Le patrimoine hassani englobe la langue, la littérature, la musique, l’artisanat, les coutumes et les traditions des populations vivant dans les régions sahariennes d’Algérie, du Maroc, de Mauritanie, du Sahara Occidental, ainsi qu’une partie du Sénégal et du Mali.
Par Malika Azeb
Dans le souci de sauvegarder cette richesse culturelle, le ministère de la Culture et des Arts, en partenariat avec l’Union internationale des écrivains d’expression hassanie, a organisé une manifestation culturelle placée sous le slogan : « Alger, capitale de la culture hassanie ». Cet événement, doté d’un programme varié, s’est déroulé du 21 au 23 juin au Palais de la Culture Moufdi Zakaria.
Lors d’une rencontre organisée en marge de cette manifestation, plusieurs cinéastes et critiques ont mis en lumière le rôle essentiel du cinéma dans la diffusion et la valorisation de la culture hassanie.
Les participants ont souligné que le 7e art peut jouer un rôle décisif dans la renaissance de l’identité hassanie, notamment à travers des documentaires. Des réalisateurs sahraouis, algériens et mauritaniens ont présenté des œuvres abordant ce patrimoine ou réalisées dans la langue hassanie, tout en évoquant les spécificités culturelles hassanies et beïdanes.
Le réalisateur algérien Mohamed Mohamedi, dans une intervention intitulée « La dimension linguistique du dialecte hassani et son utilisation cinématographique », a affirmé que le cinéma constitue une vitrine permettant de faire connaître cette culture et de mieux comprendre la vie sociale et culturelle des populations hassanophones. Il a regretté que les films produits par des réalisateurs issus de cette culture restent peu nombreux. Évoquant sa propre expérience, il a précisé que ses œuvres s’intéressent principalement aux aspects socioculturels et à la relation entre l’homme et la nature.
Mohamedi a également mentionné les œuvres les plus emblématiques des réalisateurs hassanis, notamment celles du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, dont Tombouctou et En attendant le bonheur, ce dernier étant l’un des rares films tournés entièrement en hassani. Les autres productions sont, selon lui, soit le fait de réalisateurs étrangers, soit des coréalisations.
De son côté, l’écrivain et critique de cinéma sahraoui Mohamed Lamine Saïd a affirmé que le cinéma est un outil capital pour faire connaître la cause sahraouie. Il l’a décrit comme « un moyen de documenter la lutte et la résistance du peuple sahraoui face à l’occupation marocaine, de transmettre la réalité, d’éveiller les consciences et de préserver l’identité, la mémoire, le patrimoine culturel et les traditions hassanis au Sahara Occidental ».
Saïd Abba Youcef, enseignant à l’École nationale du cinéma au Sahara Occidental, a insisté sur la nécessité de stimuler l’écriture de scénarios et la production littéraire. Il a souligné que « le cinéma n’est pas seulement un divertissement, mais aussi un vecteur de transmission du vécu et de construction d’une conscience collective ».
Abordant la question de la langue et de la culture hassanie, il a estimé que leur richesse est incontestable mais qu’elles restent sous-représentées dans la production cinématographique. Il a toutefois relevé l’émergence de jeunes cinéastes qui intègrent le hassani dans leurs œuvres, non comme simple dialecte, mais comme porteur de mémoire et d’identité, dans une démarche de revalorisation face à l’oubli et à la marginalisation.
« Pour préserver cette langue et cette culture, il est indispensable d’encourager la création de scénarios et la production littéraire en hassani », a-t-il affirmé.
Pour sa part, le cinéaste mauritanien Salem Dendou a critiqué certaines œuvres occidentales qui exploitent la langue et la culture hassanie de manière folklorique, renforçant ainsi une vision orientaliste de la région.
Le réalisateur algérien Mohamed Rahal a, quant à lui, mis en avant le rôle du cinéma dans la réhabilitation du patrimoine hassani. Grâce à la combinaison du son, de l’image et de la narration, le cinéma, selon lui, permet de documenter la vie quotidienne des habitants du Sahara de culture hassanie, de sauvegarder ces fragments de mémoire collective et de les transmettre aux générations futures ainsi qu’à un public international.
M.A
