Cinéma/L’IA n’a pas de place aux Oscars

L’Académie des arts et des sciences du cinéma redéfinit ses règles face à l’essor de l’intelligence artificielle. Sans bannir totalement ces technologies. Désormais seules les performances et scénarios issus de la créativité humaine pourront prétendre aux prestigieuses statuettes, tandis que l’IA restera cantonnée aux catégories techniques.

Par Yakout Abina

L’Académie des arts et des sciences du cinéma a annoncé vendredi dernier une série de mises à jour concernant plusieurs catégories de récompenses. L’institution a réaffirmé l’importance de la paternité humaine dans la création, tout en précisant qu’aucune interdiction formelle de l’intelligence artificielle n’était instaurée.

Pour  la 99e cérémonie des Oscars, prévue en mars 2027, les organisateurs ont adopté de nouvelles règles ciblant deux catégories clés. Les performances générées par intelligence artificielle ne pourront pas concourir dans les sections d’interprétation, tandis que les scénarios produits par des machines seront exclus des prix d’écriture. En revanche, l’IA restera admise dans les disciplines techniques telles que les effets visuels, le son, le montage ou la musique. Autre évolution notable, la catégorie des films internationaux, longtemps critiquée pour ses critères restrictifs, voit son champ d’éligibilité élargi. Les œuvres récompensées dans les grands festivals de Cannes, Venise ou Toronto pourront désormais prétendre à une nomination.

Bill Kramer, PDG de l’Académie, a confié à l’Associated Press : « Comme chaque année, nous avons apporté de nombreux changements que nous estimons vraiment intelligents et progressistes », Il a ajouté  « Évidemment, à mesure que l’Académie s’internationalise, nous devons réfléchir à la manière dont nous intégrons les films internationaux dans le débat autour des Oscars. »

Dans le cadre de sa révision annuelle des règles d’éligibilité, l’Académie des arts et des sciences du cinéma s’attaque à l’une des préoccupations majeures de la communauté cinématographique mondiale concernant l’usage de l’intelligence artificielle générative.

Les nouvelles directives précisent que « ces outils n’aident ni ne nuisent aux chances d’obtenir une nomination ». L’institution souligne que la qualité des œuvres sera évaluée en fonction du degré d’implication humaine au cœur du processus créatif. Chaque section de l’Académie conservera la liberté de juger ce critère lors de la sélection des films.Par ailleurs, l’organisation se réserve le droit de demander des informations complémentaires aux équipes de production sur la nature de l’utilisation de l’IA et sur la part de « création humaine ».

Deux affaires ont accéléré la rédaction de ces règles. Il y a quelques semaines, le film As Deep as the Grave a été présenté au Cinema Con. Val Kilmer y apparaît pendant 1h17, ressuscité numériquement avec le consentement de sa famille à partir d’archives vocales et de capture faciale. La question était inédite : un acteur décédé peut-il être nominé aux Oscars pour une performance reconstituée par IA ?

Quelques mois plus tôt, en septembre 2025, le festival de Zurich avait été marqué par l’apparition de Tilly Norwood, présentée comme une actrice mais révélée comme une création numérique de la société Xicoia. Le syndicat SAG-AFTRA avait dénoncé un « personnage généré par ordinateur », entraîné sur le travail de professionnels sans leur consentement ni rémunération. L’actrice écossaise Briony Monroe avait même affirmé reconnaître sa propre apparence dans cette figure virtuelle.

Confrontée à ces précédents, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a choisi de clarifier sa position. Pas d’interdiction générale de l’intelligence artificielle, mais une règle explicite, seules les performances humaines réalisées avec le consentement des artistes pourront prétendre à une statuette.

« Nous examinerons cela au cas par cas », a déclaré Bill Kramer, « Comme tout le monde dans notre industrie et dans le monde, nous évaluerons cela chaque année. » Il y a moins d’ambiguïté dans les catégories de scénario, où les règles stipulent que « les scénarios doivent être écrits par des humains pour être éligibles ».

Cette position s’inscrit dans une longue tradition d’adaptation aux évolutions technologiques. Au fil des décennies, l’Académie a dû revoir ses normes pour intégrer des innovations majeures, qu’il s’agisse du passage au son, de l’arrivée de la couleur ou encore de l’essor des images de synthèse (CGI). Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui oblige l’institution à redéfinir les contours de la création cinématographique.

Y.A

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Guerre autour de l’environnement/ Protéger la nature, une activité à haut risque

mer Mai 6 , 2026
Au Pérou, la police a arrêté l’un des quatre hommes condamnés pour l’assassinat, en 2014, de quatre dirigeants ashaninka opposés à l’exploitation forestière illégale. L’affaire « Saweto » a marqué l’histoire des luttes environnementales en Amazonie. Cette arrestation intervient dans un contexte où les défenseurs de la nature font face […]

ENTRE NOUS

Quotidien national d’information

Edité par EURL Rocher du Faucon

Directeur de Publication: Nasser MOUZAOUI

Adresse: Maison de la presse, 1, rue Bachir Attar, Place du 1er Mai, Alger-Algérie.

E.MAIL: entrenousdz2020@gmail.com