ressources domestiques en gaz naturel ne suffisent plus à répondre à une demande en forte croissance. Ce déséquilibre s’explique par l’écart grandissant entre la consommation et les capacités d’approvisionnement, malgré les investissements massifs dans l’amont pétro-gazier et les infrastructures.
Par Rihab Taleb
L’État se trouve ainsi obligé de diversifier ses sources et de s’insérer dans le marché mondial du gaz naturel liquéfié (LNG). La demande énergétique connaît une accélération énorme. La Ghana National Petroleum Corporation (GNPC) estime qu’elle atteindra environ 840 millions de pieds cubes standard par jour d’ici 2030, puis touchera le milliard en 2036.
Cette trajectoire est alimentée par trois mécanismes majeurs. La production d’électricité repose largement sur les centrales thermiques au gaz, qui constituent la colonne vertébrale du système électrique. L’industrialisation progressive du pays augmente les besoins en énergie stable et abondante, indispensable pour soutenir la croissance économique. Enfin, l’urbanisation rapide élargit la base de consommation, en multipliant les foyers et les usages énergétiques.
Ces facteurs combinés exercent une pression croissante sur le système gazier national. En parallèle, l’offre disponible reste sous pression. Les ressources domestiques et les importations régionales, notamment via le gazoduc ouest-africain, ne suffisent pas à sécuriser les besoins futurs. Pour combler une partie de l’écart, plus de 3,5 milliards de dollars d’investissements ont été engagés. Les champs Jubilee et TEN mobilisent environ 2 milliards de dollars d’ici 2028, tandis que Sankofa ajoute 1,5 milliard principalement orienté vers le gaz. Ces efforts renforcent la base productive mais ne compensent pas la vitesse de croissance de la consommation. Le déséquilibre entre la demande et la mise en production demeure la principale fragilité du système énergétique ghanéen.
Le gaz naturel liquéfié devient un pilier central. Le terminal d’importation de Tema, aujourd’hui achevé à près de 95 %, avec l’Espagnol Reganosa comme opérateur, doit permettre d’importer du gaz pour sécuriser l’approvisionnement intérieur et, à terme, envisager des réexportations vers la sous-région. Ce projet marque une évolution dans l’économie locale. Le Ghana se trouve désormais dans le marché mondial du LNG, exposé aux fluctuations de prix et à la concurrence internationale.
Cette ouverture offre des perspectives économiques importantes, en soutenant l’activité industrielle et en réduisant les risques de rupture d’approvisionnement. Elle peut également renforcer l’attractivité du pays pour les investissements industriels. Toutefois, elle introduit aussi de nouvelles vulnérabilités liées aux arbitrages imposés par la transition énergétique et aux aléas des marchés mondiaux. Le cas ghanéen illustre une tendance plus large en Afrique.
L’abondance des ressources fossiles ne garantit plus la sécurité énergétique. Les États doivent composer avec un équilibre complexe entre production locale, importations et intégration aux marchés internationaux. Le Ghana, en se tournant vers le LNG, incarne cette transformation où la sécurité énergétique nationale dépend autant de ses propres ressources que de sa capacité à s’insérer dans les flux mondiaux. Cette mutation, si elle est bien maîtrisée, peut offrir au pays une base solide pour soutenir son industrialisation et son urbanisation, mais elle exige une vigilance accrue face aux nouvelles vulnérabilités qu’elle engendre.
R.T
